Jean Echenoz, l'art désinvolte du récit

Par

Envoyée spéciale : le titre du dernier roman de Jean Echenoz pourrait annoncer une histoire de journaliste, mais il s’agit d’un roman d’espionnage, bâti autour d’une héroïne qui ne comprend pas grand-chose à ce qui lui arrive, et qui a même été choisie pour ça. On voit tout de suite le problème : la spécialité de cette envoyée, c’est de n’être guère spéciale. Tout le roman tient là.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Faisons les comptes : Jean Echenoz avait présenté 14 comme son quatorzième roman. Après un recueil de nouvelles paru en 2014, Caprice de la reine, voici donc, pour 2016, Envoyée spéciale, le quinzième roman de l’auteur, qui a publié cette dernière décennie un livre chaque année paire. Les questions de rythme ne sont pas accessoires avec Echenoz, car lire ses romans, c’est comme écouter de la mélodie française : ce n’est pas par hasard qu’il fit de Ravel, publié en 2006, un chef-d’œuvre, à la fois soyeux et déchirant. Il ne s’agit pas là seulement d’une affaire de musicalité, de style – la langue d’Echenoz atteint à une sorte de perfection du français moderne, dans son élégance fluide –, c’est aussi une affaire de genre, de forme romanesque.