J G Ballard : écrivain contemporain (1930-2009)

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Trop souvent présenté comme un auteur de science fiction, JG Ballard était tout simplement un écrivain de langue anglaise - l'un des plus influents de la seconde moitié du vingtième siècle, pour la littérature mais aussi la musique et les arts plastiques. Si deux de ses romans furent spectaculairement adaptés au cinéma – Crash par David Cronenberg et L'Empire du Soleil par Steven Spielberg -, ils ne résument pas à eux seuls une œuvre foisonnante et encore largement méconnue en France.

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Rares sont les écrivains qui entrent de leur vivant dans le dictionnaire des noms propres ; rarissimes sont ceux qui entrent dans celui des noms communs. Ce fut le cas de J. G. Ballard dont le patronyme a donné, selon le Collins English Dictionnary, l'adjectif « ballardian » défini comme « ressemblant ou suggérant les conditions décrites dans les romans et les nouvelles de J. G. Ballard, notamment une modernité dystopique, des paysages BLEAK façonnés par l'homme, et les effets psychologiques des développements technologiques, sociaux ou environnementaux ».

J. G. Ballard, né James Graham Ballard, et qu'on appelait plus simplement, et selon son degré de familiarité, Jim ou Jimmy Ballard, est mort hier à Londres 78 ans après être né à Shanghai où il a passé toute son enfance. En janvier 2008, dans son dernier livre publié, Miracles of Life, une autobiographie sous titrée Shanghai to Shepperton, du nom de la banlieue du grand Londres où il avait élu domicile en 1960, il avait révélé souffrir d'un cancer de la prostate. Dans un livre inédit, Conversations with my Physician, sous titré The Meaning, if Any, of Life, il a tenu chronique de cette maladie et surtout de son traitement – un traitement expérimental : on n'en attendait pas moins de Ballard, l'homme qui a toujours voulu vivre juste un peu avant son temps.
Souvent présenté comme un écrivain de science-fiction, Ballard détestait cette étiquette, même si c'est probablement la SF qui lui donna l'envie d'écrire et, au passage, l'occasion de renouveler en profondeur le genre en participant, aux côtés de Michael Moorcock et Barry Bayley, au mouvement New Wave, notamment au sein de la revue New Worlds.
Ballard préférait parler de « psychologie du futur ». Et si sa vocation littéraire est à rapporter à sa lecture des revues de SF américaines découvertes pendant son engagement comme pilote de la RAF au Canada en 1953, elle s'enracine d'abord dans une époque, ces années 50, durant lesquelles tout fut inventé et surtout largement diffusé : la consommation de masse, la télévision, les avions à réactions, les voitures, les autoroutes.... « C'est parce que le changement était omniprésent que j'ai écrit de la science fiction » m'a avoué Ballard lors d'un entretien en 1995, relevant à quel point les auteurs qui le précédaient, les angry young men notamment, n'avaient pas pris en charge ce nouveau monde qui surgissait. « Soudain, ce pays si provincial et gris montrait quelques signes de vie. Je pensais que ça valait la peine de l'écrire » avait ajouté Ballard.
Ecrivain contemporain : voilà ce que fut Ballard. On pourrait presque dire : artiste contemporain tant il a entretenu des liens étroits avec les arts plastiques. D'abord impressionné par le mouvement surréaliste (« Ma plus grande influence vient des peintres surréalistes. J'ai consciemment tenté de créer l'atmosphère de peintres comme Ernst ou Delvaux » m'avait-il confié), il fut également très marqué par This Is Tomorrow, l'expo fondatrice du pop art à la Whitechapel, c'était en 1956, l'année où il publia sa première nouvelle. A la fin des années 60, il conçoit une installation filmée de 75 heures pour l'ICA de Londres, et en 1970, annonçant Crash son roman qui finira par devenir un classique après avoir été largement dézingué par la critique, il expose au London Arts Lab des voitures accidentées, dans un geste artistique qui suit celui de Warhol et précède celui de Bertrand Lavier puis d'Adel Abdessemed. Le monde de l'art lui rendra bien, le lisant toujours attentivement, parfois même davantage que celui de la littérature - les commissaires d'exposition, comme Hans-Ulrich Obrist, mais aussi les artistes, au premier rang desquels Matthew Barney, qui a toujours reconnu sa dette, une exposition du CCCB de Barcelone en témoignait encore récemment (Jade Lindgaard s'en était fait l'écho sur son blog).