Russell Banks : Internet, je et nous

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Mediapart fait le choix d'un participatif sans modération a priori, merci de respecter notre charte. La rédaction peut mettre en valeur certains commentaires et se réserve le droit de supprimer tout commentaire hors sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier.

1 commentaire sélectionné par Mediapart

Tous les commentaires

Je signale (pour lancer le débat), sur Newsring, la contribution du philosophe Ruwen Ogien à propos de la pornographie dans laquelle il tente de se défaire la moraline. Il y fait directement référence au roman de Russell Banks estimant cette vision d'une «pauvreté désolante» (ce qui, de mon point de vue, revient à confondre la description d'un fait social avec son interprétation): «D’après eux, la pornographie ne serait que source d’humiliation et de dégradation pour les acteurs, d’ennui, de honte, et de dégoût post masturbatoire pour les consommateurs.»

Il note l’argument de la dégradation de l’image des femmes mais le considère comme «paternaliste» et défend le point de vue que «le porno est quand même la seule forme de représentation par images ou écrits d’une sexualité complètement séparée de la procréation, du mariage, de la fidélité, de l’amour. C’est une vision qui reste profondément subversive.»

Le montreur d ours est pornographe.

Porno, adj. et subst. fém.,abrév., fam. a) Adj. Pornographique. Boutique, carte postale, film, livre, revue, salle porno. Une cure de vrai cinéma porno: sur les neuf salles de P. cinq projettent en permanence des films «sexy» (Le Nouvel Observateur,9 avr. 1973ds Gilb. 1980).Empl. subst. «Rambo II» fonctionne donc comme un porno sans sexe: l'obscénité est totalement présente mais l'objet n'est pas montré (L'Humanité,16 oct. 1985, p.17, col. 3).b) Subst. fém. Pornographie. Contre la porno au cinéma, il y a la censure (...). La réaction la plus efficace contre la porno, c'est l'absentéisme (Panorama aujourd'hui,août 1974ds Gilb. 1980).c) Subst. masc. Genre pornographique. Faire du porno, réglementer le porno.

Prononc. et Orth.: [pɔ ʀnɔgʀafik]. Att. ds Ac. 1935. Étymol. et Hist. 1832 (Raymond). Dér. de pornographie*; suff. -ique*. Fréq. abs. littér.: 16. Bbg. Quem. DDL t.23 (s.v. porno).

Centre National de ressources textuelles et lexicales.
Le site le moins consulté sur le net, le moins revu en dehors.

Intéressant de noter que la pornographie change de genre en s'abrégeant (le porno), mais que cela n'est pas attesté par le dictionnaire.

Cette couverture de La Pornographie de Gombrowicz me semble explicite ;)

Quoique, vu par Banks, ce serait plutôt ceci:

Le tronque trompe.Seule la lecture détrempe. Le délire est le déroulement de l'histoire lutée. la dictée entraine le délité ou la délurèe, le délirant ou l'aliénée, le clown est ce qui vient en dernier, son clone ennemi n°1 est le bouffon(s).
Quand lama crache, Serge Deloin pas content. 

J'espère quevous ne confondez pas ce texte du grand Gombrowicz avec la pornographie dont on parle ici... Ce serait une trahison de l'oeuvre immense de Gombrozicz et une autre, celle de la littérature. Gombrowicz de son vivant aurait bien dit des choses avec son humour habituelle...

Du tout: je m'arrêtais à la couverture...

Ouf, j'ai eu peur pour Gombrowicz. Merci.

Vous parlez du genre du porno, mais là est l'idée dans l'article élidé. Icare avait 2 ailes, mais c'est la cire qui a fondu. (comme le GPS du CERN, le soleil ne se positionne pas en fonction d'un GPS mais en fonction de lois universelles, comme le magnétisme par exemple. Magnet sur une porte de frigo, l' attirance détourne ailleurs, sur un post it pas besoin de rajouter un aimant. C'est comme ça que l' Agence ment à pied est devenue Pôle Sourde oreille.
La puce à l'oreille :

Au XIIIe siècle, cette expression symbolisait le désir que l’on pouvait ressentir pour une personne. Ce sens perdura jusqu’à la fin du XVIe siècle. Au siècle suivant, l’expression prit le sens d’"être inquiet". Les puces étant très présentes dans toutes les couches de la société à cette époque, on suppose que le sens est venu des démangeaisons provoquées par ces insectes, et par l’air inquiétant que pouvait avoir une personne qui les ressentaient. De fil en aiguille, la signification serait devenue celle que l’on connaît aujourd’hui "se douter de quelque chose", comme on pouvait se douter à ses gestes qu’une personne avait des puces.
encyclopédie l'internaute.

