Cabu est mort, assassiné à 77 ans dans l'attentat qui a frappé le journal Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Alors que la voix de l'antiterrorisme entonne son refrain monotone, il faudrait désormais accepter de nouvelles mesures sécuritaires, celles-là mêmes qui n'ont pas su protéger la rédaction du journal satirique. La liberté d'expression deviendrait ainsi la justification d'une logique antiterroriste qui menace nos libertés, et en particulier la liberté d'expression : la boucle serait bouclée.

Le dessinateur Cabu détestait – le mot n'est pas trop fort – l'armée. Il vomissait le 14 Juillet, les défilés militaires, les hymnes, les uniformes. Il adorait le swing, les chansons gaies, mais aussi, selon ses propres mots, « tout ce qui n'est pas encore bétonné ». Antinucléaire, compagnon de nombreux combats écologistes, il n'a pas hésité à utiliser son dessin et ses passages à la télévision pour dénoncer les risques associés aux centrales et aux usines d'armement. Féroce critique du clan Le Pen, considérant les religions comme des idéologies, il a fait face avec véhémence à toutes celles et ceux qui, épris de morale et de nationalisme, lui ont reproché ses opinions et sa liberté de crayon.

Dans un contexte politique très sombre, rappelons-nous bien qui est Jean Cabut, revenu bouleversé par 27 mois de service militaire en Algérie. Ses chemises hawaïennes et ses pulls colorés, ses ripostes cinglantes aux censeurs de tous poils, son rire affiché face la mort, sa profonde et absolue détestation de la guerre : Cabu a bien des choses à nous dire sur l'actualité, lui qui dessinait « pour montrer le côté ensoleillé de la rue ».