Le géographe Eric Charmes trace contours et couleurs de la France périurbaine

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À l’heure de la mobilisation des « gilets jaunes », spatiale autant que sociale, le récent ouvrage du géographe Éric Charmes démontre que la France périurbaine n’est pas la « France périphérique ». Et que notre avenir politique se joue sans doute dans cet espace mal-aimé.

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Un petit livre orange qui tombe à pic pour comprendre les « gilets jaunes », mais aussi reprendre à zéro notre conception du vert et nous alerter sur plusieurs signaux spatiaux passés au rouge…

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Le géographe Éric Charmes publie La Revanche des villages. Essai sur la France périurbaine, dans la collection La République des idées, aux éditions du Seuil. Un texte bref, mais qui fait voler en éclats plusieurs de nos cadres d’analyse opposant la ville et la campagne, les métropoles et la France périphérique, les villages et les agglomérations. Tout en proposant quelque pistes pour remettre sur le chantier une politique urbaine qui se décide le plus souvent localement, à bas bruit, voire de façon inconsciente.

Le chercheur en sciences sociales insiste pour faire comprendre que la vieille opposition entre villes et campagnes, qui structure encore nos imaginaires et nos paysages, est dépassée. L’emploi, la distribution des revenus ou les modes de vie ne permettent en effet plus guère de distinguer les citadins des campagnards, notamment en raison de l’extension du périurbain qui regroupe désormais plus du quart de la population française. L’« hybridation du rural et de l’urbain » et le recouvrement du monde des villes et des villages sont d’ailleurs tels que les deux tiers des exploitations agricoles françaises (en nombre comme en superficie) se trouvent aujourd’hui dans le périurbain.

Cette idée qui oppose la ville à la campagne continue pourtant « à dominer nos représentations, alors qu’elle ne donne plus sens aux réalités vécues, explique Éric Charmes. Elle obscurcit plus qu’elle n’éclaire les enjeux de l’aménagement et des politiques de solidarité entre territoires. Ainsi la division entre la France des métropoles et la France périphérique est fréquemment rabattue sur une division entre villes et campagnes, sans que la différence soit perçue ».

Elle empêche en particulier de comprendre que la France périurbaine n’est pas synonyme de France périphérique. Les hauts revenus ne sont pas concentrés dans les villes en général, mais dans un type bien particulier d’espace : les centres et les banlieues aisées d’une douzaine de grandes métropoles. Or, celles-ci sont loin de représenter l’ensemble des villes, dont certaines affichent même un important déclin démographique et économique : Saint-Étienne, Angoulême, Mâcon… Lens a ainsi perdu plus du quart de sa population depuis le début des années 1970.

Éric Charmes. Éric Charmes.
Il y a toutefois loin de cette réalité à parler d’un exode urbain qui emprunterait le gradient inverse de l’exode rural des Trente Glorieuses. « Ce que certains interprètent comme un renouveau des campagnes n’est que l’extension de l’aire d’influence de grands centres urbains », écrit le géographe. Qui précise bien que la « revanche des villages », dont il a fait le titre de son livre, ne concerne que les populations vivant certes dans des communes de moins de 2 000 habitants, rurales, mais prises à l’intérieur des « aires urbaines » définies par l’Insee sur la base des interactions entre les agglomérations et les territoires ruraux qui leur sont liés. De ce fait, « de nombreuses villes font partie de la France périphérique, et la France des métropoles compte beaucoup de villages ».

À partir de là, puisque le périurbain constitue le territoire emblématique de cette hybridation de la ville et de la campagne, le chercheur propose d’en reconsidérer les formes et les caractéristiques pour voir les questions que cet espace pose et les problèmes qu’il soulève, mais en s’affranchissant de la vision noire que cet espace suscite le plus souvent, notamment à gauche.

Hier, la gauche socialiste et communiste affichait sa préférence pour l’habitat collectif sur la maison individuelle. Aujourd’hui, la gauche écologiste préfère la ville dense à l’artificialisation des sols et aux migrations pendulaires en voiture individuelle.

Éric Charmes démonte pourtant plusieurs des préjugés qui circulent sur la France périurbaine, au premier rang desquels se situe l’impact environnemental. Jusque dans les années 2000, la plupart des urbanistes et des chercheurs tenaient des discours très critiques sur la diffusion de la ville dans les campagnes, car prévalait alors l’idée que, « pour être durable, la ville devait être dense ». Il est vrai que dans la grande couronne de Paris, plus de 90 % des ménages possèdent au moins une voiture, alors qu’au cœur de la métropole, c’est le cas de moins de la moitié des ménages, pourtant en moyenne largement plus aisés. Or se déplacer en voiture, ce n’est pas seulement consommer plus d’énergie, mais aussi s’isoler dans une bulle privée et dépenser davantage d’argent.

