Argentine: l'écrivain Alberto Manguel est ciblé par les pro-Kirchner

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La nomination à la tête de la Bibliothèque nationale argentine d'Alberto Manguel, écrivain universel, a suscité une campagne paradoxale. Un procès en sorcellerie a été lancé par les mauvais perdants du régime Kirchner, défait l'an dernier.

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Le 1er juillet, Alberto Manguel s’est installé dans le fauteuil de directeur de la Biblioteca Nacional Mariano Moreno (BNMM) à Buenos Aires. Ce retour au pays natal de l’auteur du bestseller mondial Une histoire de la lecture aurait dû être celui du fils prodige, célébré comme un honneur et une chance pour l’institution. C’était compter sans la guerre civile froide que conduisent les péronistes, sous leurs différents avatars, contre quiconque a l’outrecuidance de contester leur droit historique à exercer le pouvoir en Argentine, généralement avec des résultats calamiteux.

Alberto Manguel © AM Alberto Manguel © AM

Désigné en décembre dernier par le gouvernement libéral de Mauricio Macri, élu démocratiquement par les Argentins pour mettre fin à 12 années de « kirchnérisme » (Nestor puis sa veuve Cristina), Alberto Manguel a été d’emblée l’objet d’une campagne hostile, largement orchestrée, aux niveaux national et international, par celui qu’il remplace à la tête de la BNMM.

Ainsi, ce qui est devenu l’affaire de la BNMM intéresse l’Argentine et plus largement l’Amérique latine. Certes, le régime populiste de Cristina Kirchner n’a pas opéré un raid sur la BNMM comme il l’avait fait sur les coffres de la banque centrale. Il ne l’a pas mise en laisse comme l’Institut national de la statistique, pour le contraindre à camoufler les résultats catastrophiques de sa gestion. Il a simplement encouragé ou toléré des dérives en tous genres conduisant à mettre en cause la vocation première d’une bibliothèque nationale, son équilibre financier, et ce faisant à des détournements d’argent public pour des causes douteuses. L’affaire est aussi révélatrice de la fâcheuse tendance d’une certaine intelligentsia pétitionnaire transfrontalière à sortir son stylo-plume sans disposer de la moindre information sérieuse ou contradictoire sur la cause qu’elle embrasse.

Mauvaise perdante, Cristina Kirchner avait refusé de transmettre à son successeur l’écharpe et le bâton qui sont les insignes du pouvoir présidentiel. Mauvais perdant, Horacio Gonzalez, précédent directeur de la BNMM, s’est lancé dans une campagne de dénigrement d’Alberto Manguel, accusé, avant même d’être en fonctions et d’avoir articulé sa vision de l’avenir de l’institution, de vouloir la « démanteler ».

C’est cette accusation qui a été reprise dans une pétition internationale, à l’incitation d’une partie de la diaspora intellectuelle et académique argentine, et publiée en français dans Le Monde. Parmi les signataires français, on retrouve Badiou, Balibar et Rancière, un fort contingent d’universitaires de Paris VIII et quelques chercheurs réputés qu’on aurait attendus un peu plus circonspects.

Les pétitionnaires auraient pu, par exemple, prendre connaissance de la réponse que Consuelo Gaitan, la directrice de la Bibliothèque nationale de Colombie, a faite à la longue et violente diatribe adressée par Horacio Gonzalez au comité directeur de Abinia, l’association des bibliothèques nationales d’Amérique latine. De ce texte, écrit-elle, « la première chose à quoi il m’a fait penser, c’est à la grande tragédie que nous vivons actuellement en Colombie où un ancien président [Alvaro Uribe – ndlr] ne se résigne pas à n’être que cela et met en danger l’objectif le plus important de tous les Colombiens, la consolidation de la paix ».

