4- Identité et biologie: cet étranger que l'on fait soi

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Quand l'étranger devient soi

Faut-il donc abandonner définitivement cette opposition dichotomique entre soi et non soi immunologique? «Cette théorie a historiquement rendu de grands services à l'immunologie, mais elle souffre à présent de trop d'exceptions pour ne pas devoir être revue», explique Edgardo D. Carosella.


Pourquoi portons-nous en nous des cellules étrangères?
envoyé par Mediapart. - Regardez les dernières vidéos d'actu. Edgardo D. Carosella, immunologiste de l'hôpital Saint Louis. Echange de cellules mère-enfant

Pas plus que l'identité génétique, l'identité immunologique n'est immuable, contrairement à ce que laisse entendre l'idée de soi. «Comme le génome change au cours des mutations qui interviennent pendant le renouvellement cellulaire, les protéines exprimées à la surface cellulaire peuvent être modifiées au cours du temps. De plus, une cellule modifie en permanence son aspect extérieur et ses fonctions, ce qui s'accompagne de changements d'expression des protéines. Tout cela conduit à des changements de l'identité immunologique, aléatoires dans le premier cas et maîtrisés dans le second», explique Edgardo D. Carosella.

En d'autres termes, le soi immunologique possède une définition absolue dans l'instant, mais relative dans la durée. Cette perpétuelle transformation est même une des conditions de l'efficacité du système immunitaire. Des souris élevées en milieu stérile, dont le système immunitaire est donc peu stimulé par le contact avec des agents extérieurs, se révèlent ainsi très vulnérables aux pathogènes. Surtout, l'identité immunologique est impossible à délimiter de manière définitive. Ce qui était hier du soi peut devenir non soi, et ce qui est aujourd'hui étranger devient demain inclus dans ce soi..., qui ressemble définitivement autant à une métaphore qu'à une théorie.

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L'idée de cette série est née du triste débat de l'hiver dernier sur l'identité nationale. Les mots de corps (social), d'assimilation, de rejet... nous ont incité à aller voir du côté de la biologie, la science du vivant, ce que ces mots recouvraient, quels étaient les mécanismes en œuvre en dehors des fantasmes rhétoriques. Par ce regard un peu oblique, en interrogeant la science sur la frontière entre le moi et le nous et l'interaction entre moi et les autres, on constate que les plus récentes recherches peinent à définir, de façon indubitable, ce qui fonde un individu.

Ces enquêtes démontrent que ce que l'on dit être soi... ne va pas forcément de soi et qu'il ne faut donc pas trop compter sur la science pour dire ce qu'est l'identité. Elles ont été menées et écrites par Nicolas Chevassus-au-Louis, journaliste scientifique et auteur de plusieurs livres dont Savant sous l'occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944 (Le Seuil, 2004) ou Un iceberg dans mon whishy: quand la technologie dérape. Sophie Dufau l'a accompagné pour les entretiens vidéo insérés dans les articles et dont vous pourrez retrouver l'intégralité sous l'onglet Prolonger des articles.

Voici le sommaire de cette série.

1- Les désillusions du gène

2- Ces autres qui sont en nous

3- Où s'arrête le moi?

4- Cet étranger que l'on fait soi

5- De l'identité biologique à l'identité nationale?