Des connotations érotiques ont longtemps été associées à l'oreille (le sexe féminin) et à la puce et sa 'piqûre' provoquant des démangeaisons très particulières à cet endroit. Mais les liens avec l'attention et la méfiance sont difficiles à faire.
Il paraît aussi qu'au XVIIe siècle, lorsqu'un homme capturait une puce sur le corps de sa maîtresse, il lui arrivait de la faire enchâsser dans un médaillon. Nous ne sommes plus très loin de la puce en boucle d'oreille !

Cette expression, bien que très ancienne, est pourtant d'une grande modernité puisque nos animaux domestiques ont maintenant la puce (électronique) à l'oreille, en guise de tatouage.
En attendant que l'avènement de Big Brother fasse que ce soit aussi notre tour...
expresso.fr.

A noter qu'au 19ème, le sexe féminin s'appelait le cloaque. La trime, le timing.

La référence au cloaque est, si je puis dire, féconde. Le cloaque est, certes, l'orifice génital mais aussi celui qui sert à l'évacuation des excréments.

Le mot est hérité du collecteur d'égouts de Rome qui recueillait les immondices et débouchait dans le Tibre. Il y a par conséquent une double réminiscence, à la fois sexuelle et sanitaire.

Dans la colonie des sex offenders de Lointain souvenir, on trouve également cette double allusion. On se trouve sur la rive d'un bras de mer, où, faute d'évacuation, les occupants vident leurs fèces, leurs urines et le reste. Mais c'est aussi le lieu où la société de Calusa relègue ses intouchables. En un mot, c'est un cloaque.

On pourrait ajouter la Vénus cloacine qu'Augustin associe, dans sa détestation du Panthéon romain à «Volupia, qui tire son nom de-la volupté, ou à Libentina, qui prend le sien du libertinage» (La Cité de Dieu, «grandeur de Rome et impuissance de ses dieux»).

Mais c'est sous sa protection que se seraient placés Romains et Sabins, réconciliés après l'enlèvement des Sabines (le crime sexuel originel, l'enlèvement et le viol) pour se purifier du crime. Il y avait dans cette histoire un espoir de pardon.

Chez Banks, le Professeur la tente en essayant d'installer son utopie sous le viaduc, mais tout cela est balayé par l'ouragan et voué au recommencement perpétuel.

Sem. Lem. Seme le monde. de molles sel.monde. l'origine n'est pas le centre mais le milieu d'où sort le corps. Adaptabilité, reptabilité, l'image est plus rapide que le son. Le champignon atomique n'est pas hallucinogène. C'est élément ma chère oie me sonne au Capitole. La capitale est en taule.
Cap. Vital
Carte Carnavérole. La chair se paie en s'envoyant en l' air. A chacun sa faconde pour qui n'est  buse ni aigle multicolore.
C'est Le Milan.
Étymol. et Hist. 1530 « agrafe » (Bourgoing, Bat. jud, VI, 19 ds Gdf.). Empr. au lat. class. fibula, -œ même sens.

La fibule, longue de 11,7 cm, est un bijou en or. De type dit fibula a drago (fibule à dragon), elle se présente de profil sous la forme d’une boucle ronde prolongée par une aiguille et son fourreau. Le fourreau porte une inscription rédigée de droite à gauche.

Fibula-Palestrina.jpg

Transcrite en caractères modernes, elle se lit comme suit :

MANIOS MED FHEFHAKED NUMASIOI

ce qui correspondrait, en latin classique, à « MANIVS ME FECIT NVMERIO », soit en français : « Manius m’a faite pour Numérius ».