Contre le procès en sorcellerie fait à Alberto Manguel, elle rappelle « qu’il n’y a probablement pas de meilleur connaisseur de la culture écrite, du livre et des bibliothèques dans l’hémisphère occidentale que le nouveau directeur de la Bibliothèque nationale de ton pays ». Et de proclamer « l’immense joie » que lui procure l’acceptation de ce poste par Manguel et « l’honneur » d’être désormais « la collègue d’un intellectuel de cette stature ». Elle précise que Abinia n’a pas à se prononcer sur le choix d’un pays, « le modèle » de gouvernement (« comme s’il en existait un qui soit absolu et parfait »), ni « sur le chiffre de 1 048 employés » laissé derrière lui par Gonzalez, « si surprenant qu’il soit ».

La BNMM d'Horacio Gonzalez : des effectifs triplés mais précaires

Car le grand argument de la campagne contre Alberto Manguel, c’est la remise en cause de cet effectif imposant, totalement hors normes par rapport aux institutions comparables. Celle de Colombie, dirigée par Mme Gaitan, considérée comme exemplaire en Amérique latine, distinguée par l’UNESCO et nominée cette année pour le prestigieux prix espagnol Prince des Asturies, se contente de 190 salariés. Ce que les pétitionnaires protestant contre les 240 licenciements reprochés à Alberto Manguel ignoraient certainement, c’est qu’en 2005, au moment de la nomination de Gonzalez à la tête de la BNMM par le gouvernement Kirchner, elle comptait 306 salariés.

Le siège de la Bibliothèque nationale argentine. Le siège de la Bibliothèque nationale argentine.

Le ministre argentin de la culture, Pablo Avelluto, a souligné dans une mise au point factuelle que sur les quelque 700 embauches, sous différents statuts, réalisées pendant le règne de Horacio Gonzalez, plus de 500 l’ont été à la seule discrétion du directeur, sans respect des procédures de recrutement des fonctionnaires publics. Plus révélatrices encore, les 142 embauches ordonnées par le directeur sortant à quelques jours de son départ. Car il s’agissait là, manifestement, d’une participation délibérée à la campagne de Cristina Kirchner, non seulement pour placer des fidèles ou récompenser des clientèles juste avant de céder la place, mais aussi pour savonner la planche à son successeur à la tête de l’État. Comme l’écrit le ministre, « le mépris pour les carrières professionnelles de l’administration publique a atteint un tel niveau que seules 15 personnes appartiennent au cadre permanent de l’institution ».

Mais évidemment, recruter par concours des personnels qualifiés impose des contraintes de transparence et de professionnalisme dont le pouvoir de Horacio Gonzales n’a pas voulu s’encombrer. Les témoignages internes abondent sur des embauches à caractères politique, syndical ou familial, dont certains bénéficiaires ne se donnaient même pas la peine de travailler ou même de faire acte de présence. Aux questions précises posées par Mediapart, l’ancien directeur n’a pas apporté de réponse.

Alors, citons quelques exemples. Celui de Carolina P. qui, en février dernier, était absente de son poste depuis le mois de juillet 2015. Explication fournie par une collègue : « Elle habite à 60 kilomètres. Comment pourrait-elle venir tous les jours? » Une fille et une sœur de Horacio Gonzalez ont bénéficié de ces embauches familiales, de même que la fille d’une députée du Parlement national très proche de l’ancien directeur. Des directeurs de département se sont vu imposer des recrutements tombés du ciel, pour lesquels il a fallu “inventer” un travail à la mesure de leur incompétence. Des familles entières ont été recrutées sur des “listes syndicales”. Horacio Gonzalez avait aussi accordé à tous les personnels une réduction d’une heure du temps de travail hebdomadaire. C’est ce qu’il qualifie de « conception de l’État [et de la BN] qui échappe à l’étroitesse de l’efficacité ».

La solution de Horacio Gonzalez aux conséquences de l’embauche discrétionnaire de personnels non qualifiés ? La création d’écoles de formation au sein de la BNMM. Comme il le revendique dans la lettre à ses anciens collègues d’Amérique latine, « diverses écoles fonctionnaient en son sein : de bibliothécaires, de relieurs, de formation supérieure en bibliologie ». Toutes formations disponibles, au demeurant, dans les écoles professionnelles et les universités de la République argentine. À preuve, la directrice adjointe, Elsa Barber, cadre technique permanente que Horacio Gonzalez a recrutée en 2007 selon les règles avant de la marginaliser, enseigne la bibliologie à l’université de Buenos Aires.

