Franzen et «Freedom»: est-ce vraiment aussi bien qu'on le dit?

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Jonathan Franzen était l'un des quatre ou cinq auteurs attendus de la rentrée littéraire 2011: Freedom s'est installé en tête des ventes de livres. Mais la critique est divisée. Analyse de cet accueil, une fois la vague médiatique passée, autour d'un dialogue à distance, par mail, avec l'auteur. Avec les premières pages du livre, en exclusivité.

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Jonathan Franzen était l'un des quatre ou cinq écrivains attendus de la rentrée littéraire. Parce que son précédent roman, Les Corrections, de l'avis de beaucoup son chef-d'œuvre, l'a imposé comme un auteur incontournable et que le livre s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde depuis sa sortie en 2001.

Parce que Franzen s'est vu soudain starifié, proclamé «great american novellist» en Une du Time – privilège réservé à une poignée d'auteurs vivants. Parce qu'il apparaît même dans la série animée Les Simpsons, rêve de La Zone d'inconfort devenu réalité: «Quant à devenir moi-même une bande dessinée: quelle victoire ce serait!»

Les Corrections est en cours d'adaptation pour HBO. Freedom a été l'une des lectures de l'été 2010 d'Obama. Franzen a donné une lecture publique au théâtre de l'Odéon, le 19 septembre, à guichets fermés, succès oblige. 

Sorti en France, aux éditions de l'Olivier, dès le 18 août (le lendemain de l'anniversaire de Franzen, 52 ans), Freedom est arrivé auréolé d'une critique anglo-saxonne unanime. Mais la France aime cultiver sa différence. Dans Le Monde des Livres, François Beaune célèbre un roman aussi addictif que les meilleures séries américaines tandis que Marc Weitzmann se gausse d'une psychologie qui «fleure le Marc Levy». Jonathan Franzen devrait apprécier l'illustration parfaite de ce qu'il écrivait en 1996 déjà, dans l'article «Rêver peut-être (Perchance to Dream)» du Harper's: «Nous vivons dans une culture fortement binaire

En parler, vite: Freedom est l'objet d'une pleine page dans le premier Monde des Livres nouvelle formule (daté du 19 août). Libération a ouvert le ban, dès le 16 août, mettant Franzen et un «Il était une fois l'Amérique» en Une. Question de Timing?

Quelques semaines plus tard, que vaut vraiment Freedom? Jonathan Franzen a accepté de répondre par mail aux questions de Mediapart, loin de toute agitation médiatique (lire notre boîte noire).

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Je devais interviewer Jonathan Franzen le mercredi 21 septembre. Mais son emploi du temps - un voyage en Suède pour présenter Freedom - rendait difficile une rencontre autrement que dans l'urgence. Nous avons donc convenu, le soir de sa lecture à l'Odéon, de ce jeu de questions/réponses par mail.