Ibrahim Maalouf reprend le souffle de Miles Davis

Sur une trompette à quart de ton, inventée par son père pour adapter l'instrument à la finesse de la musique arabe, le musicien franco-libanais Ibrahim Maalouf vient de créer la bande-son du film muet de René Clair, La Proie du vent. Une composition inspirée de celle de Miles Davis pour Ascenseur pour l'échafaud. Rencontre vidéo.

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À peine a-t-il commencé à parler que le cinéma s’est dépêché de chanter. La musique, dans ces années d’essor du septième art, c’est le jazz, et son union avec le cinéma est officiellement scellée en 1927 lorsque Alan Crosland réalise Le Chanteur de jazz, premier film parlant de l’histoire.

Cette union s’est perpétuée : Duke Ellington, Gerry Mulligan, Charles Mingus ou Art Blakey se sont frottés à l’exercice de la musique de film sans même évoquer les comédies musicales qui ont fait, un temps, le bonheur de Hollywood. De récents coffrets Jazz on Film édités par le label Moochin About témoignent de la richesse de ces productions musicales, mais il en est une, absente de ces coffrets, qui pourtant les surclasse toutes.

C’est en quelques heures, dans la nuit du 4 décembre 1957 avec des musiciens français qu’il ne connaissait même pas, que Miles Davis, visionnant les images d’Ascenseur pour l’échafaud, improvise sur sa trompette la musique du film de Louis Malle (voir ici une vidéo). Depuis, si les cinéphiles se souviennent d’une vague scène nocturne, Jeanne Moreau déambulant dans Paris avec en fond musical le souffle crépusculaire de Miles, c’est désormais, cas probablement unique, la musique qui a vampirisé le film.

Cette même musique qui « hantait mes jours et mes nuits », se souvient le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf, ajoutant: « elle est une des rares qui m’a fait aimer l’instrument dont je joue ». Aussi, lorsque la cinémathèque française lui propose de composer une musique sur un film muet de René Clair, La Proie du vent tourné en 1927, Maalouf n’a pas besoin de réfléchir longtemps. « J’avais envie de reproduire cette atmosphère (la musique de Miles) mystérieusement mélancolique et emplie de suspense en y apportant une couleur arabe forte mais discrète. »

Ibrahim Maalouf utilise une trompette à quart de ton, inventée par son père Nassim, qui permet de jouer la finesse de la musique arabe grâce à l’ajout d’un quatrième piston. Il s’est donc rendu à New York accompagné du pianiste et arrangeur Frank Woeste pour enregistrer avec quelques pointures américaines (Mark Turner au sax, Larry Grenadier à la basse et Clarence Penn à la batterie) une musique qu’il avait néanmoins pris soin d’écrire auparavant et nous livre ce travail dans un tout récent album, Wind, qui retranscrit musicalement les sensations évoquées par les images.

Petite déception, il faudra être très patient si l’on souhaite voir le film un jour car la cinémathèque française a lancé un programme de restauration de diverses œuvres, dont La Proie du vent déjà achevée, et ne souhaite éditer le tout qu’une fois cette vaste entreprise terminée.

Reste pour aujourd'hui la musique, et le précédent du film de Louis Malle nous a prouvé qu’une musique pouvait parfaitement vivre sans le film qu’elle était censée illustrer. Ne dit-on pas à propos d’Ascenseur pour l’échafaud que c’est un film de Louis… Miles ?

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Wind, Ibrahim Maalouf
Mister Productions, nov. 2012

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