«Un prophète», film politique

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Belle histoire, magistralement filmée, Un prophète est aussi un grand film politique puisqu'il donne à voir une réalité sociale demeurée invisible au cinéma: la prison. Co-scénariste du film, Thomas Bidegain explique comment avec Jacques Audiard ils ont très concrètement relevé ce défi alors que le film a raflé la mise aux César 2010. Nous republions ici l'entretien accordé à Mediapart en septembre 2009.

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Jacques Audiard n'aura eu de cesse de s'en défendre lors des nombreux entretiens qu'il a accordés depuis Cannes, où il montra son Prophète pour la première fois, force est pourtant de reconnaître, pour s'en féliciter, qu'il a réalisé un grand film politique. Ses mises en garde liminaires sur le mode « c'est une totale fiction » participent de la croyance généralisée dans l'univers du cinéma, parmi les cinéastes comme les critiques, en l'existence d'un fort étrange dispositif de vases communicants : plus un film serait estampillé « de société » moins il pourrait prétendre au label « auteur ». C'est le syndrome Dossiers de l'écran, perpétué et aggravé par la désastreuse politique de commande de « téléfilms à sujets » des télévisions, publiques et privées.

 

Comme si, loin d'être condamnée à illustrer, la fiction n'était pas aussi, et en soi, un mode de connaissance. A la condition, essentielle, de ne pas lui assigner le cahier des charges d'un documentaire, d'un reportage, d'une enquête journalistique ou, a fortiori, d'un manuel scolaire. A l'instar de Laurent Cantet et François Bégaudeau avec Entre les murs, l'intention de Jacques Audiard et de son co-scénariste, Thomas Bidegain, est pourtant claire : donner à voir un pan invisible de notre société, un hors-champ flagrant de notre cinématographie. Question politique s'il en est, la représentation est d'emblée au centre d'une démarche qui entend aussi montrer, entre quatre murs cette fois, un autre fait aussi massif que dénié : la prédominance de la vieille question sociale sur la si fantasmée question raciale. Oui, ce sont les pauvres qui vont en prison, nous rappelle Audiard, qui choisit de clore son film sur Mack the Knife.

 

Thomas Bidegain Thomas Bidegain

 

 

Points de départ d'un travail qui aura duré trois ans, ces faits sociaux ne sont, selon toute logique, pas ici traités comme des choses mais bien plutôt comme de formidables matrices fictionnelles, des machines puissantes au point de tracer le destin d'un personnage, la trajectoire d'une socialisation ou le déroulé d'une fulgurante carrière délinquante. C'est, très concrètement, de la manière dont se fabrique la fiction lorsqu'on frotte la matière sociale aux contraintes de mise en scène que parle Thomas Bidegain dans l'entretien présenté ici sous forme de diaporama. Cliquer sur l'image ou ici.

 

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