Jacques Bouveresse : «La presse doit résister à la soumission»

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  • 16/03/2008 15:38
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Entretien vraiment passionnant sur l'état actuel de la presse et de ses lecteurs.
J'espère de même être surpris en bien par le renouveau apporté par Médiapart.
En attendant, je vais surement lire Karl Kraus ;-)
On ne peut qu'adhérer aux idées développées par Jacques Bouveresse. Peut-on suggérer d'autres pistes de réflexions qui s'ajouteraient à l'argumentaire développé comme par exemple : - uniformité de la pensée d'aujoud'hui à la suite de disparition progressive des idéologies qui façonnaient une presse plus combative autrefois. Peu de choses différencie la droite de la gauche, si ce n'est à la marge (un peu plus ou un peu moins de libéralisme, un peu plus ou un peut moins de social etc...). Les faibles nuances dans les postures conduisent par exemple à des débats contradictoires qui n'en sont pas. - La presse étant dominée par des acteurs à la pensée uniforme, il est laissé peu de place à d'autres courant de pensées dans les grands média. (Et pourtant il en existe). Nous sommes dans un système TINA comme le disent quelques chercheurs américains : "there is no alternative" - Des journalistes qui souvent maîtrisent mal leur sujet. Les contre vérités des politiques qui ne sont pas reprises (sauf ultérieurement par quelques journaux mais qui échappent au grand public qui a assisté par exemple en direct à un débat télévisé). Ces causes qu'il reste à valider par les spécialistes contribuent peut être également à rendre la presse peu crédible auprès d'un public qui lui souhaiterait sincèrement s'informer et comprendre.
Monsieur Bouveresse vient de découvrir l'eau tiède. Un diagnostic autrement plus clair des maux de la presse est celui de Serge Halimi dans "les nouveaux chiens de garde" http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/chiens2/index.html Bonne continuation à Mediapart.
Ce que vous appelez « eau tiède», on peut préférer le désigner comme rigueur et prudence, tout ce qu'on attend d'un philosophe de la stature de Jacques Bouveresse.
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  • 17/03/2008 11:08
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J'ai l'impression de revivre en France, maintenant, le même spectacle insupportable d'une télévision ne proposant qu'une seule chaîne décrivant par le menu les faits et gestes d'un chef d'Etat dans l'Algérie de la fin des années 1970 : on pouvait le suivre à la trace et boire ses paroles jusqu'à plus soif. En réalité, on n'allumait plus la télé... Avoir 150 chaînes aujourd'hui en France n'est pas vraiment différent de n'en avoir qu'une. On zappe, mais en vain, le nom du président ne tarde pas à être prononcé à nouveau, agissant comme un répulsif. Pitié... Reste le pouvoir de ne pas allumer et de se réfugier dans la lecture de quelques bon ouvrages, en attendant les prochaines élections.
Deux rebondissements aux propos de M.Jacques Bouveresse :
- “La seule presse qui se vende encore suffisamment et qui n’ait pas de problèmes économiques sérieux est désormais, si je comprends bien, la presse people, autrement dit celle qui vit principalement de la satisfaction de la curiosité malsaine du public pour des choses qui ne le regardent la plupart du temps en rien et dont il n’a aucun besoin de savoir quoi que ce soit. Le problème est que, comme le confirment certains événements récents, la presse dite « sérieuse » sera vraisemblablement de plus en plus tentée d’imiter en partie son exemple.“
Cesser de “rêver“ être au autre :
Etre rassuré dans le rêve d’un autre que soi, dans un être plus beau, plus “talentueux“, étant dans une forme de réussite (le média fait “exister“ cette réussite dans son éclairage propre ) permet à la presse dite “people“ d’être prédominante. Car nombres de gens aujourd’hui n’ont pas le temps de lire une presse aux articles développés, courant sans cesses derrière une subsistance de plus en plus précaire, et qu’il faudrait vraiment se poser la question de manière individuelle, de ce que qui permet ce besoin de valorisation extérieure. De ce qui existe en soi, comme valeur négative pour avoir besoin d’exister à travers d’autres êtres “brillants“ médiatiquement.
- “Ceux qui pensent et agissent à peu près uniquement en fonction de l’air du temps et de la mode, dans le domaine intellectuel aussi bien que dans n’importe quel autre, sont toujours convaincus de faire des choix absolument libres et même originaux et courageux.“
