Face aux textes qui tuent

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La question de la republication des pamphlets antisémites de Céline, qui avait suscité la polémique l’année dernière, ne doit pas être considérée comme une affaire pour savants et abscons débats ; car ces textes ont pour enjeu des questions de vie ou de mort. L’abject manifeste de l’auteur des attentats de Christchurch et la réédition d’un opuscule dénonçant l’antisémitisme de Céline en 1938, Céline en chemise brune, viennent nous le rappeler.

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Les attentats de Christchurch ont été minutieusement calculés : le jaillissement de la violence devait être particulièrement inattendu – d’où le choix du lieu ; l’effet de la violence décuplé – d’où le choix de filmer en direct ; enfin cette violence visait à être imitée – d’où la diffusion d’un texte. C’est là une spécificité des auteurs d’attentats d’extrême droite : ces gens écrivent. Ils écrivent des textes qui se veulent à la fois des analyses du monde, des plaidoyers pro domo, des hommages aux prédécesseurs, des manuels pour les épigones. On avait pu remarquer que les terroristes islamistes apprécient le cinéma – organisant des mises en scène macabres d’exécutions inspirées de séries américaines (lire ici). On constate désormais que les terroristes fascistes préfèrent l’écrit : à chacun son medium de l’horreur – cette répartition mériterait elle-même réflexion.