Eric Faye, éclipses derrière un soleil rouge

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Dans son dernier roman, Éric Faye s’intéresse aux kamikakuchi, ces hommes et ces femmes ordinaires « cachés par les dieux », c’est-à-dire enlevés au Japon par le gouvernement nord-coréen à des fins d’espionnage dans les années 1970-1980. Un puzzle choral déclinant les destins d’une demi-douzaine de personnages entre vérité et fiction, pour décrire une réalité qui, loin de se réduire au fait divers, synthétise les complexités géopolitiques d’une partie du globe.

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Le dernier roman d’Éric Faye, Éclipses japonaises, recèle un certain nombre de mystères : mystère de la forme, qui ne se donne pas d’emblée en dépit d’une phrase liminaire laissant croire à un désir d’éclaircissement. Mystère du point de vue, qui varie en fonction du personnage sur lequel est braqué le rayon de la plume. Mystère enfin de la fiction puisque, au départ de ce puzzle choral déclinant les destins entremêlés d’une demi-douzaine de personnages, il y a une réalité qui, loin de se réduire au fait divers, synthétise les complexités géopolitiques d’une partie du globe.

Cette réalité, c’est celle – non entièrement résolue à ce jour – des enlèvements systématiques opérés dans les années 1970-1980 par la Corée du Nord. Ces enlèvements ont eu lieu dans de nombreux pays, mais plus particulièrement au Japon : en effet les hommes et les femmes kidnappés étaient chargés de former les espions nord-coréens à « devenir le plus japonais possible », c’est-à-dire à être en mesure de se faire passer pour des Japonais à des fins d’espionnage. Ces kamikakushi (« cachés par les dieux ») ne réapparaîtront que des années après, et aujourd’hui encore nombre de ces disparitions n’ont pas été élucidées.

Les relations complexes entre les deux Corées, le Japon et les États-Unis, sur fond de déclin du communisme, sont ici mises en scène par le jeu de la fiction littéraire. Néanmoins, celle-ci ne se présente pas non plus exactement comme telle, si bien que l’on s’interroge, tout au fil de la lecture, sur les parts respectives faites à l’imaginaire et à la vérité historique.

Entretien pour démêler le vrai du faux, entre autres miroirs brisés.

Qu’est-ce qui a suscité votre envie d’écrire sur ce sujet ?

Il se trouve que je suis journaliste dans une agence de presse ; je vois donc défiler des dépêches du monde entier, or ces histoires d’enlèvements de Japonais par la Corée du Nord étaient parfois traitées sur le fil de l’agence Reuters, de même que l’histoire du soldat américain Jenkins qui avait déserté dans les années 1960. De manière générale, dans la fiction, les notions d’apparition et de disparition m’intéressent tout particulièrement, ainsi que la notion d’identité. Ces gens qui étaient arrachés à leur pays et se retrouvaient contraints d’exister sous une autre identité que la leur, une identité coréenne, tout cela m’intriguait beaucoup. Et quand, en 2012, je suis allé passer quatre mois en résidence à la villa Kujoyama, je me suis dit que ce serait un bon sujet de roman.

Comment avez-vous procédé pour vos recherches ?

J’ai commencé par amasser un matériel important, articles et témoignages, lorsque j'étais au Japon. Je suis allé en Corée. Et pendant ma résidence à la villa, j’ai rencontré l’un des personnages, le sergent Jenkins, Jim dans le roman. J’ai aussi rencontré Philippe Pons, le correspondant du Monde à Tokyo, qui est chargé de la Corée et m’a beaucoup aidé. J’ai commencé à travailler sur la base de toutes ces pistes et j’ai constaté qu’il y avait de nombreuses zones grises, notamment en ce qui concernait la vie menée par ces gens en Corée, la façon dont ils avaient ressenti les choses, dont ils avaient vécu la tragédie qui consiste à être arraché d’un jour à l’autre à son quotidien pour être transplanté dans une autre vie, dans une culture dont on ignore tout. Ces zones d'ombre m’ont d'abord inquiété, mais je me suis rapidement rendu compte qu’il était plutôt profitable au romancier de n’avoir pas une vision globale et précise des choses. La place laissée au travail de l’imaginaire est de toute façon fondamentale pour pouvoir rejoindre son univers propre.

