Et Cannes, donc!

Par
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Une autre crise, celle des salles

 

Pourtant Jacob ne divague pas : il parle vrai. Il dit la vérité de ce qu'il en est, aujourd'hui, des festivals en général. Mais il dit aussi la vérité de Cannes : voilà bien le seul festival au monde qui a assez de pouvoir et de rayonnement pour pouvoir prétendre parler au nom de tous les autres, quels qu'ils soient. Et il dit encore la vérité de la hiérarchie cannoise : c'est à l'Officielle qu'il appartient d'énoncer les principes qui valent pour l'ensemble des sélections, même s'ils concernent celles-ci bien davantage que celle-là.

 

Ce serait le paradoxe cannois. L'Officielle est dans la lumière, c'est l'Officielle qui donne la lumière, mais il est préférable d'aller voir ailleurs pour se faire une idée de ce qui s'éclaire à travers elle. Jacob n'explique pas comment on est arrivé au « donc ». Pour retracer ce chemin-là – pour comprendre quels problèmes pose l'identité entre festivals et cinéma d'auteur indépendant –, il faudra délaisser donc les marches rouges du Palais des festivals et se rendre aux projections de la Quinzaine des réalisateurs (Palais Stéphanie), ou à celles que

l'ACID – l'Association du cinéma indépendant pour sa diffusion – organise chaque soir aux Arcades, une des salles les plus moelleuses de Cannes.

 

La programmation de l'ACID fête aujourd'hui ses quinze ans : son co-président, Gilles Porte, auteur du beau Quand la mer monte (le film du début de la gloire pour Yolande Moreau), a l'audace de faire valoir dans l'édito du programme que l'ACID ayant toujours été en crise, elle pourrait se trouver en avance sur les autres, cette année ! Bien vu.

 

Car cette soixante-deuxième édition de Cannes va évidemment être marquée par elle, la crise : on parle de smokings loués à l'heure ou sans le bas, de soirées i-Pod, de tentes dressées dans les couloirs du Majestic... «Quinze ans que des cinéastes se mobilisent pour permettre à des images et des sons d'autres cinéastes de trouver un écran et de provoquer des rencontres», écrit encore Porte. C'est la version concrète du propos jacobien.

 

Face aux festivals, on a déjà commencé à le dire, il y a en effet une autre crise, qui est aussi la même : la crise des salles, la terrible souffrance qui accable aujourd'hui l'exploitation, la crainte que l'expérience du cinéma – ancrée en un temps et en un lieu, dans une communauté... – ne soit bientôt vouée à la disparition.

 

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale