Culture : vers un mécénat d’Etat

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Hier, à Nimes, Nicolas Sarkozy a enfin parlé de culture. Multipliant les pseudo-annonces à propos de la gratuité des musées, des enseignements artistiques ou de la création d'un Musée de l'histoire de France, il s'est adjoint les services d'un second ministre de la culture en la personne de Marin Karmitz, chargé d'animer un « conseil de la création culturelle ».

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Le président Sarkozy aura attendu près d'un an et demi pour reparler de culture. La première fois c'était par écrit, sous forme d'une roborative mais pas inintéressante lettre de mission publique envoyée à sa ministre, Christine Albanel. La deuxième prit, hier à Nimes, la forme de vœux adressés « aux acteurs de la Culture », mélange de note de conseiller scolairement émaillée de « citations d'auteurs » et d'improvisation plus artiste et même, par moment, carrément impressionniste.
Au final, l'un de ces discours à boire et à manger dont il semble parfaire quotidiennement la recette, préfiguration du buffet qui certainement n'a pas manqué de suivre mais surtout menu des réjouissances culturelle annoncées pour l'année qui s'ouvre.
En entrée, chiffonnade de généralités méditerranéennes sur lit de crise économique. Ce moment fut néanmoins l'occasion de rendre un bel hommage à l'audace architecturale en plaidant pour les tours et, surprise du chef, de prendre, non sans panache et visiblement avec sincérité, la défense de l'occupation de (son jardin à) Versailles par « l'art moderne » (sic) de Jeff Koons.
En choisissant clairement son camp, celui du contemporain, Nicolas Sarkozy se montre paradoxalement très prudent. Au risque de fâcher les réacs culturels, qui sont aujourd'hui presque aussi nombreux à gauche qu'à droite, il tente par cette OPA de s'acheter cash le capital culturel qui fait cruellement défaut à son portefeuille, trahissant du même coup, lui l'hyperprésident, un évident complexe d'infériorité. Le concert place de la Concorde n'a jamais eu lieu ; il vit désormais avec une artiste, et ce n'est pas Mireille Mathieu.
D'où cette série de « cadeaux à la culture » pour reprendre ses propres mots, improvisés, à la fin de ce long discours, quelques petites annonces, souvent problématiques ou tocs.

De toutes petites mesures

Commençons par ce qui fait la Une du Figaro ce matin : « Musées gratuits pour les moins de 25 ans ». Intéressante initiative, qui cadre avec le juste diagnostic de la lettre de mission à Albanel, pointant un échec certain de la démocratisation culturelle et la nécessité de mettre en œuvre des politiques de publics plus volontaristes. Mais bien modeste annonce au regard de la promesse du candidat Sarkozy qui voulait prendre modèle sur les britanniques pour ouvrir tous les musées nationaux gratuitement à tous. Ce que la Ville de Paris a mis en œuvre depuis 2001 pour les collections permanentes de ses musées a eu beau jeu de rappeler son adjoint chargé de la Culture, Christophe Girard, prétextant une mesquine attaque présidentielle sur la Nuit blanche - ce « supplément de notre politique culturelle » dixit Girard - pour produire à ce jour la seule réponse un peu sérieuse de la gauche au discours de Nîmes. (Le mince communiqué de la nouvelle secrétaire nationale du PS chargée de la culture, Sylvie Robert, voyant du « populisme culturel » là où il y aurait plutôt du misérabilisme et se complaisant bizarrement à exiger « l'abrogation de la lettre de mission » d'il y a un an et demi, lettre de mission qu'elle prend d'abord le soin de caricaturer en n'en retenant qu'un bref passage, certes le plus problématique, sur les « obligations de résultats ». )


Autre « chantier culturel » sur lequel Nicolas Sarkozy annonce « un effort particulier en 2009 » : les enseignements artistiques. Il y « attache de l'importance » prévient-il, avant de mieux prouver le contraire en n'ajoutant rien de plus, si ce n'est l'idée qu'il faudrait désormais « réhabiliter Spinoza » contre Descartes. Les enseignants et les parents d'élèves qui ont vu les programmes de primaire et bientôt ceux du collège et du lycée se replier sur les fondamentaux apprécieront à sa juste mesure cette non-mesure.

Ils se rassureront (ou s'effraieront encore davantage) en retrouvant un peu de cohérence dans le discours présidentiel avec l'annonce suivante : la création d'un Musée où l'on exposera l'histoire de France, i. e. une histoire telle qu'on la pratiquait sous la IIIème République. Et telle que la pratique encore Max Gallo, l'historien qui murmure l'âme de la France à l'oreille de son président.

Nomination surprise d'un second ministre de la Culture