Christophe Boltanski reçoit le prix Femina pour «La cache»

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La Cache, c’est l’histoire d’une famille, c’est aussi la France telle que nous l’aimons ou la rêvons (nous, venus d’horizons si divers), telle que nous la cauchemardons ou la vivons (nous, venus d’horizons si particuliers). La Cache, c’est une Fiat 500 qui brûle les feux, une visite immobilière qui déménage. Extrait en fin d'article.

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Et elle fonce, la Fiat, ce dimanche matin. Il s’agit de distribuer L’Huma dimanche aux abonnés du quartier – dont le Poète du comité central –, d’aller patienter un moment devant la messe sans quitter la voiture (Étienne, juif, s’est converti au catholicisme, tendance Jacques Maritain, et paraît être le seul croyant de la maisonnée). Il s’agit ensuite de passer rue des Rosiers – alors coin populaire de Paris – prendre les gâteaux au pavot chez Finkelsztajn ou le pastrami chez Goldenberg. Pour la transmission culinaire askhénaze, c’est Marie-Élise, alias Myriam, qui assure. Corso-bretonne et enfant adoptée de la Mayenne. C’est aussi elle qui assure la conduite, assez sauvage, grâce à des manettes bricolées qui lui permettent de se passer des pédales. La polio l’a privée de jambes. Elle fonce et à l’arrière, tassés à trois, on voit le septième arrondissement « en contreplongée ». La Fiat 500, alors surnommée « pot de yaourt », on en ressort ou très souple ou avec un torticolis chronique. Puis on rentre rue de Grenelle, on se gare au plus près de la porte, on regagne l’appartement-ventre. De l’abri-voiture à l’abri-maison, restons groupés. Années 60, dimanche ordinaire chez les Boltanski.