Documentaire: les hackers, «gardiens du nouveau monde» post-Snowden

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Les Gardiens du nouveau monde est un documentaire réalisé par Flo Laval sur les hacktivistes, ces hackers qui ont fait le choix de l'engagement politique aux côtés des ONG et des cyberdissidents. Mediapart le diffuse en exclusivité.

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 Désolé, les droits de diffusion de ce documentaire
mis en ligne en septembre 2014 sont terminés

« La mission est déjà accomplie », affirmait dès le mois de décembre 2013 Edward Snowden, l’ex-employé de la NSA à l’origine de la plus importante fuite de documents de l’histoire du renseignement américain. Interrogé par le Washington Post sur les conséquences de ses révélations, le jeune informaticien, qui vit encore aujourd’hui en exil en Russie, expliquait : « J’ai déjà gagné. À partir du moment où des journalistes ont pu travailler, tout ce que j’ai essayé de faire a été validé. Parce que, souvenez-vous, je ne voulais pas changer la société. Je voulais donner à la société une chance de décider si elle voulait se changer elle-même. »

Malgré l’apathie de certains gouvernements, notamment français, face au dispositif d’espionnage mondial décrit par les documents qu’il a transmis, Edward Snowden a incontestablement remporté certaines victoires. D'abord en parvenant à imposer dans le débat public la problématique de la surveillance des citoyens à l’ère numérique. En dévoilant des pratiques jusqu’ici inconnues, il a amené les médias à se pencher sur des questions jusqu’à présent trop peu traitées.

Dans les médias généralistes, de nouveaux termes, jusqu’ici réservés aux initiés, ont fait leur apparition : cryptographie, chiffrement, logiciel libre, GPG, Tor… Mais surtout, Edward Snowden a réussi à remobiliser et transformer une communauté vitale pour internet, celle des hacktivistes, ces hackers engagés et dotés d’une conscience politique auxquels est consacré le documentaire Les Gardiens du nouveau monde de Flo Laval, que Mediapart diffuse en intégralité ce mercredi 4 septembre.

Depuis les premières révélations du Guardian au mois de juin 2013, une phrase, citation du célèbre télévangéliste américain Billy Graham, revient régulièrement comme un leitmotiv dans les interventions publiques des proches d’Edward Snowden, que ce soit le journaliste Glenn Greenwald ou Sarah Harrison, l’avocate de Wikileaks l’ayant accompagné lors de sa fuite en Russie : « Le courage est contagieux. »

Les risques pris par Edward Snowden pour organiser la diffusion de ses documents avec l’aide de quelques journalistes soigneusement sélectionnés ont été un véritable électrochoc pour la communauté des hackers. Désormais, les enjeux politiques sont devenus indissociables des questions techniques. Lors des différents rassemblements, les conférences sur la démocratisation des outils informatiques, sur le rôle social des hackers, sur la protection des lanceurs d’alerte, sur le militantisme… sont devenues incontournables. Cette ouverture de la communauté des hackers sur la société était particulièrement sensible lors du rassemblement de hackers OHM qui s’est tenu au mois d’août 2013 aux Pays-Bas et auquel Mediapart avait consacré une série de reportages.

Une partie du documentaire Les Gardiens du nouveau monde a d’ailleurs été tournée lors de OHM, qui de plus se tenait en plein procès d’un autre célèbre lanceur d’alerte célèbre, Chelsea (anciennement Bradley) Manning. Une scène du documentaire illustre bien cette influence des révélations d’Edward Snowden. Jérémie Zimmermann, co-fondateur de l’association française de défense des libertés numériques La Quadrature du net, s'adresse au fondateur de Wikileaks, Julian Assange, qui intervenait via visioconférence : « Vous avez eu raison. Bradley, Edward et toi, vous nous montrez chaque jour que le courage est réellement contagieux. »

Mais, même si l’exemple d’Edward Snowden a eu un effet incontestable, l’hacktivisme ne date pas de ses révélations. Comme le rappelle le film, il trouve ses racines dans les valeurs fondatrices d’internet et s’est construit au fil des années grâce au travail de précurseurs. Tel Richard Stallman, considéré comme le fondateur du mouvement du logiciel libre et que l’on peut voir, dans le documentaire, lors d’une conférence à Paris.

C’est bien entendu plus récemment que les hackers ont commencé à s’impliquer directement, et ouvertement. Il y a eu tout d’abord, en 2008, la naissance du mouvement Anonymous créé, à l’origine, pour dénoncer les activités de l’église de scientologie. Un an plus tard, il y eut la crise politique ouverte en Iran par l’élection truquée du président Mahmoud Ahmadinejad. À cette occasion, certains hackers s’engagent auprès des manifestants, leur offrant conseils et soutien technique, une alliance qui laissait préfigurer ce que seraient les futures révolutions arabes. « Il y a une période charnière, à mon avis, à partir de 2009 et notamment à partir de la présidentielle en Iran », explique dans le film Amaelle Guiton, journaliste auteure du livre Hackers : au cœur de la révolution numérique« C’est un moment où il y a eu une première jonction entre hacktivistes et cyberdissidents, défenseurs des droits de l’homme, etc., autour de la question de la censure et de la surveillance de l’internet iranien. »

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