Une Bibliothèque nationale ou une “Maison de la culture”... partisane ?

« La BNMM n’est pas une école. Les personnels qu’elle recrute doivent être compétents et opérationnels », s’indigne le professeur José Burucua, philosophe et historien (de l’art et des sciences). Cet intellectuel de réputation internationale, qui s’apprête à rentrer en Argentine après une année universitaire passée à l’Institut des études avancées de Nantes, décrit ainsi la situation « chaotique » dans laquelle Horacio Gonzalez a laissé l’institution après plus de dix ans de règne :

« Le catalogue n’est toujours pas achevé. La BNMM ne dispose pas d’une base de données publique accessible en ligne. Des documents qui étaient accessibles dans les années 80 sont introuvables. Personne n’est à même de dire combien de livres se trouvent dans les rayonnages. Deux millions ? C’est le chiffre d’avant le transfert de la Bibliothèque dans ses installations actuelles. Même le catalogue des publications nationales, qui résulte du dépôt légal, n’est pas fait. C’est scandaleux ».

Selon des sources internes, si la numérisation et le catalogage ont néanmoins progressé, c’est grâce au travail de la direction technique, avec l’appui de la directrice adjointe, contre Horacio Gonzalez. Il faut attendre 2010 pour que la BNMM mette en place un système intégré de gestion bibliothécaire (SIGB), qui conduira au choix, contre la volonté manifestée publiquement par Horacio Gonzalez, du logiciel ALEPH (hommage au grand Jorge Luis Borges, lui-même ancien directeur de la Bibliothèque nationale ?), d’origine israélienne.

Selon une source interne, Gonzalez n’a cessé de « minimiser tout le travail bibliologique réalisé pendant son mandat. Le catalogue n’avait jamais existé. N’importe quelle activité avait droit à ses félicitations, à l’exception du travail immense que le personnel a accompli pour réaliser cette mission prioritaire dans toute bibliothèque nationale ». La même source accuse l’ancien directeur d’avoir constamment mis des bâtons dans les roues des équipes techniques, en leur assignant d’autres tâches au détriment de l’achèvement du catalogue.

Aux signataires français de la pétition contre Alberto Manguel, José Burucua recommande d’aller vérifier sur place s’ils pourraient travailler dans de telles conditions. « La mission essentielle d’une bibliothèque est d’avoir des livres et de les mettre à disposition. Si cette mission centrale est accomplie, on peut alors y ajouter d’autres activités, toujours autour du livre, comme le fait par exemple la BNF. » Mais, affirme-t-il,  Horacio Gonzalez a transformé la BNMM en « une sorte de festival permanent », avec concerts, projections cinématographiques, meetings politiques, lancements de livres et animations diverses.

Dans sa réponse générale aux questions précises et détaillées de Mediapart (le journaliste étant au passage accusé de succomber à des « préjugés » ou de céder aux sirènes du nouveau gouvernement), l’ancien patron de la BNMM revendique de l’avoir « conçue comme une institution historico-culturelle capable de questionner et de mobiliser la culture argentine, passée et contemporaine ».

Pour une source interne, « Horacio González a transformé la Bibliothèque nationale en un centre culturel avec bibliothèque à l’opposé d’une bibliothèque étendue à certaines activités culturelles ». Ce faisant, « il a mis gratuitement à disposition l’auditorium et les installations de l’institution pour des activités sans aucun rapport avec sa mission, à titre gratuit, la BNMM ayant à supporter tous les coûts (électricité, nettoyage, installation et dépose des équipements de son, d’éclairage, travail des personnels techniques, sécurité, etc.) ». Dans le cas de Carta Abierta, une initiative militante des secteurs intellectuels kirchnéristes, la “mobilisation” que revendique Horacio Gonzalez était avant tout politique et partisane, usant des ressources et des installations de la BNMM.