Mais le chercheur précise qu’il n’existe cependant pas d’équation entre « ville dense » et « déplacements économes en énergie », notamment parce que les habitants des centres des grandes villes se déplacent certes beaucoup plus à vélo et en transport en commun, mais aussi beaucoup plus en avion, très énergivores, et partent plus souvent en week-end…

Ces nuances ne valent pas absolution pour les citadins des campagnes, mais invitent à songer comment améliorer les choses sans mettre en cause le dynamisme des campagnes périurbaines. Une piste serait d’« agir sur les constructions nouvelles pour mieux maîtriser leur localisation et les caractéristiques », et éviter notamment l’effet lotissement, souvent lié à des effets d’aubaine immobiliers. Éric Charmes juge qu’il serait préférable de concentrer l’urbanisation sur quelques pôles et quelques bourgs, permettant notamment une continuité éducative de l’école au collège, voire au lycée.

La lutte contre l’émiettement des villes et l’étalement urbain paraît toutefois, en l’état, quasi impossible, car cela est régulé par des plans d’urbanisme municipaux qui ont souvent « d’autres préoccupations que la polarisation de l’urbanisation ». En effet, dans « les villages éloignés des villes, l’amorce de la périurbanisation est vue comme l’opportunité de redynamiser la commune, et d’effacer les effets de l’exode rural, explique-t-il. Difficile alors d’accepter que le privilège d’accueillir de nouveaux habitants soit réservé au chef-lieu voisin. Cela reviendrait à accepter la mort sociale du village, à renoncer à ce que l’école retrouve vie ».

Sans compter le fait que la décision d’ouvrir des terres agricoles à l’urbanisation se prend au niveau des conseils municipaux, parfois sous l’influence de quelques propriétaires de terres, et qu’elle peut « rapporter plusieurs millions d’euros ». Tout cela explique souvent une urbanisation sans logique apparente, avec des lotissements sans lien évident avec l’urbanisation existante. Ainsi, « les intérêts des municipalités, qui orientent les décisions d’urbanisme, sont souvent en tension avec les enjeux écologiques de l’aménagement des régions métropolitaines ».

Cela donne des arguments en faveur d’une réduction du pouvoir des petites communes, notamment en raison de l’influence des « propriétaires de terres agricoles préoccupés avant tout par les plus-values foncières, ou au poids politique, dans les communes périurbaines, des propriétaires de maisons individuelles, surtout soucieux de leur cadre de vie ».

Ceci d’autant que les petites communes « oublient trop fréquemment ce qu’elles doivent à d’autres territoires », alors que le « dynamisme des communes rurales tient le plus souvent à la proximité d’une ville, mais elles continuent à considérer cette dernière comme un territoire étranger, voire menaçant ».

Le chercheur propose donc de revaloriser le département, pourtant souvent considéré comme désuet, mais dont il juge qu’il pourrait constituer une bonne échelle, susceptible de porter la parole des petites communes face aux métropoles, sans céder aux intérêts trop particuliers ou égoïstes.

« Clubbisation » de l’espace de vie

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Toutefois, cet exemple de la manière dont les évolutions décisives de nos territoires se font de manière à la fois invisible et inexorable rappelle qu’une approche lucide et efficace des problèmes liés au périurbain doit d’abord s’émanciper de représentations où se mêlent considérations sur la « France moche », dixit Télérama ; dédain ou crainte vis-à-vis de territoires où le vote FN et l’abstention se sont ancrés, mais aussi rejet moral et politique d’espaces qui seraient ceux de l’entre-soi.

Le dédain intellectuel de la maison individuelle, la condamnation morale du mode de vie associé au périurbain et le sentiment que les communes périurbaines menacent l’idée même de ville comme lieu de brassage et de mélange, expliquent en grande partie les erreurs d’appréciation sur ces territoires où se jouent pourtant les contours de la France de demain.

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Le chercheur repère en effet, dans le prolongement de son précédent livre intitulé La Ville émiettée et paru aux PUF, une logique de « clubbisation » de l’espace de vie qui modifie en profondeur le rapport, notamment politique, au territoire. « Le rapport à l’espace emblématique de la campagne, le village, a été complètement transformé, juge ainsi Éric Charmes. L’un des changements les plus marquants est le passage de la communauté politique (où des gens qui n’ont pas choisi de vivre ensemble s’interrogent sur ce qu’ils ont en commun) au club résidentiel (où des gens qui ont choisi de vivre ensemble sont unis derrière la défense de leur cadre de vie). »

Mais il précise que l’accès aux villages périurbains est pourtant « inégal. D’un côté, des cadres peuvent s’offrir une maison dans un parc naturel régional, tout en conservant l’accès à d’excellents établissements scolaires et en étant à proximité d’emplois hautement qualifiés. D’un autre côté, des familles populaires doivent s’éloigner considérablement des grandes villes pour trouver un terrain constructible bon marché ».

