Marilyn en fragments (3/3) : fictions

Par

Sans doute Marilyn n'est-elle qu'une fiction : les romans tentent de la saisir, à distance et de biais, de Joyce Carol Oates à Adam Braver, en passant par Andrew O'Hagan, pour ne retenir que les plus beaux. Comme l'écrit Marie Darrieussecq dans Monroerama, si Marilyn capture tous les regards et toute la lumière, c'est qu'elle est un être entièrement de projection : chacun projette sur Marilyn la Marilyn qu'il a en tête, et se voit renvoyer une créature qu'il n'avait pas prévue. De quoi Marilyn est-elle le nom ? D'un désir sans plus d'objet, d'un au-delà du désir.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Tout, dans la vie de Marilyn Monroe aimante le récit : les paradoxes d’une femme caméléon, de Norma Jean à la star hollywoodienne ; ses amours avec d’autres icônes, du sport (Joe DiMaggio), des lettres (Arthur Miller), du cinéma, de la politique ; la faille de son être, entre clarté et obscurité – comme elle l’écrit dans l’un des poèmes rassemblés dans Fragments, « je cherche la joie, mais elle est habillée de chagrin » –, jusque dans son nom ou l’image que l’on veut avoir d’elle (la ravissante blonde, au mieux, la putain idiote, au pire), contre laquelle elle luttera en vain ; une vie qui commence dans la misère et l’abandon – mère schizophrène qui finit internée–, qui prend son essor sous le signe du conte de fées – au point que Marilyn se rêvera princesse sur le rocher monégasque – et s'achève en tragédie.