La rassurante étrangeté d’un pèlerin stambouliote

Par Jean-Paul Champseix (En attendant Nadeau)

Ohran Pamuk dresse, dans un style digne du XVIIIe siècle, « le tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012, vue par de nombreux personnages ». L’ombre de Balzac et de sa Comédie humaine plane sur l’ouvrage, qui évoque les impressionnants bouleversements urbains et sociaux de la ville durant plus de quarante années.

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Dans son premier roman, Cevdet Bey et ses fils (1982), Orhan Pamuk racontait la vie d’une famille bourgeoise depuis le début du XXe siècle, alors que le sultan Abdülhamid II régnait encore, jusqu’à l’aube du coup d’État de 1971. Les personnages de ces trois générations s’interrogeaient inlassablement sur leur identité, en rapport avec l’Occident. Avec cette nouvelle œuvre achevée en 2014, l’écrivain évoque la période contemporaine : 1968-2012, et choisit de décrire le quotidien d’un prolétaire. Ce changement de catégorie sociale lui a demandé un important travail d’enquête pour se familiariser avec ce milieu qui n’était pas le sien et dont on ne se préoccupait guère. Il a expliqué que dans certains quartiers, pour effectuer ses interviews, il devait être accompagné d’un garde du corps ! C’est dire les enjeux…