L’ouvrage d’Éric Charmes étaye donc une réalité pavillonnaire diverse, des dynamiques spatiales et sociales complexes, pour aboutir à la thèse qu’il est « vain de vouloir relier de manière simple types de logement, espaces de résidence et orientations politiques ». Il prolonge ainsi le travail déjà réalisé notamment par la sociologue Anne Lambert dans son ouvrage « Tous propriétaires ! » L’envers du décor pavillonnaire (Le Seuil) qui, à rebours des représentations habituelles, avait déjà montré que les zones pavillonnaires ne sont pas seulement des espaces de « petits Blancs » tentés par le Front national, et démontré à quel point les politiques publiques d’accession à la propriété possèdent des effets politiques déterminants.

Certes, reconnaît-il, « la diversité du peuplement des villages périurbains a beau ne pas être négligeable, elle n’en demeure pas moins limitée. En comparaison des villes, ces villages affichent une remarquable homogénéité sociale ». Dans certains quartiers de villes en crise, comme Mulhouse ou Saint-Étienne, le peuplement comprend plus de 30 % d’immigrés, quand ce taux descend sous les 1 % dans les couronnes périurbaines. Et il demeure indéniable que les « expériences faites quotidiennement dans un quartier ne sont pas sans effet sur les représentations du monde. Cela vaut particulièrement pour les enfants, dont le quartier de résidence constitue une large part de l’univers quotidien ».

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Mais Éric Charmes s’en prend frontalement au concept de « gradient d’urbanité », une notion élaborée par le géographe Jacques Lévy, qui hiérarchise les espaces selon leur degré de diversité de groupes sociaux, d’activités, de comportements… Jacques Lévy considère moins à ce titre les habitants les plus modestes du périurbain comme des victimes, qu’il ne les renvoie à leur choix de s’éloigner de la ville et des expériences que l’on y fait. Pour Charmes, Jacques Lévy n’ignore pas la contrainte économique qui pèse sur ces ménages, mais juge qu’ils auraient aussi pu se diriger vers un appartement familial dans une banlieue populaire. Pour Lévy, le périurbain traduirait donc une préférence pour « la sphère domestique plutôt que l’ouverture sur le monde ».

Mais en réalité, souligne Éric Charmes, non seulement les espaces périurbains et les centres commerciaux qui les incarnent brassent parfois davantage que les îlots haussmanniens, mais surtout « les orientations politiques des habitants des campagnes, périurbaines ou non, ont peu à voir avec un supposé manque d’urbanité. Les choses étaient sans doute différentes dans les années 1950, quand vies à la campagne et à la ville constituaient des expériences radicalement différentes, mais ces expériences sont aujourd’hui largement entremêlées, et leurs effets sur les orientations politiques sont difficiles à discerner ».

Le sentiment de relégation, voire le ressentiment de plusieurs habitants des espaces périurbains, dont les « gilets jaunes » ont été une des manifestations, peut alors être diversement interprété. Pierre Bourdieu ne défendait pas les aspirations petites-bourgeoises à la maison individuelle, mais les reliait à un État cherchant, précise Éric Charmes, « à tempérer les ardeurs révolutionnaires » des classes populaires « en enchaînant leur fraction salariée stable à un crédit, après leur avoir promis les joies douces et durables du pavillon et de son jardin ». Des promesses qui « servent également les intérêts des entreprises du bâtiment, des constructeurs automobiles et des groupes pétroliers ».

Si l’on considère alors « que les accédants modestes à la propriété sont des victimes, deux grandes options politiques, éventuellement complémentaires, sont ouvertes, juge Éric Charmes. La première consiste à mettre radicalement en cause le système qui produit ce que certains n’ont pas hésité à appeler le “cauchemar pavillonnaire”. Il conviendrait par exemple de supprimer les aides à l’accession à la propriété, pour privilégier la construction de logement à loyers abordables dans des secteurs bien équipés et desservis ».

« Droit au village »

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Toutefois, estime Charmes, cette option fait peu de cas des attentes des premiers concernés, à savoir les ménages populaires qui rêvent, encore davantage que les cadres, d’une maison à la campagne. Le géographe propose donc plutôt d’imaginer les contours d’un « droit au village », qui serait le miroir du « droit à la ville » défini par le philosophe marxiste Henri Lefebvre dans un livre éponyme datant de 1968 comme le droit, non seulement de bénéficier d’un cadre de vie agréable, mais aussi d’avoir la parole et de pouvoir agir sur son environnement de manière autonome. Ce droit a d’ailleurs joué un rôle essentiel « dans les politiques menées en direction des banlieues populaires ou défavorisées » pour, par exemple, désenclaver certains grands ensembles ou bénéficier d’un accueil périscolaire et d’activités sportives dignes de ce nom.

