Pourquoi la Commune a traversé le temps

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Entretien avec l’historien Quentin Deluermoz, auteur de Commune(s) 1870-1871. Il y restitue les échos hors normes de cette insurrection parisienne, en saisissant l’événement dans ses multiples dimensions, dans le temps comme dans l’espace. Un travail ambitieux sur un « spectre » encore agissant. 

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© Mediapart

« La Commune de Paris est encore vivante au XXIe siècle. » Cette observation, faite par Quentin Deluermoz au début de son nouvel ouvrage, édité au Seuil et issu d’une habilitation à diriger des recherches, constitue aussi une énigme. Pourquoi un gouvernement autonome n’ayant duré que 72 jours, doté d’un bilan logiquement modeste, est-il encore une référence qui compte, un siècle et demi plus tard ? 

Pour répondre à cette question, le maître de conférences en histoire à l’université Paris XIII a choisi de multiplier les perspectives sur cet événement : « par le bas », à l’échelle des quartiers du Paris insurgé ; « par le haut », en s’intéressant à son impact d’emblée global ; mais aussi en décalant le regard, pour embrasser une « nébuleuse révolutionnaire » qui inclut les Communes lyonnaises, celle d’Alger ou encore l’insurrection de Martinique qui se produisent au même moment. L’auteur joue de ces échelles avec une grande maîtrise, montrant comment la Commune fut très tôt investie de sens et appropriée de manière différenciée à travers le monde entier.

Sa postérité n’aurait cependant pas été si riche si l’événement n’avait pas revêtu une « qualité » de temps particulière, découlant de sa place dans la chaîne des révolutions (après celles de 1789, de 1830, de 1848...), de la profondeur des aspirations à l’autonomie et à la démocratie qui s’y sont exprimées, ou encore d’une interruption précoce et sanglante qui a suspendu ses potentialités. « La Commune est une hétérochronie, écrit Quentin Deluermoz, un autre agencement des temps, singulier et instable. [...] L’insurrection parisienne est marquée par un affaissement de l’organisation sociale antérieure dont divers traits persistent en même temps qu’émergent d’autres dynamiques et possibilités. »

Dans cet entretien accordé à Mediapart, l’auteur revient sur tous ces aspects qui expliquent « la puissance créatrice » de la Commune, dont les effets sont encore appelés à durer, selon lui. 

> Cette émission peut aussi s’écouter en version audio.

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Quentin Deluermoz, Commune(s), 1870-1871 – Une traversée des mondes au XIXe siècle, Éditions du Seuil, 2020

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