Savant et engagé : Alban Bensa (1948-2021)

Par et Tiphaine Samoyault (En attendant Nadeau)

Alban Bensa ne se sentait jamais aussi heureux que lorsqu’il n’était pas chez lui ; ce déplacement, loin d’être un exotisme, s’accompagnait d’une conscience aiguë des rapports de pouvoir et des hiérarchies entre les récits produites par l’histoire. L’anthropologue, disparu le 10 octobre, a longtemps travaillé en Nouvelle-Calédonie, où il s’était pleinement engagé pour l’indépendance et les droits du peuple kanak.

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Déplacement, dès le départ : l’aîné de deux frères, né le 18 septembre 1948, passe son enfance ballotté d’un monde social à un autre par le divorce de ses parents — son père est issu d’une petite bourgeoisie commerciale, sa mère fréquente un milieu artiste de Saint-Germain-des-Prés. Mais il s’inscrit dans le monde avec la grand-mère à laquelle il a été confié, à La Grande-Paroisse, un village de Seine-et-Marne. L’influence de cette femme hors du commun, ancienne résistante, grande lectrice et esprit indépendant, passée du catholicisme au communisme, aura une influence décisive sur le futur chercheur.