Les arguments en faveur de l’ancienneté de l’inscription sont :

  • la rédaction de droite à gauche ;
  • la transcription archaïque de la consonne latine aspirée f par fh ;
  • la grammaire archaïque avec un nominatif en –os, un datif en –oi, le pronom personnel à l’accusatif med, le parfait du verbe facere avec redoublement de la syllabe initiale ;
  • la forme archaïque des lettres, comparables aux lettres des inscriptions grecques trouvées à Cumes ;

le texte est antérieur au rhotacisme. On appelle ainsi le fait qu'en latin classique, l' -s- intervocalique (placé entre deux voyelles : numaSioi) a évolué en -r-. Par exemple, l'infinitif amase devient amare (« aimer »), alors que esse (« être ») demeure en l'état.

Le détaillant était le destallant remballant l'étal.
détaler sans argent, détailler sans talent.
Salutations

Je parle viandox et je n'écris pas yahourt mais jarret tiers.J 'ai connu un type qui buvait du café électrique. Du Ricard dans le café. Il est devenu blanc fou bleu rouge.Les francs sillons sont à zéro.Z0Z0Z. NaNaN.La Paix Tazer a 0, Franc qu'un.Angle plat c'est 180°.3 degrés =  4 lignes.540 Kevin = 2160 coups minute.
Même DSK il y arrive pas.
Adèle Henriette Lapin d' Enfoire.
HI EPO Villeneuve Loupée.

Evidemment, on reconnaît bien là quelque chose de Lost Highway. Ca tombe bien, Banks dit que Lynch pourrait saisir «le fantasme et la réalité du livre». (Ai-je bien répondu?)

Dès lors que les dix gagas commandent leur steak fumé au plafond doré de l' hôtel Midas, je rentre dans la sphèrocube. Je sémine au lait des sens et ne récolte qu'allo gazeux. (7 télé sure est aphone avec 5 airs d'ânes ensachés)
Le pragmatisme est la Drachme attitude sans crète sur la tête ni pédipapiers de  ma poule blonde et rousse aux urnes barges à l'eau blanche. C'est Kaki. KAPO. Iso lent. 2000ASA. Optique 4000.
L 'Asperger désargenté. Riche en ruche et mine de rien sait tout.
Le boulot du Pôle en bois est mis en boite cintrée sans trop peu plier.
Je navigue sur deux canots et communique en morse : ADN  ARN.
Nautile (Nautilus ayant la ligne de flottaison au dessus des ballasts purgés de leur air)

L'article est très bien ficelé, il donne envie de lire ce livre qui questionne sur l'humain d'aujourd'hui. 

Je lutte, artiste que je suis, pour dénoncer nos comportements que je pressens pernicieux pour la survie de  notre espèce et de la planète puisque nous avons colonisé tous les autres êtres vivants. Nous nous détachons de notre véritable ressource vitale, les sens. Quand on regarde un paysage, la mer par exemple, on ne perçoit qu'une belle immensité bleue. A aucun moment, sauf exceptionnellement, après un effort de conscience, on se rendra compte de la vie qui la peuple. Notre jardin est notre propriété. Nous l’agençons à notre guise pour l'esthétisme. Nous manipulons le vivant sans le sentir vraiment et les vers de terre n'ont qu'a bien se tenir ! Peut être que les arbres nous ressentent eux bien mieux que nous ne les appréhendons. Ce qui se profile, c'est que nous  le saurons de moins en moins avec l'entré du numérique qui aggrave le processus d'après Russel Bank . Le handicap, je crois, a commencé il y a bien longtemps. Nous avons imaginé un Dieu qui aurait créé pour nous un beau jardin dans lequel on pouvait se servir. Pourquoi alors aurions-nous besoin d'aiguiser nos sens pour communiquer. Aujourd'hui on abuse de ce qui nous reste de sensible pour mieux nous pousser à consommer. Le neuromarketing fait fureur !foret-animee.jpg

Banks écrit quelque chose comme ça (je n'ai pas le livre sous les yeux pour la citation exacte) : « Quand une société réifie ses enfants, les transforme en consommateurs et érotise ses produits pour les vendre, les enfants sont considérés comme des objets sexuels par les autres, mais aussi par eux-mêmes. Quand le pouvoir en vient à être interprété en termes de sexualité et non plus d’économie, les enfants se trouvent relégués à l’échelon le plus bas» (p. 179)

L'existence en snuff-movies ...

