Claude Lévi-Strauss, la mort de l'ultime monument intellectuel du XXe siècle

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L'anthropologue et ethnologue Claude Lévi-Strauss est mort vendredi 30 octobre à l'âge de 100 ans. Philosophe de formation, ethnographe par débouché, parti enseigner la sociologie au Brésil et revenu en inventant l'anthropologie structurale, il était l'ultime grand monstre intellectuel du XXe siècle. Biographie.

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«Je hais les voyages et les explorateurs. Et voici que je m'apprête à raconter mes expéditions.» L'incipit du plus connu de ses livres, Tristes Tropiques, condense admirablement l'œuvre de Claude Lévi-Strauss, qui vient de mourir à la veille de fêter son 101e anniversaire.
Quoi de plus étranger, en effet, à la pensée de l'ethnologue que l'exotisme? Tout au contraire, l'auteur d'Anthopologie structurale proposera de lire les représentations, les mythes et les systèmes de parentés à la manière des linguistes, comme un texte dont on peut relever les régularités, les mathématiques souterraines qui engendrent les formes culturelles.
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Comment comprendre, dès lors, qu'une approche, quasi grammaticale des civilisations ait fasciné depuis presque la publication de sa thèse (Les Structures élémentaires de la parenté, 1949) les lecteurs? Pourquoi les Bororos, Caduvéos et Nambikwaras visités par Lévi-Strauss, et pas, par exemple, Marcel Granet, sociologue qui a décrit les «Catégories matrimoniales et relations de proximité dans la Chine ancienne»? C'est qu'il a baigné d'esthétique, de poésie, de rêve, de philosophie et d'exigence éthique sa quête rigoureuse des invariants débusqués dans un récit ou une pratique sociale, sa recherche d'une logique implacable qui ordonne des mondes considérés jusqu'alors comme bigarrés, incompréhensibles voire barbares.