12,7 millions de pesos pour les “poules” de Cronica

Horacio Gonzalez justifie la croissance des effectifs par « l’augmentation vertigineuse des fonctions, l’acquisition de technologies, d’archives et la construction de nouveaux bâtiments ». De fait, sous son règne, la BNMM a acquis, pour une somme substantielle, le fonds imprimé et photographique, sans inventaire ni classement, des archives du journal Cronica, une publication généralement qualifiée de “populiste péroniste”. La BNMM a l’obligation de classer et de numériser les archives d’une entreprise privée, dont elle est seulement dépositaire. Facture pour l’institution publique : 12,7 millions de pesos (760 000 euros), sans aucune contrepartie. Selon des sources internes à la BNMM, une centaine de personnes ont été affectées à cette tâche, dont des employés qui travaillaient au catalogue. Quant à la valeur bibliologique du fonds Cronica… voir photo ci-dessous:

Une mission pour la BNMM ? © Cronica Une mission pour la BNMM ? © Cronica

La BNMM de Horacio Gonzalez s’est aussi lancée, à l’instar il est vrai d’autres bibliothèques nationales, dans une activité éditoriale. Mais l’édition est un métier, qui consiste aussi à trouver un public. Publier pour être lu, en somme. Ce ne fut pas le cas des fac-similés de revues argentines des années vingt du siècle dernier, « un désastre financier » selon les mêmes sources. Et quand la BNMM s’est voulue bâtisseuse avec le musée du Livre, Horacio Gonzalez a manifesté la même indifférence aux procédures des marchés publics. Le bâtiment a été reçu et payé avant l’achèvement des travaux. Dans le même temps, on signale des fuites d’eau dans le dépôt des manuscrits et les salles de lecture, les installations de chauffage et de conditionnement d’air sont déficientes, l’éclairage de mauvaise qualité.

Dans cette succession très lourde, élément constituant de l’héritage global des époux Kirchner, c’est la dimension sociale qui est évidemment la plus difficile à gérer. Comment faire le tri, dans les centaines d’embauches réalisées par Gonzalez, entre les personnels compétents et travailleurs, indispensables au bon fonctionnement de l’institution, et ceux qu’on appelle en Argentine les “gnocchis”, ces purs produits du clientélisme qui parasitent la ressource publique ?

Les mêmes sources internes indiquent que parmi les 240 personnes licenciées, une centaine n’aurait pas dû monter dans cette charrette. 131 salariés ont d’ailleurs été réintégrés depuis, mais pas forcément les plus qualifiés, les syndicats de la BNMM, l’ATE (minoritaire et virulent) et l’UPCN (majoritaire et opportuniste), ayant leurs propres listes. La meilleure procédure consisterait certainement à recruter dans le cadre permanent, et selon les procédures en vigueur pour la fonction publique (concours, notamment) les quelque 500 personnes qualifiées (un effectif moyen dans le monde) qui suffiraient au bon fonctionnement de l’institution. Mais c’est s’aventurer dans un champ de mines politico-syndical, comme l’atteste l’“accueil” réservé par les secteurs pro-kirchner à Alberto Manguel quand il est venu inaugurer le Salon du livre à Buenos Aires en avril dernier.

La gouvernance de l’institution pose également problème pour l’avenir. En l’absence de conseil d’administration ou de “trustees”, le directeur est tout-puissant. Horacio Gonzalez avait imposé un fonctionnement totalement vertical, toutes les décisions remontant à son niveau. À vrai dire, ce n’est guère surprenant, le “caudillisme” ayant toujours fait bon ménage avec le populisme, de “gauche” comme de droite.

La fable des gentils “progressistes” contre les méchants “libéraux”

Justement, Horacio Gonzalez et ceux qui le soutiennent, en Argentine et à l’échelle internationale, cherchent à faire du cas BNMM une parabole de l’affrontement entre les gentils progressistes (eux) et les méchants conservateurs ou, pire encore, “libéraux”. Certes, si conduire un pays dans l’inflation galopante et au bord de la faillite, c’est être “de gauche”, alors les époux Kirchner pouvaient s’en réclamer. Ou peut-être la rigueur dans la gestion de l’argent public, le professionnalisme, le respect de la mission première de l’institution dont on a la charge sont-ils des principes de “droite” ? La presse argentine prend parti dans la querelle en fonction de ses inclinations idéologiques, les médias opposés aux époux Kirchner en faveur de Manguel, les publications péronistes contre lui.