,°(

 

Je l'ai lu en effet dans votre article. C'est extrêmement intéressant d'aborder toutes ces dérives sous ce jour. Ce qui est encore plus intéressant, c'est que l'on pourrait l'appliquer de manière globale à beaucoup de nos souffrances. En général, les idées tendant à approcher des évidences sont des plus simples. La frustration due aux  manques de l'exploitation de nos sens, nous rendrait malade ... Nous sommes les victimes et les acteurs de notre mal-être... toutes la période où l'on a porté aux nues les fameuses sciences exactes, cartésiennes, nous a éloigné du sensible. Dans le genre « si je ne peux démontrer scientifiquement », autrement dit, « si je ne peux comprendre », cela n'existe pas. Qu' entendons-nous justement à la perception ? La psychanalyse ressort de la même mouvance. Le ressentir à été mis de coté, il n'était pas de bon ton. J'ai fait l’expérience de donner des cours d'art thérapeutique . Cela m'a confortée dans le constat de l'épanouissement de l’individu dès que l'on utilise le sensible. J'ai baigné aussi dans des cultures différentes n'ayant pas la même approche des sens.  Il est là, le nœud, dans nos nerfs. Il nous faut mettre à l'honneur nos sens et les approfondir. Véritable houille blanche de l'esprit.

                                                                                                                                  echange.jpg

Echange                             M art'IN

Bonsoir,

On parle d'échange à partir du moment où il y a attention accordée de part et d'autre. Même bref, l'échange suppose que l'autre est considéré à un moment donné comme un alter égo. Comme un partenaire possible. Même si l'échange est vif.

Comme dans votre dessin, l'échange, d'un jaune lumineux, éclaire. Il suppose un contact visuel et/ou physique.

Echanger avec une personne sur internet est plus délicat. L'appareil sensoriel est désactivé. On échange en fonction de ce que l'on comprend de l'autre, avec tous les risques que cela peut comporter.

Pour autant, une approche sensible est possible. L'approche sensible permet à l'individu de manifester son humanité.

C'est peut-être ça qui cloche - entre autres - avec la pornographie ( pour revenir au sujet évoqué ) :  l'absence de sensibilité altère la relation et transforme les acteurs et voyeurs en consommateurs passifs et insatisfaits.

Tout à fait d'accord avec vous attentive,en effet comme  mentionne l'auteur, pour qu'il y ai échange il nous faut les yeux, le touché, le sentir et j'ajouterai  le ressentir  . Je crois fortement que nous avons des sens cachés . Toutes une biochimie dont se servent tous les êtres vivants. En tous les cas, la voix et les mots dont on se sert sur le net ne suffisent pas. D'ailleurs notre imaginaire à tendance à combler le vide et là toutes illusions est possible. Ensuite, il nous faut l'autre consentant à l'échange,bien entendu, si non ce serait du viol.

Ne dit on  pas, loin des yeux loin du cœur. ..L'écran livrerait donc des personnages choses sans chair et sans sang battu dans les veines par un cœur. On peut consommer ses choses que l'on ne fait que voir d'un oeil, sans jamais s'en satisfaire, puisque l'échange n'existe pas.

  • Nouveau
  • 27/03/2012 10:56
  • Par

Et ce n'est  même pas traduit en français  !

S'il s'agit du roman, c'est Pierre Furlan qui signe la traduction. Il a aussi été le traducteur de Paul Auster, Thomas Savage, Denis Johnson ou Larry Brown dans le domaine américain. Il a aussi traduit des auteurs du Pacifique (Nouvelle-Zélande, Australie): Geoff Cush, Alan Duff, Elizabeth Knox, Andrew McGahan, John Mulgan, Alexis Wright...

Si vous parlez de l'interview, vous pouvez obtenir les sous-titres en cliquant sur l'icône CC et en choisissant la version française (FR). Par ailleurs, la retranscription de l'entretien se trouve en pages 4 et 5 de l'article.

Une très grande part des traductions de P. Auster sont faites (ou peut-être est-ci fini???) par Christine Leboeuf. Pierre Furlan ne fit que celle de Sunset Park.

Il a traduit également Cité de verre, La Chambre dérobée, Revenants (c'est-à-dire la Trilogie newyorkaise) et Le voyage d'Anna Blume (je n'ai pas lu celui-ci).

