António Lobo Antunes: «J’écris en tâchant de dire ce que le livre attend de moi»

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1 commentaire remarqué par l’auteur·e

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Un vrai plaisir de découvrir cet auteur. J'ai été scotchée en lisant l' article. Je pense que je vais acheter un de ces livres par curiosité.

Merci Antoine Perraud de nous aider à découvrir des perles d'humanité

Après José Saramago se profile un nouveau prix nobel portugais : le fils d'immigrés que je suis redresse la tête ! (des moins que rien savent aussi écrire ?)

Oriane Jeancourt en parlait très bien sur France-Culture le 20 juin dernier : 19'

Un très grand merci....Antonio Lobo Antunes a cette puissance d'écriture qui parait tout emporter sur son passage, comme chez Faulkner comme chez Céline....

"J'ai peur de la patiente ténacité des choses qui ne crient ni ne saignent, qui continuent à remplir leur tache inutile jusqu'à ce qu'une vis, un ressort le rouage d'un moteur se détraque: alors elles s'immobilisent silencieusement au milieu d'un mouvement d'un geste d'un pas et nous regardent fixement avec l'expression inquiétante et alarmée des morts."  

           ( Connaissance de l 'enfer 1998 )

C'est mieux. Mais par exemple prenons «la guerre coloniale menée en Angola par la puissance fasciste faisandée portugaise». N'est-ce pas d'une telle redondance qu'il nous est permis de se demander si vous ne vous moquez pas des anti-colonialistes ? C'est dans ce genre de phrase qu'on doute de votre conscience de classe, Antoine. N'eût-il pas suffi écrire « la guerre coloniale menée en Angola par la puissance portugaise", ou "la guerre menée en Angola par le fascisme portugais" ? Comme le dit en toute évidence le survivant du désastre.

Je ne vois pas en quoi le rajout d'un qualificatif (celui de "faisandé") serait un "changement de paradigme" dans la langue perraldienne... Entre nous, ce terme peut parfaitement se justifier : le fascisme portugais à cette période était justement quelque peu "faisandé", avec une drôle d'odeur... Quand aux conséquences que cela a pu avoir en Angola, au Mozambique ou au Cap Vert, je dirais que cette décomposition a sans doute provoqué quelques effets délétères.

Bonga le grand chanteur (et conscience) angolais a bien montré que le pourrissement initial s'est malheureusement poursuivi après "les indépendances" (sans oublier bien entendu le role particulier de l'Afrique du Sud dans la région)

Bonga - Sodade (unplugged version) © Lusafrica

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magnifique entretien. Antonio Lobo Antunes mérite le Nobel.

j'ai adoré "la splendeur du Portugal" sur la décolonisation de l'Angola vécue par une famille de colons. Adoré sa vision du monde métissé ou pas des pays occupés.Ce n'est certes pas une vision à l'eau de rose, il y a de la rage, de la haine, un peu d'amour, et la violence de la guerre en réponse à la violence de la colonisation. C'est un des livres les plus forts que j'ai lus, avec la peau de Malaparte.Je vais noter les autres titres, pour voir. L'homme est intensément intéressant, merci de nous l'avoir présenté.

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  • 16/07/2017 16:41
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J'ai qd même un pb avec son style.Difficile de lire un auteur qui ne respecte aucune ponctuation ,non ?

Du très bon Antoine Perraud avec cet immense écrivain  António Lobo Antunes 

Bravo MDP

 

Amen !

Très bon article donnant envie de lire cet écrivain. Mais j'ai horreur de voir commencer un article par "cet immense écrivain portugais". Ça me rappelle trop les émissions culturelles de feue l'ORTF quand Peyrefitte sévissait à la culture. Même Pivot dans les années 70 avait remisé ce genre d'expression qui est devenu l'apanage des journalistes sportifs. Enfin bref, qui aime bien châtie bien.

Merci pour cette découverte, Antoine.

"

La première fois que je suis allé à l’Élysée pour une décoration, un haut fonctionnaire m’a dit : “Je vous croyais espagnol. Tiens ! vous êtes portugais. Curieux : ma femme de ménage aussi est portugaise.”

Sans doute un imbécile, victime de "notre" roman national et d'une "Grandeur" faisandée.... Et Antònio Lobo Antunes, grand seigneur, ne l'a même pas souffleté 

Votre remarque m'a fait rire, car je l'ai aussi souvent entendu parfois avec un ajout, aussi pertinent et désinvolte:  "... mais vous ce n'est pas pareil". C'est pire!

Il y a quinze jours, quelqu'un de très bien dans sa vie et dans sa fonction officielle et publique, dans une réunion s'est adressé à moi,  "ah, portugais quelque peuple de ma.. (il s’interrompe) de bâtisseurs". Bien entendu, de maçons bâtisseurs, il avait raison le Monsieur. Au fond cela n'a plus beaucoup d'importance, en quelque sorte séquences du "racisme ordinaire"!

