Jusqu’au cou, Coubertin, tintamarre…

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L'amélioration de la race chevaline appliquée aux bipèdes

Nous voilà au cœur de l’imposture et de la forgerie concernant Coubertin. Le rénovateur de l’olympisme fut certes un réformateur dans le domaine de l’éducation, dénonçant dès 1887 le surmenage des élèves, ainsi que leur militarisme… prématuré (tout est dans l’épithète). Pas de quoi faire pourtant du baron Pierre, à partir de son appartenance au camp du mouvement dans le seul domaine pédagogique, ce visionnaire toujours dans le vent, apôtre de l’amitié entre les peuples (l’URSS fit semblant de mordre à un tel hameçon), annonciateur d’un monde meilleur et fraternel.

Patriote français – même s’il prônait quelques correctifs anglo-américains –, Coubertin se pose en nostalgique du temps où « l’Europe était le précepteur du monde ». Il considère l'univers à partir de cette hiérarchie européocentriste et décrète ainsi, dans les années 1920, face à l’isolationnisme alors en cours à Washington : « L’Amérique n’en restera pas moins demi-européenne par filiation. » En revanche, « l’Asie hostile », avec tous ces « Jaunes » prêts à déferler à l’instar de « sauterelles », lui inspire de vives inquiétudes. Toujours dans le même ouvrage (Où va l’Europe ?), le baron pensant s’appesantit sur l’Afrique et vaticine en ces termes : « Certes ces races qui se développent en haut et en bas du vaste continent, la franco-algérienne et l’anglo-boer, ne seront pas négligeables ; croisement précieux de sang français et du sang anglais avec l’arabe, le berbère ou le hollandais, elles semblent devoir donner de robustes et résolus échantillons d’humanité. »

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Nous sommes dans l’amélioration de la race chevaline appliquée aux bipèdes, par un lecteur de Gobineau et Vacher de Lapouge aux enthousiasmes débridés ! Ce serait risible, s’il n’en résultait un legs olympique honteux, donc tu. Toutefois, le généticien anticonformiste Albert Jacquard (1925-2013) avait soulevé le lièvre dans un petit essai roboratif (Halte aux Jeux ! 2004), qui dénonçait le néodarwinisme sclérosé de l’idéologie des JO : « La leçon de la nature serait que la lutte, la compétition sont, tout compte fait, globalement bénéfiques et même nécessaires à la survie de la collectivité. Un tel constat résultant de l’observation de l’ensemble des êtres vivants peut alors être étendu à l’espèce qui nous intéresse le plus, la nôtre. Il est facile d’en envisager les conséquences. »

Pierre de Coubertin, dans L’Éducation anglaise en France (1889) : « Il y a deux races distinctes : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée, et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Eh bien ! c’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts. »

Conséquemment et contrairement à ce que n’a jamais cessé de falsifier le CIO, Coubertin fut favorable aux régimes fascistes en général et au nazisme en particulier. Il se proclamait encore, à la veille de sa mort, « colonial fanatique ». Enfin, son mépris des femmes se montrait sans limite : « Le seul véritable héros olympique est le mâle individuel. Les olympiades femelles sont impensables. Elles seraient inintéressantes, inesthétiques et incorrectes. Aux Jeux olympiques, leur rôle devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner les vainqueurs. »

Le CIO, dans son déni des origines scélérates de l’olympisme, peut compter sur les responsables de tous bords de la planète : les politiques estiment que l’organisation de JO sur leur sol fait partie de leur apanage, avec à la clef une réélection assurée – de la part du peuple subjugué par des compétitions maquillant le chauvinisme en internationalisme, le fric en sport, le voyeurisme cruel en manifestation de solidarité, le règne des plus riches et des plus forts en partage universel…

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Au milieu des sornettes déversées, en France, par l’unité nationale au service de l’olympisme piloté par le CIO, existe un îlot de résistance en forme de village gaulois du regard distancié : les deux maîtres ouvrages du sociologue Jean-Marie Brohm, adepte d’une « théorie critique du sport », Le Mythe olympique (Christian Bourgois, 1981) et Pierre de Coubertin, le seigneur des anneaux (Homnisphères, 2008). Ils épauleront ceux qui entendent résister au bourrage de crâne athlétique – voilà bien la première des disciplines olympiques !

Dans sa préface au premier de ces essais, Michel Beaulieu indique l’étendue et les ravages de la mystification à l’œuvre : « J.-M. Brohm analyse ici la non-dénonciation et l’impunité institutionnelles dont jouit le sport. Il fait apparaître les éléments qui véritablement verrouillent l’extension de toute critique politique. […] Les écrits de Coubertin, dont beaucoup nous étaient jusqu’alors inconnus, supposent tous une dépolitisation sportive de l’univers […] C’est-à-dire la fin de la lutte des classes. La réalité historique est devenue a-dialectique et la mythologie sportive est ainsi porteuse d’une insignifiance politique des choses et des actes humains. Le devenir de l’humanité est transmué en devenir des records. La bourgeoisie n’est plus condamnée car à sa place ce sont les records qui le sont. »

Aux esprits récalcitrants et autres libres penseurs qui regimbent face à l’entreprise planétaire de crétinisation des masses au nom du sport, le divin Coubertin avait répondu, en toute majesté : « L’olympisme est une grande machinerie silencieuse dont les rouages ne grincent pas et dont le mouvement ne s’arrête point malgré les poignées de sable que certains jettent sur elle avec autant de persévérance que d’insuccès pour tâcher d’entraver son fonctionnement. » Chiche ?…

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Le Musée olympique de Lausanne, quand il comprit que je ne me contenterais pas de le visiter sans questionner l'esprit des lieux, me pria d'aller me faire voir au Comité international olympique. Celui-ci, contacté le 31 août en vue d'une rencontre avec un intellectuel organique du cru – réclamée pour le 8 septembre si possible –, se fit tirer l'oreille, puis me communiqua, le 7 septembre, la simple adresse électronique d'un historien (solidement) attaché au CIO. Et qui n'a bien entendu jamais donné suite à ma demande. Voilà sans doute la différence entre une secte (qui se claquemure pour protéger son fondateur) et une Église (gourmande de controverse théologique face à qui prétend douter de l'existence de Dieu). Toutefois, une Église est une secte qui a réussi…

Deux jours passés à la BnF m'ont permis de tomber sur des écrits de Pierre de Coubertin – ou à son propos –, que le CIO préférerait voir oubliés.