La poésie française promet un nouveau monde

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Poètes tous deux, Yves di Manno et Isabelle Garron se sont attachés en une somme de 1 500 pages à donner leur version du demi-siècle écoulé de création poétique « hexagonale ». Intitulée sans barguigner Un nouveau monde, cette anthologie singulière, provocante à bien des égards, incite à revenir sur les pas que l’on dit perdus de la poésie française.

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En intitulant Un nouveau monde leur anthologie sur les « poésies en France » du demi-siècle écoulé, Yves di Manno et Isabelle Garron ne font pas mystère de leur intention : ils entendent remettre les pas que l’on dit perdus de la poésie française dans les sillons de celle de langue américaine. Loin d’un « nouveau monde » empreint de sacralité, le lecteur doit s’attendre à une initiation profane, moderniste. De fait, les deux auteurs de cette anthologie critique postulent dans les arts, et notamment la poésie, une « grande révolution moderne » qui a touché le monde occidental dans son ensemble. Mais la vague formée en France à partir de Baudelaire, parvenue à son faîte dans les années 10 et 20 du siècle dernier, n’aurait pas eu l’effet escompté en matière de « redéfinition des formes poétiques ». Car telle est leur conviction profonde : à trop prêter l’oreille à des voies de communication inouïes entre les êtres, à hauteur verbale stratosphérique, le mouvement surréaliste a empêché la poésie française de s’enquérir de « formes nouvelles », de « considérer le langage dans sa densité matérielle ».