Le voyage d'Anna Blum, je vous le conseille car c'est du Paul Auster du début proche d'une belle réflexion sur l'écriture et la présence au monde. La Trilogie est aussi du même souffle dans le fond jusqu'à Léviathan (dédicacé à Don De Lillo). Merci pour ce bel article.

Pardon, une erreur : la couverture indique « roman traduit de l'américain par Patrick Ferragut », j'ignore pourquoi Pierre Furlan apparaît dans la fiche d'Actes sud.

Je le note sur la (longue) liste des lectures en retard...

Si je peux oser un suggestion à mon tour: Un été sans les hommes de Siri Hustvedt.

Oui Je le connais Mais sa femme comme auteure me l'aise dubitatif.  tjrs les listes sont longues...En effet. 

Je ne suis pas d'accord du tout, Niklas ;) Je trouve les romans de Siri Hustvedt (qui n'est pas que "sa femme") bien meilleurs que les derniers Auster (à l'exception du dernier, je suspends tout jugement, toujours pas trouvé le temps de le lire, les listes sont trop longues, en effet ;)

Ce n'est pas grave vous savez que nous soyons d'accord ou non. J'ai suivie Siri Hustvedt (ou Iris? En blague austerienne) depuis le début de ses publications et en anglais. Je n'aime pas trop ses thématiques mais surtout sa manière d'écriture dont on sent la pointe fine de l'art austerien...C'est une impression subjective bien entendu. Par contre je prends Siri H. pour elle-même et non comme vous le dites (peut-être pas vous) dans votre «(qui n'est pas que "sa femme")» puisque j'ai bien écrit que son oeuvre me laissait dubitatif (il est vrai que j'ai écrit «sa femme comme auteur» alors que j'aurais dû écrire comme auteur sans me référer à Paul Auster. C'était ambigüe et ça trompe).

En tout cas je viens de recevoir l'opus de R. Banks, et je m'en vais le grignoter cette semaine car ces thématiques me sont chères, voire «révolutionnaires» au regard de nos rapports au monde Internisé (on ne s'éternise plus dans une librairie mais on s'Internise face à un écran ou «Face booké» avec autrui. Je m'interdis d'ailleurs toute collaboration avec Facebook ou Twitter). Murakami, G. Shteyngarht, P. Sloterdijk, N. Luhmann etc etc etc...La notion de secret (Quignard, le Quignard politique, est rejoint par R. Banks), de clandestinité... Il y a là des changements radicaux.

Un exemple éloigné mais pas tant que ça quand dans son dernier essai (mais ailleurs c'est développé chez lui et il n'est plus le seul) Peter Sloterdijk nous parle des languages dits «politiques» pour notre 21ième siècle:

«Parce que la sémantique politique de notre temps et avec  celle de la rhétorique traditionnelle des partis sont encore liées aux jeux de langage  du XIXème siècle et du début du XXème siècle, qui étaient définis par le conflit entre le libéralisme et le socialisme.  Sur les fronts de cette guerre sémantique, (…).» (P. Sloterdijk, Repenser l’impôt, Libella/Maren Sell,2012).

Merci Christine Marcandier et sachez que je continue tout de même à lire Siri Hustvedt malgré tout parce qu'il est important  d'en percevoir les changements puisque cela nous parle de son rapport au monde et de l'Amérique où j'ai un immense plaisir à vivre à tous les point de vue. Vous avez réalisée là une formidable entrevue, brillante et solide.

Mon "je ne suis pas du tout d'accord avec vous" était amical, vous l'avez sans doute perçu et je ne doute pas que vous ne considériez pas l'écrivain Siri Hustvedt qu'en tant que femme de. Je soulignais simplement ce fait parce que son dernier roman Un Eté sans les hommes est une superbe mise en abyme de cette prise de distance à l'égard d'Auster, "un éminent écrivain américain", comme elle l'écrit ironiquement dans ces pages (et elle commentait d'ailleurs le Iris dans notre entretien).

Pour le reste de votre passionnant commentaire, quelque chose se passe, oui, dans la prise en compte littéraire d'Internet, de ce nouvel espace/temps, dans les transformations paradoxales qui se jouent. Chez nombre d'écrivains, vous en citez quelques-uns (trois parutions, par ailleurs, dans le domaine français, j'en parlerai d'ici quelques jours), cette réflexion est fondamentale. Et il était fabuleux d'entendre Banks analyser cette révolution, dans ses répercussions individuelles comme collectives, et de souligner son bonheur d'avoir vécu assez longtemps pour connaître les deux temporalités.

