Alain Cavalier et la mort du petit cheval

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4. Il y a maintenant la scène de l'œuf et de la pastèque. Cavalier place sur une table une tranche de pastèque qu'il a creusée pour y déposer un œuf. Il raconte qu'à sa naissance il a fallu le retourner au forceps, parce qu'il se présentait par les fesses et non par la tête. Joignant le geste à la parole, il prend une pince et fait tourner l'œuf dans la pastèque puis l'extrait du fruit. Suit un plan sur l'outil. Un mélange de nature morte et de chirurgie, ce serait donc l'imaginaire d'Irène ?

 

Allons plus loin. Profondément, ce cinéma chuchoté se rêve intra-utérin, intégralement. Les souvenirs qu'il ramasse en chemin sont les vestiges du monde d'avant. D'avant la catastrophe, d'avant la mort de l'aimée. Plus radicalement : d'avant la sortie du ventre de la mère. D'avant la séparation de la Femme. Les plans de cocon, de couette, de rondeurs, de rotondités ne manquent pas. La voix enveloppe l'image, elle en referme la membrane. Je filme, tout va bien, je suis au chaud.

 

Avancer cette hypothèse, c'est essayer de rendre raison de l'agacement. C'est aussi tenter d'approcher l'érotisme puissant qui anime tout le film: l'impudeur, les souvenirs d'orgasme violent, la peau nue des fruits, des fleurs, du dos, etc. Drôle de sexualité filmique. Il y a dans Irène une manière d'absolutiser le féminin dont on ne sait pas trop quoi dire, sinon qu'il faudrait demander à des femmes – extérieures à cette «garde rapprochée féminine» évoquée par la distributrice Fabienne Vonier en début de séance – comment elles voient le film.

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