La réalité est beaucoup plus simple. Homme de gauche s’il en est en Argentine, Horacio Tarcus est le directeur du CeDinCi, le centre d’études de la culture des gauches, attaché à l’université San Martin. Directeur adjoint de la BNMM pendant les deux premières années du mandat de Gonzalez, il est parti, en désaccord avec le dévoiement des missions de la BNMM comme le relate José Burucua, confirmé par des sources internes. En matière de bibliologie (ou “bibliothécologie”, le néologisme discutable utilisé dans la pétition publiée par Le Monde), de tenue du catalogue, d’accès en ligne, d’appui aux chercheurs et aux étudiants, le CeDinCi est tout ce que la Bibliothèque nationale n’est pas devenue en douze années de pourvoir kirchnériste.

Quant à faire d’Alberto Manguel le suppôt d’un “capitalisme sauvage”, c’est tout simplement ridicule. Interviewé par le quotidien portugais Publico en 2010, il jugeait « immonde » le gouvernement conservateur du Canada, son pays d’adoption.

Dans ses attaques violentes à la personne de Manguel, Gonzalez l’a qualifié, entre autres amabilités, de « gran senor », de « don juan des bibliothèques », d’Ulysse qui se fait attendre (parce que Manguel a tenu à mener à terme son enseignement à Princeton et Columbia) et l’a comparé, dans une allusion alambiquée à Hamlet, « de son chéri Shakespeare », au personnage de Fortinbras qui régnera sur un champ de cadavres. Rien que ça ! Avoir été comme Horacio Gonzalez un combattant contre la dictature militaire, l’avoir payé dans sa chair (torture) et de l’exil (au Brésil), en supporter encore aujourd’hui les conséquences physiques (graves insuffisances rénales) n’autorisent pas tout, comme le lui avait rappelé Consuelo Gaitan.

Manguel: de la tour d'ivoire au champ de bataillle © Actes Sud Manguel: de la tour d'ivoire au champ de bataillle © Actes Sud
 « De quel projet est-il le nom ? », demandaient à propos de Manguel les pétitionnaires. « La continuité institutionnelle de la Bibliothèque ou son démantèlement ? » Continuité avec la “gestion” d’Horacio Gonzalez ? C’est de reconstruction qu’il faut parler. Y compris financière, puisque l’examen des comptes a fait apparaître un trou supérieur à 19 millions de pesos.

Selon une personnalité culturelle vivant en France qui s’est entretenu de ce défi avec Manguel, l’auteur de La Bibliothèque la nuit et d’une vingtaine d’autres ouvrages consacrés à la lecture souhaite maintenant mettre ses idées en pratique. Et notamment, faire de la BNMM une bibliothèque authentiquement nationale, en travaillant avec les institutions provinciales. Et en apportant le livre et la culture dans les quartiers défavorisés, y compris les bidonvilles. Pour la bibliologie internationale, pour les centaines de milliers de lecteurs d’Alberto Manguel dans le monde, c’est une bonne nouvelle et une expérience passionnante qui commence. 

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J'ai été alerté sur “l'affaire BNMM” par une auteure étrangère vivant en France, grande lectrice de Manguel, indignée par le contenu et le ton de la pétition répercutée par Le Monde. Encore aux États-Unis au début de mon enquête, Alberto Manguel, qui a la double nationalité argentine et canadienne, n'a pas souhaité s'exprimer, ce qu'il doit faire publiquement dans les prochains jours à Buenos Aires.

La situation découverte dans cette enquête de plusieurs semaines m'a évidemment fait penser à la manière dont les époux Kirchner (et surtout Cristina au fur et à mesure de la dégradation de la situation du pays) avaient traité d'autres institutions, plus proches de mes centres d'intérêt habituels. Mais les institutions d'un pays civilisé, qu'elles soient politiques, économiques, sociales ou culturelles, sont des piliers d'un régime démocratique et d'une société avancée. Il faut les traiter avec respect, les faire évoluer avec prudence, les respecter dans leur vocation.