Parmi les références possibles, en écho à ce roman magistral, De la visibilité, excellence et singularité en régime médiatique, un essai qui paraît le 29 mars chez Gallimard, dans lequel la sociologue Nathalie Heinich analyse la manière dont le concept de visibilité supplante peu à peu celui de célébrité dans une société dominée par l'image, une visibilité définie comme "la capacité à être vu par autrui ou à travers des images", un glissement culturel fondamental.

@Chrisitine Marcandier

Ah ah, vous voyez:

«Un Eté sans les hommes est une superbe mise en abyme de cette prise de distance à l'égard d'Auster» (C.M.)

Merci pour cette référence dont j'ai lu ailleurs l'intention. Je ne l'ai pas encore lu mais sa thématique sur la «célébrité», ou la " visibilité " comme forme moderne de la «célébrité» ou à propos de L'élite artiste, Nathalie Heinich nous parle de cette " Excellence et singularité en régime démocratique " me gène car elle reste dans le fond dans la conséquence non dans la cause.

« Nathalie Heinich envisage la visibilité comme un " fait social total " qui engage toutes les dimensions de la vie sociale. Cette innovation entraîne un nouveau rapport entre vie publique et vie privée

Nouveau? Non extension sûrement puisque nous sommes déjà dans un nouveau monde (pas que l'Amérique qui est un Nouveau Monde). C'est tout le propos et la réflexion de R. Banks.

La «célébrité» prend naissance à l'école (ou grâce à la pédagogie) par les bons points distribués ou les notes. L'École montre et démontre le monde tel qu'il va; l'école exprime le monde en termes pédagogiques. Le meilleur élève n'est pas le résultat d'une perception démocratique du monde ni de l'homme car il reste celui de l'aristocratie. Pensez à ces «meilleurs» (aristo), un notion se remarquant dans cette idée du Superhomo, une expression utlisée déjà vers la fin du 18ième siècle pour désigner le roi français St-Louis. On pourrait dire 2500 ans de «meilleurs» des grecs jusqu'à Pierre de Coubertin et au-delà multiplié jsuqu'à Jacques Marin avec son École de fans ou les Tévé reality ou les concours de toutes sortes...On ne nous enseigne pas l'humilité habituellement.  La culture est plus coaché que scotchée de par ses fondations à une pédagogie prédatrice puisqu'apparemment pas tout le monde ne risque de devenir le meilleur. D'où la nécessité de plus en plus de devenir un homme sans qualité (Musil) ou immature (Gombrowicz) et de disparaître dans l'anonymat voire la clandestinité la plus profonde. Avez-vous remarqué que R Banks met un être jeune dans son roman comme le fait souvent par exemple Murakami dans son oeuvre?

«Depuis l'invention de la photographie, les moyens modernes de reproduction et de diffusion de l'image des personnes creusent une spectaculaire dissymétrie entre celles qui sont reconnues et les autres. » (Nathalie Heinich), ce n'est pas dans le monde médiacratique que cela se passe mais déjà dans le berceau mais déjà dans la notion occidentale de beauté, dans les notes, dans la «réussite», dans le «commentaire» etc...D'où les intolérables intolérances: me, myself, and I.

Exemple: «D'une manière plus générale, la vue d'un objet étincelant nous procure un certain malaise. Les Occidentaux usent, même pour la table, d'ustensiles d'argent, d'acier, de nickel, qu'ils polissent afin de les faire briller, alors que nous autres, nous avons en horreur tout ce qui resplendit de la sorte» Tanizaki, L'éloge de l'Ombre (1933) ou dans la culture arabo-musulmane son cabrage face à l'envahissement des Lumières Occidentales, des images, des re-présentations. Le siècle des Lumières, Russel Banks l'exprime sans le nommer puisque c'est le constat qu'une société, une nouvelle civilisation,  veut tout voir et sa-voir de nous à chaque mouvement même de notre trivialité humaine ou  médiocrité ou meilleurité. Il y aurait donc un conflit de la médiocrité contre la médiacrité. Y-a-t-il un juste milieu? C'est lourd de conséquences en restant très Russell Banks. Mais arrêtons là sinon on parlait de Walter Benjamin, de la photographie et de la mort ou plutôt de l'invisibilité qui se voit grâce à la photo ou de l'arrêt du mouvement au début du 20ième siècle pour imprimer la prise de vue de l'appareil photo sur la plaque sensible (vous savez que des photos furent prises sans personnes de visibles dessus alors qu'il y avait foule lors de la prise. Parfois nous voyons un seul personnage mais il était arrêté au moment de la prise non en mouvement)... Bref, je suis encore trop long... Continuez, je vous lis. Merci et à bientôt à vous lire dans le site.