Le chercheur en sciences sociales fait à ce propos un détour intéressant par l’histoire méconnue des nouvelles classes moyennes des années 1970, souvent proches de la « deuxième gauche » rocardienne, qui ont contribué à la périurbanisation en ne visant « pas seulement la propriété d’une maison individuelle, ni même un cadre de vie rural. Ils cherchent aussi à concrétiser un projet politique, notamment retrouver une vie sociale authentique, et gagner la maîtrise de leur milieu de vie. Pour cela, le village ou le bourg sont jugés propices, parce qu’à échelle humaine et maîtrisables avec des moyens d’action accessibles aux classes moyennes ».

Pour Charmes, ces idées, aujourd’hui « enfouies dans l’abstention », peuvent être ranimées. Et le « droit au village peut y contribuer », comme le rappellent les exemples de Trémargat, dans les Côtes-d’Armor, ou de Saillans, dans la Drôme, qui ont confié les clés de leur mairie à des équipes collégiales. Mais cela ne peut s’imaginer qu’à certaines conditions.

D’abord, accepter que les habitants du périurbain, s’ils ont le droit de vouloir échapper à certains aspects de la ville, ont aussi des devoirs. Ils font peser des charges sur les villes en utilisant leurs équipements et leurs services et pourraient contribuer à leur financement, notamment lorsqu’ils sont peuplés de ménages en situation plus favorable que ceux qui résident en ville.

Ensuite, faire en sorte que le plaidoyer pour un « droit au village » ne consiste pas avant tout à « favoriser l’instauration de clubs résidentiels ». S’il arrive qu’un village vieillissant ayant à fermer l’école et à rester entre retraités plus riches pousse à l’installation de jeunes ménages avec des revenus plus modestes, et s’éloigne de la logique du club « fondée sur le rassemblement de ménages ayant des goûts communs et des revenus comparables », la tendance dominante est toutefois à cette clubbisation.

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Enfin, écrit Éric Charmes, les « défenseurs du droit au village qui ne veulent pas renier l’idéal du cosmopolitisme doivent composer avec un allié encombrant : Christophe Guilluy ». Ce géographe médiatique et polémique, qui ne cesse de brocarder l’abandon de la « France périphérique », tient un discours qui « repose sur une théorie sociale presque opposée à celle des gradients d’urbanité. Pour lui, l’injonction à la mobilité internationale et l’idéalisation du multiculturalisme doivent être comprises comme une superstructure idéologique qui sert avant tous les intérêts des plus aisés, des gagnants de la mondialisation, et qui infériorise les classes populaires ».

Cette « idéologie », qui minore notamment les coûts de la mobilité, conduit Guilluy à critiquer la notion même de mixité sociale, dans la mesure où la diversité ne serait vraiment enrichissante que lorsque l’on dispose des relations sociales et du capital culturel pour garantir à ses enfants les meilleurs destins scolaires. Pour lui, le côtoiement forcé serait générateur de tensions qu’il serait plus raisonnable de réduire en mettant un maximum d’espaces entre protagonistes. Une lecture du phénomène qui avalise la très problématique notion « d’insécurité culturelle » et risque d’accentuer un séparatisme sociospatial qui, sans égaler ce qu’on voit aux États-Unis, pourrait accentuer encore davantage les inégalités territoriales et le séparatisme socio-ethnique.

Sans partager les conclusions de Christophe Guilluy, Éric Charmes juge son raisonnement intéressant en ceci qu’il « oppose aux idéaux d’ouverture sur l’autre et de mixité, des arguments psychologiques trop souvent négligés ». Pour lui, il ne faut pas en effet « attendre du mélange social des effets magiques. De l’expérience de la différence ne naît pas nécessairement la rencontre de l’altérité ».

Il estime ainsi que Guilluy a « raison d’inviter à sortir de l’opposition morale entre quartiers multiculturels et quartiers ségrégés où l’on vit dans l’entre-soi », notamment parce que la mobilité est désormais telle qu’on ne peut réduire son expérience politico-sociale à l’endroit où l’on vit. La question est alors « moins d’opposer des quartiers selon leur degré de mixité sociale que de réfléchir à l’articulation des expériences faites autour du domicile et en dehors », conclut Éric Charmes.

Et d’imaginer ainsi une hybridation de la ville et de la campagne qui produise des effets positifs, au lieu qu’elle continue d’inquiéter, de susciter le mépris ou de tenter de croire qu’il serait possible de « construire les villes à la campagne, car l’air y est plus pur », selon la boutade, peut-être apocryphe, de l’écrivain Alphonse Allais.

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