Janet Frame, vers les autres étés

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A 20 ans, Janet Frame entre en hôpital psychiatrique, va y subir plus de 200 électrochocs, échapper de peu à la lobotomie. A sa mort, en 2004, elle a figuré deux fois sur la liste du Nobel. Une œuvre lucide, bouleversante au sens premier, cruelle, que, à l’heure où entre en application la loi régressive sur l’obligation de soins, tout psychiatre en devenir et tout législateur devraient avoir, eux, l’obligation – et le plaisir – de lire.

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C'est ce que l'on sait d'elle, en général : Janet Frame, cette femme écrivain néo-zélandaise qui a passé huit ans en hôpital psychiatrique, avec un diagnostic de schizophrénie. Celle qui a résisté, donc, aux centaines d'électrochocs, survécu à l'internement « à vie », et qu'un prix littéraire a sauvé in extremis de la lobotomie. Jane Campion l'a fait connaître en France avec Un ange à ma table, où elle apparaît comme une sorte de Bécassine mystérieusement surdouée pour l'écriture. Or l'œuvre de Frame, que l'éditrice Joëlle Losfeld publie depuis les années 1990 (avec un inédit, et non des moindres, en 2011, Vers l'autre été), est un mélange détonant entre précision factuelle, voire crudité, introspection et poésie.