Quelle est la part de fiction ? Et pourquoi avez-vous choisi de ne pas conserver les noms véritables des personnes dont vous parlez ?

Je n’ai pas donné les vrais noms parce qu’on est dans la fiction. Même si certaines choses sont vraies, je décide que l’on est dans la fiction et que rien, a priori, n’a besoin d’être vrai pour le lecteur lambda. Je voulais m’affranchir de la réalité, même si je m’en inspire fortement, car je voulais conserver la liberté de m’approprier les faits. Il s’agissait de faire des protagonistes de ces événements non plus des personnes mais des personnages. Je voulais pouvoir leur donner la psychologie, le caractère que je souhaitais, moi romancier, afin de pouvoir demeurer dans une position de démiurge. Certains personnages ont été créés de toutes pièces, comme le personnage de l’archéologue par exemple. Pour d’autres, eh bien c’est un peu comme lorsque l’on demandait à Proust si tel personnage était le baron de Montesquiou… oui et non ! C’est lui, ou une partie de lui, mais c’est aussi beaucoup d’autres. Ce sont des agrégats de différents personnages. Aucun de mes personnages ne correspond exactement à un être ayant réellement existé ; sinon, autant écrire une enquête et faire du journalisme.

Megumi Yokota, qui a inspiré le personnage de Naoko. © 吉田宅浪 - Wikipédia Megumi Yokota, qui a inspiré le personnage de Naoko. © 吉田宅浪 - Wikipédia
En même temps, le personnage de Naoko est très proche de la jeune Megumi, enlevée à 13 ans et mariée à un Nord-Coréen, dont la Corée du Nord prétend qu’elle s’est suicidée…

Oui. D’ailleurs, Megumi est une icône au Japon ! Mais à quoi bon conserver son nom, dans la mesure où je ne la connais pas personnellement et où je ne suis pas capable de la restituer fidèlement ? Il faut qu’elle devienne mon propre personnage ; c’est une condition de l’écriture que de pouvoir m’approprier les personnages. J’aurais été gêné aux entournures si j’avais voulu respecter la psychologie et rester dans la stricte biographie ; c’était une tâche impossible, et surtout ce n’était pas mon propos. Par exemple, l’espionne nord-coréenne a existé, et en même temps je lui ai inventé une évolution différente de celle dont elle témoigne dans ses mémoires. C’est toute la différence entre l’enquête et le roman.

« Le gouvernement de la Corée du Nord s’est pris pour un romancier »

Un des aspects les plus intéressants du livre tient aux ambiguïtés incarnées par les personnages, par exemple celui de Chai Sae-jin, embrigadée au service des Nord-Coréens dès son plus jeune âge. Ambiguïté entre son patriotisme et la manière dont ses croyances sont détrompées : ainsi, quand la jeune espionne est arrêtée pour avoir fait exploser un avion de la Korean, on lui fait découvrir la réalité du « reste du monde », « la vie telle qu’elle est, non telle que le régime la farde ». Elle découvre la fable nord-coréenne, et c’est pour elle un choc plus efficace que tous les moyens de torture pour lui faire avouer sa participation à l’attentat…

À mes yeux, le gouvernement de la Corée du Nord s’est pris pour un romancier ; il a raconté une fable à sa population, avec des aspects réels, véridiques mais aussi nombre d’éléments bricolés, réorganisés – comme peut le faire un romancier. On a affaire à une réalité augmentée, une réalité modifiée. Quand Chai Sae-jin s’aperçoit de la réalité de Séoul, elle a un choc, car pour la première fois elle prend conscience qu’on lui a menti, que l’éducation qu’elle a reçue était une fiction, que ses instituteurs, le pays dans lequel elle a vécu, tout le monde lui a raconté une histoire en grande partie fausse. Elle est dans un état de sidération similaire à celui que l’on peut ressentir, par exemple, en apprenant que sa famille n’est pas sa vraie famille.

