Les fleurs coupées de la poésie nahuatl

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Les traducteurs contemporains ont pour la plupart ce souci premier de ne pas effacer la langue étrangère dont ils se font les passeurs. C'est qu'ils souhaitent augurer de culture à culture, surtout éloignées, d'une qualité de dialogue dont on peut faire tout un monde. Il arrive même qu'ils exhument les rares vestiges d'un monde sciemment détruit, puis reconstitué tout à tâtons et de façon parcellaire par des vainqueurs de l'Histoire comme saisis de remords. Ainsi en est-il, et à jamais donc, pour ces «Chants de l'ancien Mexique» que l'historien Patrick Saurin vient de réunir et de traduire du nahuatl.

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La passion de Patrick Saurin pour l'histoire des sociétés précolombiennes de la Mésoamérique est de celles qui dévorent leur impétrant. En soi, il est toujours remarquable qu'un de ces historiens au chevet de civilisations dûment déclarées mortelles se saisisse à ce point de son objet de recherche qu'il en propose une traduction, qui plus est en émargeant là où on ne l'attend pas forcément – en l'occurrence du côté de la poésie. Patrick Saurin pousse ainsi le don de soi jusqu'à livrer ces Fleurs de l'intérieur du ciel, des «Chants de l'ancien Mexique» datés de cinq siècles.