Alain Cavalier et la mort du petit cheval

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2. Il y a ensuite un agacement qui continue. Les petites caméras DV ne tiennent pas seulement dans la main, elles ont aussi fonction de micro, elles enregistrent le son en même temps que l'image. Cavalier en joue à mort: pas un de ses plans, ou presque, qui ne soit accompagné, en direct, d'un commentaire off. On voit un oiseau mort sur une table de jardin, sa voix dit: «Tiens, il y a un oiseau mort sur la table.» Une serrure résiste: «Elle résiste.» Pénible redondance.

 

Et la voix. La voix d'Alain Cavalier: traînante, chuchotée, hésitante et pourtant toujours là, infatigable. Elle est toute proche, elle livre des confidences, s'auto-confesse. C'est la Voix du Diarisme Documentaire, on l'a déjà entendue identique ailleurs, à quelques intonations près, chez Agnès Varda, Denis Gheerbrant, Raymond Depardon...

 

Son rôle? Tenir ensemble une fiction et une vérité, rabattues l'une sur l'autre pour faire passer une pilule. La fiction est celle du work in progress, du film qui se découvre à mesure qu'il se fait, étonné, désarmé de lui-même. La vérité est celle de l'auteur omniprésent, calant ses chuchotis au bord du cadre, se rappelant incessamment à notre souvenir. Veillant au grain. La fiction est douce, la vérité plus dure. L'une masque l'autre. L'artifice de l'absence de contrôle est censé faire oublier la vérité du contrôle. Match nul. Grosse fatigue.

 

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