 

Non, pas trop long, cette question est passionnante, ainsi que votre mise en perspective. Russell Banks a évoqué assez longuement cette question du voir et sa-voir à travers l'exemple précis de Facebook, dans un passage de l'entretien que nous n'avons pas conservé. Il expliquait sa conception de Facebook — dans le contrôle de l'information diffusée (i.e. un medium lui permettant de diffusion d'une image, certes, mais publique, infos sur des parutions, des signatures, des lectures) — qu'il opposait à celle de quelqu'un de sa famille, d'une autre génération, une adolescente, me semble-t-il, qui photographie et partage le moindre instant de sa vie. Illustrant par ce biais la transparence absolue de nos quotidiens (ou de leur re-présentation, jusque dans leur insignifiance épique) à laquelle certains cèdent, sans aucun obstacle, sans en imaginer même les conséquences et implications.

C'était en ce sens que je commentais la notion de visibilité dans l'essai de Nathalie Heinich, le rapport public / privé qui ne se vit plus dans une opposition ou une complémentarité assumée, avec, en parallèle, cette idée que la célébrité passe par une visibilité (le nom désormais moins pertinent que le visage, dans une celebrity culture, ce qui m'intéresse beaucoup par rapport aux analyses d'un Foucault sur le "nom").

Mais là encore, on pourrait alimenter le débat avec d'autres références, Edgar Morin, Guy Debord ou, comme vous le soulignez, Benjamin et la "présentification des êtres par la médiatisation d'images". Des questions essentielles (au sens propre), que Banks interroge via les armes de la fiction (ce qu'il nomme la part "philosophique" de son roman, dans notre entretien) et qui, vos commentaires le montrent, doivent être posées.

Le plus frappant, selon moi, reste le fait que le roman prend en compte l'importance d'Internet et du temps passé devant les écrans (et le Kid doit en avoir passé beaucoup) sans représenter en permanence ces écrans (ils sont presque absents du récit sauf lors de la trangression par le Kid de l'interdiction de se connecter, à la bibliothèque, et après l'enregistrement du témoignage du professeur).

La plupart du temps, les récits qui prennent en compte ces moyens techniques les mettent en scène ou les représentent comme matière, artefact, etc. (voir Shteyngart, Tao Lin...). Ici, Banks se débarasse de la sidération pour le terminal et décrit les effets de la «révolution anthropologique».

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

Mediapart aussi, apparemment, puisque nous l'avions déjà interviewé (à contre-jour) lors de la sortie française de son précédent roman.

Russell Banks et l'élection américaine © Mediapart

"Fan" ou pas ;) il y a de quoi être impressionné(e)(s) et par ce roman et par l'oeuvre — ce qu'elle construit, sa vision du monde, sa volonté de rendre visible ce que nous refusons trop souvent de considérer, sa puissance à saisir les transformations ambiguës de notre temps sans jugement négatif à l'emporte-pièce —.

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

Une courte interview de Transfuge à propos d'American Darling.

Russel Banks - Transfuge magazine © Transfuge Magazine

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

It's my pleasure.

  • Nouveau
  • 28/03/2012 00:59
  • Par

Tiens, puisqu'il parle du toucher et de la main, et d'un regard anthropologique assez général (les singes.. Alain Picq)

je me permets de citer aussi l'excellent livre de Richard Sennett "ce que sait la main" , plus côté "la main et les techniques" que "la main et les empathies", mais y' a pas que Rifkin dans la vie...

Ce livre est remarquable celui de R. Sennett.

« La tête et la main sont séparés intellectuellement mais aussi socialement » (je crois que c'est ce qu'on retient habituellement de la thèse de Sennett), c'est ça ? Il y a une évidence dans ce constat contre laquelle on peut aller.

