Roger Vailland (3/3) : 1947, le journaliste et « les commis voyageurs de Coca-Cola »

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Drôle de jeu, on l'a dit dans le précédent épisode de cette série, peut se lire comme un exceptionnel reportage sur la Résistance. Vailland n'a, sa vie durant, cessé de puiser dans son travail journalistique la matière très réaliste de ses romans. Ces condensés de reportage sont parfois juxtaposés au déroulement de l'intrigue. Drôle de jeu contient ainsi une analyse des bouleversements de l'économie agricole de la Bresse dans les années 1930 et 325 000 Francs, des pages d'anthologie sur l'essor de la plasturgie à Oyonnax (Ain) dans l'après-guerre. Beau Masque n'est au fond qu'une version romancée d'un long reportage qu'il consacre en 1953 aux luttes ouvrières de la vallée de l'Albarine, dans le Bugey. Dans d'autres romans, Vailland s'appuie sur ses reportages pour construire ses personnages, décrivant en détail le milieu des cheminots d'Ambérieu qui fascine le héros d'Un jeune homme seul ou les pisciculteurs du Jura de la famille de l'héroïne de La Truite. Il y aurait des thèses à consacrer à la manière dont les neuf romans de Vailland se nourrissent de ses quelque 3 000 articles. En attendant, on peut se plonger dans la sélection que vient d'en publier Le Temps des Cerises, sous le titre de Sacré métier. Vailland écrivain est oublié ? Commençons par redécouvrir le Vailland journaliste.