Etre rassuré par l’appartenance au groupe, à l’ensemble, montre d’après moi une peur d’être seul face à soi-même, un doute d’être face à sa propre pensée que l’on pense “limitée“. Car encore une fois, lorsque l’on hésite à être soi-même, car empêché par divers troubles psychologiques ou par l’influence d’une société imposant des codes identitaires déviants ( société duelle, différentialiste, compétitive et combative, masculinité dure …), il est rassurant de suivre “comme les autres“, “comme tout le monde“, les modes dominantes que proposent la société dans laquelle on vit.
Et si l’on peut comprendre ces besoins lors des “métamorphoses“ adolescentes, bien qu’il soit possible de les permettre douces, cela devient plus questionnant lorsque c’est une société qui impose ces troubles ( surveillance et intimidation institutionnalisée et accrue, dépendances ou enchaînements financiers, insécurités intérieures diverses telles celles crée par des richesses mal réparties et engendrant des injustices…), et cherchant à peser encore plus sur les consciences des enfant en souhaitant, comme nous l’avons entendu, que chaque enfant apprenne par cœur le nom d’un enfant mort pendant la Shoah. Alors qu’il faudrait plutôt travailler positivement sur les consciences en permettant, par exemple, de “liberer“ les enfants, les adolescents, de transmissions qui favoriseront la construction d'adultes prompt à douter d’eux-mêmes. Et cela grâce à des thérapies familiales inclues dans le cursus scolaire.
Une question :
Que dire de l’individualisme égoïste, égocentrique, problématique dans son rapport à l’identité “nécessaire“ dans une société montrée voire crée comme “éternellement difficile“ ?
Point de vue plus qu'intéressant. Amusant aussi de voir que depuis mars dernier, personne n'est venu commenter cet interview pourtant porteur de thèmes qui n'ont rien de "fini", et que les questions posées par Jacques B. sont celles que les écoles de journalisme - qui le font pour certaines - devraient toutes inscrire au programme de leurs premières années... Pour l'avoir testé, j'ajouterai seulement qu'effectivement, plus les red'chefs de certains médias s'entendent dire qu'ils ne tiennent pas compte de la défiance des publics, plus ils fuient scrupuleusement tout ce qui pourrait ressembler à une remise en question de leurs pratiques. Attention : la critique est facile, etc. Toutefois, nous n'avons plus le choix. Nous priver d'une réflexion sur les frontières du genre équivaudrait à se priver de lecteurs demain.
. Bravo ! . Deux fois bravo ! Bravo à Bouveresse, bravo à Médiapart ! . Je découvre cet article grâce au commentaire de Christophe Journet, puisque ce papier de Sylvain Bourmeau avait été mis en ligne dès avant le démarrage de médiapart. . Je ne trouve pas que ce soit de l'eau tiède, même si mes goûts m'entraînent plutôt vers l'expression polémique de Serge Halimi que signalait Daniel Barret. . jean-paul yves le goff http://www.lelivrelibre.net
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  • 15/10/2008 07:32
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A quoi servent les journalistes dans une société d'opinion, si ce n'est à colporter et fabriquer ces mêmes opinions ? Dans une société où tout est opinion et où chacun peut l'exprimer, c'est le cas sur internet, la valeur de ce qui est dit est égale pour tous dans ce type de société. Ce qui est tout à fait remarquable c'est que le Vrai est aussi jugé à partir de cela. M. Bouveresse n'est peut être pas platonicien mais la critique de la démocratie d'opinion pourrait sans doute être une nouvelle voie à explorer pour comprendre ce que nous traversons aujourd'hui.
Interview et commentaires bien utiles à relire (ou lire) aujourd'hui.
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  • 06/12/2009 14:49
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Et encore aujourd'hui...
Et encore aujourd'hui....
Plus que jamais d'actualité.

Je découvre cet entretien avec beaucoup de retard (en mars 2008, je n'étais pas encore abonnée) et, oui, il est toujours d'actualité !

Au-delà de la question de la presse, j'en retiens une phrase qu'il faudrait graver dans un petit coin de nos cerveaux et qui devrait nous alerter dès que nous avons l'impression d'agir librement : "C'est une banalité de remarquer que l'on peut parfaitement faire preuve, dans son comportement, d'un conformisme, d'une docilité et même d'une docilité extrêmes, et en même temps avoir le sentiment de se déterminer tout à fait librement".

 

 

P.S. Je remarque qu'à l'époque on ne s'insultait pas pseudonymement dans les fils de commentaires Mediapart. Question d'époque ?

Oui, non seulement cet entretien ancien (ô combien actuel !), mais toute l'œuvre de cet homme remarquable, fin, rare, cher, Jacques Bouveresse - ses cours au Collège de France compris, bien sûr - devra désormais être lue (et réfléchie), assidûment.

Surtout par ceux qui ne sont point disposés à... la soumission ! (Et encore moins à l'abrutissement /in/volontaire.)

DL, chagrine...

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