Ces « éclipses derrière un soleil rouge », pour vous citer, font un fil rouge (sans jeu de mots) avec d’autres territoires de l’ex-communisme qui vous sont chers, comme l’Albanie[1]

Je pense que les rouages élémentaires du totalitarisme albanais et du totalitarisme nord-coréen ont beaucoup en commun. Il n’y a pas trente-six recettes pour essayer de créer un homme nouveau, pour essayer d’embrigader et de masquer la réalité du monde à toute une population. La différence tient au fait que, d’une certaine façon, c’était plus facile pour l’Albanie des années 1960 et 1970, parce qu’on n’était pas à l’heure de YouTube, du téléphone portable et d’Internet, on n’était pas encore à l’heure de la communication instantanée. C’est presque un exploit de faire ce que fait la Corée du Nord aujourd’hui, de couper toute une population du reste du monde.

Il y a eu une reconnaissance partielle de ces enlèvements par le régime nord-coréen…

Oui. En 2002, les Nord-Coréens ont relâché cinq Japonais. Ils ont admis qu’ils les avaient kidnappés, mais ils n’ont pas voulu reconnaître l’ampleur du phénomène. Ils ont dit en avoir enlevé treize, dont cinq sont encore en vie et ont été « rendus ». Les autres ont été déclarés décédés de mort naturelle.

Ce qui est faux…

Je ne sais pas. Ce qui est certain, c’est qu’aux yeux des Japonais il y a eu beaucoup plus d’enlèvements, ce que n’ont pas admis les Nord-Coréens. Ce qui fait qu’il y a toujours des tensions entre Tokyo et Pyongyang, et qu’il y a toujours des tentatives de négociations sur ce sujet. Les Japonais sont persuadés qu’il y a encore des dizaines, voire des centaines de personnes enlevées en Corée du Nord. La situation est toujours bloquée, à la fois par les Japonais qui insistent pour que ce soit réglé avant qu’il y ait une normalisation des rapports, et par les Coréens du Nord qui estiment qu’ils ont tout dit et qu’il n’y a rien de plus à raconter.

Autre ambiguïté, celle de la résilience, mâtinée de culpabilité et incarnée par Setsuko : le chapitre « Toute une vie à regretter deux glaces » nous induit en erreur, puisqu’il s’agit de regretter le choix (avoir changé de route pour acheter des glaces) qui a conduit à l’enlèvement. En même temps, c’est de cette manière que Setsuko rencontre l’homme de sa vie. Vous lui faites dire que finalement, si sa mère n’était pas morte dans l’enlèvement, elle pourrait se réjouir d’avoir voulu cette glace…

Tout simplement parce que rien n’est jamais noir ou blanc… Parfois, dans des conditions parfois très difficiles, l’humain parvient à rebondir et à se créer une forme de bonheur. Pour cette Japonaise enlevée, ça a été le fait qu’on l’ait mariée à un Américain avec qui elle a eu la chance de vivre un amour réciproque et de fonder une famille. D’autre part, leur statut de « prise de guerre » pour le régime nord-coréen leur a permis de vivre dans des conditions relativement douces et privilégiées. Et ils ont réussi à retourner au Japon. Ce sont des destins fracassés, qui ont réussi à trouver une forme de bonheur dans l’adversité. C’est tout à fait banal, finalement.

Charles R. Jenkins, qui a inspiré le personnage de Jim. © Joy - Wikipédia Charles R. Jenkins, qui a inspiré le personnage de Jim. © Joy - Wikipédia
Le personnage de Selkirk est inspiré par le soldat Charles Jenkins. Pouvez-vous nous en dire un peu plus, puisque vous avez pu le rencontrer ?

Charles Jenkins vit toujours au Japon avec sa femme et ses deux enfants, sur l’île où avait grandi sa femme et où elle avait été enlevée en 1978. Ils parlent le coréen entre eux, puisque ça a toujours été leur langue de communication et la langue dans laquelle les deux enfants ont grandi, persuadés que leur mère était coréenne et non japonaise. Il a eu une condamnation légère aux États-Unis, où il n’a jamais eu l’intention de retourner.

