Sur les murs de la ville

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Dans son #9, la revue Urbanités porte le regard sur des objets souvent ignorés par les études urbaines, et qui sont pourtant sous nos yeux, en ville, à chaque coin de rue : les images qui couvrent les murs de nos villes.

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Depuis les années 1980, les sciences sociales, les études visuelles ont produit une grande quantité d’écrits théoriques et méthodologiques sur les images, et notamment sur leur rôle dans la construction des imaginaires collectifs et des identités, individuelles et collectives (Gillian Rose, 2001). Les matériaux visuels sont des objets dont la complexité échappe en partie à l’analyse, parce que les mots ne sont pas satisfaisants pour parler de ce qui existe en étant vu et pas lu. Certains courants des études visuelles ont ainsi proposé de reconsidérer la capacité des images à constituer un récit du monde, à rendre visible, se refusant à considérer les images comme des objets inertes qui seraient de simples véhicules de significations qui les dépasseraient. W. J. T. Mitchell, par exemple, a ainsi affirmé que les images sont des êtres vivants, mettant en perspective leur dimension performative (Mitchell, 1986). La complexité des matériaux visuels tient aussi à la diversité des situations de réception, diversité qui tient au contexte spatial, social et culturel et historique dans lequel ils existent.

La présence des images en ville, leur existence matérielle dans l’espace urbain est rarement interrogée, même si les sciences sociales francophones se sont mises à questionner la performativité des matériaux visuels dans l’espace public depuis quelques années. Les articles que nous publions dans ce numéro d’Urbanités donnent à voir des modalités diverses d’existence de l’image dans l’espace urbain. La diversité des contextes culturels (France, Iran, États-Unis, Niger), politiques (démocraties libérales, régimes autoritaires), historiques (époque moderne, époque contemporaine) abordés par les auteurs de ce numéro, ainsi que la diversité des types d’images concernés permet de dégager des tendances, des récurrences dans les rôles sociaux et les manières d’exister dans l’espace public urbain de l’image. Comme le souligne Pauline Guinard dans le compte-rendu qu’elle fait du colloque « Que font les images dans l’espace public ? » organisé à l’université de Genève en janvier 2017, « le contexte spatial dans lequel s’inscrivent les images est essentiel pour saisir non seulement leur degré de visibilité mais aussi leur capacité à entrer en résonance avec le lieu dans lequel elles se trouvent, à prendre ou à perdre leur sens par rapport à lui ».

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