Vous savez Arthur, il y aurait en effet de quoi rire, si ce n'est que cette pseudo-supériorité, cette condescendance, ce paternalisme, toujours très répandus, y compris dans les classes laborieuses et chez les petits bourgeois, trop contents de pouvoir ainsi croire qu'en dessous d'eux il y a d'autres gens, minent notre pays, nous empêchent de réécrire une histoire plus soucieuse de vérités et susceptible de nous donner une place bien plus appréciable, honorable et constructive dans le monde d'aujourd'hui. 

Vous n'avez pas saisi (ou je n'ai pas su l'exprimer) que mon rire était "jaune". Tant pis!

Ce n'est pas de la pseudo-supériorité. Il me semble que c'est plus ancré que cela dans les comportements du quotidien. La femme de ménage, la concierge portugaise, ou le maçon portugais, souvent évoqués pour "rire" ou comme boutade. Quand vous l'entendez, à votre intention, au fil des ans vous finissez par ne pas faire de discours sur 'l'histoire à écrire".

Comme je le notais, "au fond cela n'a plus beaucoup d'importance". On le disait dans les années 60, "ah les portugais ce n'est pas mal, travailleurs, blancs, catholiques pauvres dans une société de blancs riches..." (dans un débat autour d’Étranges Étrangers, un documentaire de Marcel Trillat en 1969).

Ce qui me paraît, en revanche plus problématique et d'aujourd'hui, c'est que ce même relent de rejet de l'autre, se manifeste, dans tous les milieux, auprès des personnes originaires d'Afrique, des Antilles ou du Maghreb (moins d'Asie quoique...) peu importe l'état civil. Ça se voit mieux!

Et à propos de la concierge et du maçon, je me permets de vous suggérer Une cage... pas si dorée!

"ah, portugais quelque peuple de ma.. (il s’interrompe) de bâtisseurs".

Peut être voulait il dire "de marin" (autre grande spécialité portugaise, il me semble) ?cool

Vous auriez pu lui déclamer "Les Lusiades", même si les travaux de Sanjay Subrahmanyam ont beaucoup fait perdre de sa superbe à cette épopée... 

Merci pour la suggestion... Le Monsieur dont je parle ne me semble pas très versé dans la marine et, d'après ce que j'ai compris, Camões il ne connaît pas!

En fait ma suggestion était ironiquement moqueuse pour cet individu.

" Le déclic est venu de France, en 1987 : Jean Clémentin publie dans Le Canard enchaîné une critique élogieuse de Fado Alexandrino paru chez Albin Michel, éditeur qui m’avait invité à Paris dans un hôtel minable, où l’on m’avait oublié aussitôt qu’installé. Je m’apprêtais à regagner Lisbonne quand Jorge Amado, l’écrivain brésilien auquel j’étais très lié, me fait savoir qu’une critique pareille par Jean Clémentin, “c’est la gloire”.

N'est-ce pas merveilleux, dans le " Canard enchaîné ", tout est bon. Ce qu'il combat, et ce qu'il glorifie. Et personne ne s'en plaint... au contraire.... Qu'ajouter..

Salut et Fraternité.

ALLEZ SAVOIR.

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  • 18/07/2017 15:56
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Parfois, je lis l'article après avoir lu les commentaires ; et là il fallait vraiment le lire cet article, il ne me reste plus qu'à lire cet écrivain, les quelques phrases retranscrites ici, me poussent à le lire, je crois que je ne serai pas déçu.

Paul-Jean, voyons, pas Pierre-Jean !

Jouve les yeux ! Et corrige de ce doigt. Merci ô Chougnax !

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  • 22/07/2017 20:59
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+++

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  • 05/08/2017 15:24
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Merci pour cette rencontre…

Jusqu’à ce que les pierres soient plus légères que l’eau 

Pour celle qui est assise dans le noir à m’attendre

Rien qu’à lire ces titres, on retient avec prudence l’émotion et la gravité à venir…

Parce que rien n’est gagné d’avance. Chaque mot pèse. D’une responsabilité morale et poétique. «J’écris en tâchant de dire ce que le livre attend de moi. »

Sans complaisance, avec tant de franchise, se dire et savoir qu’on a encore à dire. Pour que la vie ait du sens, pour que ce pour quoi l’on est fait trouve son sens.

Belle leçon d’humilité d’un écrivain pour tenir en richesse et respect les auteurs oubliés, pour rappeler que les imperfections nourrissent, stimulent l’écriture, au-delà des normes du jugement.

Et si, comme il l’énonce encore, à propos de Dominique Nédellec « On a l’âge avec lequel on est né. » La sagacité et le talent dont il fait preuve le portent en belle jeunesse. D’esprit, à tout le moins.

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  • 05/08/2017 15:25
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Magnifique dessin de dessin d'André Carrilho !

Merci.

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