Le personnage de l’Américain, Jim, est pour moi le personnage le plus romanesque, car ce héros malgré lui symbolise tout l’absurde de l’époque. C’est un personnage très simple qui est pris dans une histoire qui le dépasse complètement, dans une avalanche de grotesque et d’absurde. Il fuit l’armée américaine et se réfugie en Corée du Nord, car il a peur que son unité ne soit envoyée au Vietnam (ce qui ne sera jamais le cas). Et il est contraint de passer quarante ans en Corée du Nord, alors qu’il espérait que les Coréens le livreraient aux Soviétiques qui eux-mêmes le restitueraient aux Américains. Il pensait que tout serait réglé en quelques semaines, or il a été contraint de devenir professeur d’anglais et traducteur, mais aussi acteur de cinéma. Il jouait des rôles d’Américain dans des films de propagande nord-coréens, comme d’autres déserteurs américains. Ils n’avaient pas le choix, c’était ça ou la mort. Je l’ai vu dans un extrait, il devient d’ailleurs un assez bon acteur, il est assez crédible. Mais pour lui ce n’était pas du tout de la gloire. Il en avait honte, et peur surtout, car il savait que si les Américains le repéraient, il passerait pour un traître, un propagandiste de l’ennemi. En même temps c’est ce qui l’a sauvé, car c’est ce qui a permis à la CIA de le repérer dans un de ces films.

Donc ce n’est pas l’archéologue japonais qui est repéré, comme vous l’avez écrit… Personnage ambigu lui aussi, passionné de Proust et qui, jeune, admire la Corée du Nord du fait d’une « détestation pour la société de compétition à laquelle [le] préparait le cursus scolaire japonais ».

L’archéologue japonais, que j’ai entièrement inventé, est un zainichi, c’est-à-dire un Coréen de la deuxième ou troisième génération. Il y a entre 500 et 600 000 Coréens qui vivent au Japon et qui sont intégrés dans la société japonaise. Mais les Japonais les discriminent, ne les ont jamais reconnus comme de vrais Japonais, et ces Coréens ont été tenus de choisir entre le Nord et le Sud, d’avoir la nationalité de l’une ou de l’autre Corée. Beaucoup, après la guerre, ont préféré se tourner vers la Corée du Nord, même s’ils continuaient à vivre au Japon, car c’était un régime révolutionnaire, de gauche, qui avait plus d’attraits que la Corée du Sud, laquelle était une dictature d’extrême droite, très pauvre. La Corée du Nord avait une image très différente dans les années 1960-1970, une image de pays en construction, de phare du socialisme soutenu par la Chine et l’URSS, et  à l’époque son niveau de vie était supérieur à la Corée du Sud – ce qui n'est plus du tout la même chose aujourd’hui.


[1] Éric Faye fait figure de spécialiste français du romancier albanais Ismaïl Kadaré, puisqu’il est l’auteur d’entretiens avec Ismaïl Kadaré (José Corti, 1991) ainsi que d’un essai sur cet auteur (Prométhée porte-feu, José Corti, 1991).

« Il y a toujours un corps qui cache l’autre »

Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce phénomène fascinant qui est au cœur de votre livre, ces espions formés à devenir « le plus japonais possible » ?

On leur demandait d’apprendre ce qu’était la vie dans le Japon actuel, c’est-à-dire un pays ultra capitaliste et démocratique, où chacun a la liberté de faire ce qu’il veut, de se servir d’une carte bancaire, d’acheter ce qu’il veut ; toutes choses qui sont élémentaires pour nous, mais très difficiles à concevoir pour des Nord-Coréens qui n’ont jamais voyagé à l’étranger. La difficulté n’est pas d’apprendre à parler parfaitement une langue, quelqu’un de très doué peut adopter des accents et même un argot. Il s’agissait surtout d’acquérir les gestes, les références culturelles permettant de se faire passer pour un vrai Japonais. Cela m’a fait m’interroger sur l’identité japonaise, sur ce que c’est que d’être un vrai Japonais. J’ai interrogé de nombreux Japonais sur leur enfance, les images, les émissions télé, les chansons, et tout ce qui les avait marqués dans leur formation. Et j’ai imaginé que c’était ce que l’on demandait aux Japonais kidnappés d’apprendre aux espions nord-coréens.

