Harlan Coben ou la fabrique du suspense

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Évacuons d’entrée les critiques : Harlan Coben avoue écrire des romans grand public même s’il refuse d’entrer dans un genre, une catégorie. Rencontre avec l’écrivain et extrait de Six Ans déjà.

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De mémoire de lecteur de thrillers, de ces romans à suspense qui empiètent sur notre quota de sommeil, les livres d’Harlan Coben sont diablement efficaces. Harlan Coben a publié 24 livres en 24 ans, avec une constance et une efficacité redoutables. Des livres calibrés, à l’intrigue millimétrée, et chacun se transforme en succès de librairie.

Depuis plus de dix ans, l’engouement du public pour l’auteur américain surnommé le « maître de vos nuits blanches » ne se dément pas. Six Ans déjà ne devrait pas faire exception à la règle. Jake Fisher est professeur d’université. Six ans plus tôt, il a assisté au mariage de Natalie, la femme qu’il aime, avec un autre homme. Celle-ci a fait promettre à Jake de ne jamais chercher à la revoir. Promesse tenue. Pendant six ans. L’intrigue nouée par Harlan Coben commence donc à rebours, avec la volonté d’ouvrir sur une « immense peine ». Pour immédiatement plonger le lecteur dans un état d’empathie avec le narrateur, dont on pressent qu’il aurait mieux fait de passer son chemin et ne pas chercher à savoir.

Harlan Coben réutilise des ingrédients romanesques qui lui sont chers : l’absence, le passé qui revient hanter, les secrets et les mensonges… Et s’il semble creuser une fois de plus les mêmes thématiques – jusqu’à l’épuisement ? –, c’est parce qu’elles sont liées à une obsession : « les personnes qui disparaissent, qui se volatilisent ». Cette obsession en devient le personnage central du livre. Le doute, l’ignorance et l’espoir sont donc autant de moteurs pour l’écrivain, qui joue avec les nerfs et avec les peurs de ses lecteurs. À ce titre, Harlan Coben a beaucoup en commun avec Dennis Lehanne ou Robert Ludlum dont les livres ont les mêmes effets amphétaminiques. Six Ans déjà a pour clé de voûte la recomposition du passé et la quête de réponses, comme Mystic River ou La Mémoire dans la peau. Et dans l’œuvre de Coben lui-même, comment ne pas penser à Ne le dis à personne ou Une chance de trop aux mêmes ressorts ?

Malgré ces codes assumés, Harlan Coben refuse la catégorisation de son œuvre. Il écrit de la fiction avant tout, construit des histoires et des personnages auxquels il s’identifie en partie (comme il le dit au cours de l’entretien, en Flaubert version mainstream : « Je croyais que Myron c’était moi »), à travers lesquels il projette ses obsessions d’écrivain.

Avec Six Ans déjà, Harlan Coben emprunte donc à nouveau au genre du roman à suspense ses présupposés pour poser une équation : « La fiction, comme la vie, est une succession de “et si ?”. » Harlan Coben pense la fiction comme un moyen de ne pas répondre à cette question, mais simplement de la poser.

Harlan Coben, Six ans déjà © Mediapart
 

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