Prix Interallié : «Gang des barbares». Tout, tout de suite... et après

Par

Un « roman », comme l'annonce la quatrième de couverture ? Non, ou si peu : Morgan Sportès revisite l'affaire du «gang des barbares» sans verser dans la littérature du vautour. Il reconstitue minutieusement l'histoire d'une bande qui n'en était pas une et ce qu'il fut impossible de voir, ou d'entendre, lors d'un procès à huis clos. Panne de transmission à la fois familiale et sociale, ouvrant sur un vide qui peut préluder au pire. «Rien de plus compliqué qu'un barbare», écrivait Flaubert...

Avec les premières pages du livre

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Dès qu'un livre sur un fait divers atteint densité et précision, on convoque De sang-froid. Mais si Truman Capote avait fait de Perry et Dick, accusés d'avoir massacré une famille entière, le fil conducteur de son récit (avec une certaine empathie), rien de tel chez Morgan Sportès. C'est plutôt l'inverse : l'absence d'épaisseur humaine agit ici comme révélateur. Sportès a choisi de coller au dossier d'instruction, auquel il donne corps, ce n'était pas la pire option.

Sept ouvrages, déjà, ont été publiés sur le «gang des barbares». Tout, tout de suite, bien sûr, peut se lire comme un thriller crépusculaire. Mais la fiction se résume au montage et au choix des séquences et, plus intéressant, s'essaie à cerner le mystère réfractaire de ces jeunes gens passés, trois semaines durant, de l'existence ordinaire à l'ordinaire du tortionnaire.

Lorsqu'une passante, le 23 février 2006, aperçoit un homme nu, brûlé sur tout le corps, agonisant près d'une voie ferrée à Sainte-Geneviève-des-Bois, la brigade criminelle enquête depuis trois semaines sur l'enlèvement d'un jeune vendeur de téléphone chez Mobile-Hut, Ilan Halimi (renommé Elie dans le livre) et recherche l'homme qui téléphone régulièrement à son père pour exiger une rançon, au montant plus que variable: Youssouf Fofana (renommé Yacef).

Quelques heures plus tard, Ilan Halimi meurt. De tout. Du froid hivernal, alors qu'on le détient nu dans des pièces non chauffées, des brûlures de cigarette, de n'avoir pas assez mangé ni bu, des coups, d'un affaiblissement général. Des coups de couteaux, puis l'essence, puis le feu, l'ont achevé (pour le rappel de la procédure voir son l'onglet Prolonger).

Avnue Henri Rivera, Bagneux © DR Avnue Henri Rivera, Bagneux © DR

L'enquête va alors très vite, une interpellation menant à l'autre, des jeunes (et des un peu moins jeunes), essentiellement de Bagneux. “Appât”, geôliers d'occasion, tortionnaires parfois. Pour la plupart, chômeurs, vaguement scolarisés, étudiants, de toutes origines, de confessions diverses, même si plusieurs d'entre eux ont choisi de se convertir à l'islam, avec pratiques des plus variables.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous