Dans la famille Angot, je demande la mère

Par

La mère était la grande absente, dans les livres antérieurs de Christine Angot. Au mieux, une silhouette passante. Un amour impossible, récit apparemment simple, s’ouvrant à Châteauroux années 60, réconcilie intime et sociétal, une mère et sa fille, bouleverse sans pathos. Extrait en fin.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Lorsqu’on suit des procès d’« inceste », toujours aussi nombreux même si l’on en parle bien moins, arrive souvent ce moment pénible. L’assistance clairsemée et pour l'essentiel composée de juges regarde la mère. C’est fugitif, douze interrogations passent en silence. Savait-elle ? Pourquoi n’a-t-elle rien vu ? Ou trop tard ? Pourquoi sa fille ne lui a-t-elle pas parlé ? Et d’autres questions, plus obscures. Parfois, la fille et la mère sont assises sur le même banc et il y a entre leurs corps une minuscule et irréductible distance, comme si le corps du père interférait à jamais. Ce sont là des choses que l’on ne rapporte pas, ou peu. On entrevoit, c’est compliqué.