Votre résidence à la villa Kujoyama avait déjà donné lieu à un récit de voyage, Malgré Fukushima. Et ce n’était pas votre premier séjour au Japon. Vous entretenez une relation particulière avec ce pays…

En effet. Je rentre d’ailleurs tout juste du Japon, où j’ai pris des notes de voyage que je vais retranscrire, comme je le fais pour chaque voyage à l’étranger… C’est toujours un pays sur lequel j’ai envie d’écrire, comme la Corée d’ailleurs. Mais finalement, ça a été le fruit du hasard ; c’est par hasard que j’ai rencontré, sur un fil de dépêche, des sujets de roman, avec Nagasaki comme avec Éclipses japonaises… et comme d’autres sujets de roman ! Je suis très attentif aux nouvelles insolites qui provoquent une forme de commotion, de vibration et qui me donnent envie d’écrire. Il ne s’agit pas d’essayer d’expliquer, mais de m’emparer d’une réalité pour aller vers mon propre univers. Ensuite, le fait d’avoir tenu un journal venait du sentiment d’avoir vécu une période exceptionnelle au Japon, du besoin de tout retenir, de ne rien en perdre, et d’essayer de retranscrire par l’écriture tout ce que je pouvais capter et ressentir. Toutefois, je ne pense pas me spécialiser dans l’écriture sur des pays asiatiques !

Dans cette choralité en miroirs multiples, où la parole circule d’une pensée à une autre, le seul moment où la voix de l’auteur se fait réellement entendre, c’est lorsqu’elle mime un chœur grec à la fin du premier épilogue et s’adresse aux cigales, bande-son japonaise par excellence : « Chantez, comme vous chanterez longtemps après la fin des hommes ! » On devine là votre intérêt pour la mythologie et la tragédie grecques, en un motif presque kadaréen, avec la référence à Ulysse et Ithaque ; d’ailleurs un chapitre s’appelle « Retour à Ithaque »…

Le personnage de Jim est à la fois pour moi une résonance moderne de Robinson Crusoé – d’ailleurs, le nom de Selkirk est le nom réel de l’homme, du naufragé volontaire sur une île du Chili, qui a inspiré Defoe pour Robinson Crusoé –, et une sorte d’Ulysse, qui a voyagé pendant quarante ans avant de revenir vers une terre d’attache pour retrouver sa Pénélope.

Pour terminer, un commentaire sur le titre ?

Dans l’éclipse, il y a d’abord disparition, sans que l’on sache où est passé le corps céleste disparu, et ensuite réapparition au bout d’un certain temps ; il y a toujours un corps qui cache l’autre. J’avais pensé à un autre titre, Derrière le soleil. C’est l’expression utilisée en Égypte pour parler des gens qui sont enlevés par la police politique et qui sont emprisonnés pendant un certain temps dans les prisons du régime. Cela résonnait avec l’idée de « soleil levant ». Et puis j’aimais l’absurdité de cette expression, être « derrière le soleil » ; le soleil n’a pas un devant et un derrière, on ne peut pas être derrière un astre qui tourne sur lui-même. En outre j’aime bien tout ce qui se rapporte à l’espace ! J’avais pensé aussi à Cachés par les dieux, l’expression des Japonais pour parler des disparitions inexpliquées, du temps où l’on croyait beaucoup aux fantômes, aux esprits, à la femme renarde qui venait enlever des gens…

couv-faye

Éric Faye, Éclipses japonaises, éditions du Seuil.

240 pages, 18 euros.

En librairie le 18 août.

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Cet entretien a été réalisé à Paris le 23 août. Il a été relu par Éric Faye.