D'abord parce que cette distinction est directement le fruit de la division du travail (certains conçoivent, d'autres fabriquent) qui a fait passer la valeur non du côté de la tête au détriment de la main, mais de la coordination entre les deux (c'est-à-dire dans la gestion, l'administration).

Socialement parce que, comme le disait Stud Terkel « l’Américain moyen (lire l'humain moyen) possède une intelligence indigène, une sagesse autochtoneLe seul problème, c’est de réussir à l’attraper. » C'est alors une question de considération, de reconnaissance, plus que d'utilité.

Parce qu'il existe, avec les Fab Labs par exemple, un mouvement – minoritaire, certes – qui retrouve l'intérêt intellectuel du faire. Ou, du moins, de ne pas dissocier la tête et la main pour concevoir des objets. Mais, me direz-vous, on n'est toujours dans le domaine concret de la fabrication, de l'industrie presque, et non de la réflexion.

Intellectuellement, du coup, c'est tout aussi vrai si l'on considère une forme procédurale de l'intelligence. C'est ce que montrent par exemple les jeux sérieux : en procédant par essai-échec, on peut comprendre plus finement et certainement de façon plus intime des problèmes complexes en en ayant testé les limites et le fonctionnement plutôt qu'en essayant de les faires coïncider avec les catégories de notre pensée abstraite. 

Cette intelligence expérimentale permet en outre de s'affranchir temporairement des catégories morales, même si l'objectif est in fine moral ou moralisateur. Exemple (caricatural) avec Phone Story:

Phone Story : An iPhone educational game. Now banned from the AppStore © koz
 

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

Emilie Grangeray, sur la vidéo de Transfuge: « plombier, étalagiste; peintre, vendeur de chaussures, avait tenté de rejoindre Castro à Cuba en 58, politiquement actif dans le mouvement des droits civiques, a milité contre la guerre du Vietnam » (ce sont les informations que diffuse HarperCollins : « A plumber, shoe salesman, and window trimmer (il organisait des vitrines de magasins), Russell Banks tried his hand at many jobs before he could support himself as a writer»).

Je ne sais pas si tout est juste, mais il est vrai qu'il est le fils d'un plombier qui a quitté le foyer lorsque Russell Banks avait 12 ans, qu'il a abandonné l'université (il était boursier à l'université Colgate) pour rejoindre Castro, mais qu'il s'est arrêté en route, à Lakeland, en Floride. Il a ensuite repris la fac à l'université de Caroline du Nord à Chapel Hill où il fondé une petite maison d'édition et un magazine, Lillabulero. Où il était également un militant actif des droits civiques et de la contestation de la guerre du Vietnam dans les années 1960.

A partir de là, sa carrière est plus classiquement littéraire et raconté par la plupart de ses biographies. 

Et la manière dont il prend la route, ado, avec un "crimepartner" dans notre vidéo (et cuit des steaks pour burgers toute la nuit).

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

Et à propos de trajectoires romanesques, de vies qui parcourent une œuvre, les amateurs de Banks retrouveront dans Lointain souvenir de la peau Dolorès Driscoll, le personnage de De beaux lendemains, conductrice d'un bus scolaire, "responsable" d'un accident... Dolorès Driscoll est présente dans Lointain souvenir, comme une autre lecture de son titre, d'ailleurs. Et Banks ne fait même aucun clin d'œil, aux lecteurs de se souvenir.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

Nous avons rencontré Russell Banks le jeudi 15 mars 2012, à Paris. Un entretien dont l'écrivain donne en quelque sorte le canevas dans Lointain souvenir de la peau, p. 313, lorsque le Kid interroge à son tour le Professeur. Comment faire ? « Tu commences par poser une question dont tu veux la réponse, et je décide si je suis d'accord pour y répondre et sous quelle forme. Ensuite, tu poses une question de relance suscitée par la réponse que j'ai donnée. C'est simple. Surtout pour celui qui pose les questions »... C'est la raison pour laquelle, dans notre restitution, nous avons troqué les questions pour des citations du roman.

Pour obtenir les sous-titres dans les vidéos, cliquez sur cette icône (elle apparaît au passage de la souris sur la vidéo) et choisissez la version française.