Russell Banks : Internet, je et nous

Russell Banks publie Lointain souvenir de la peau, qui interroge le virtuel et comment Internet nous change : des vies davantage exposées, plus transparentes, l'accès illimité aux territoires du sexe et de la pornographie, fichages et traçages. Une œuvre philosophique et totalement romanesque pourtant. Entretien vidéo, analyse et premières pages.

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Il a l'esprit américain jusque dans la marque de la cigarette – un paquet jaune vif d'American Spirit – qu'il s'octroie, au bout de la première heure d'entretien, pour réfléchir à une question qu'on vient de lui poser. En tournée-marathon, pour la sortie de Lointain souvenir de la peau (Actes Sud), Russell Banks n'est pas de ces écrivains qui concèdent une réponse calibrée ou rodée au cours d'une interview précédente.

Il pèse ses mots, revient, reprend, réfléchit, puisant dans les lectures de ses interlocuteurs un sens qu'il refuse préétabli ou fixé une fois pour toutes. « Un romancier, ça sert à poser des questions, pas à y répondre », répète-t-il.

Russell Banks © Ch.M Russell Banks © Ch.M
Il conçoit ainsi ses entretiens : confronter des regards sur le monde ou sur l'art, plutôt que d'assener ses vérités. Il parle, ponctue ses phrases de « si vous voulez », « ça m'intéresse, ce que vous dites », s'esclaffe, offre quelques mots en français, privilégie le dialogue, la conversation.

Russell Banks aurait pourtant de quoi se tenir à distance : finaliste du PEN-Faulkner Award for fiction 2012 (remporté par Julie Otsuka), il est déjà en tête des ventes de romans en France quelques jours après sa sortie en librairie, le 14 mars, avec une couverture critique dont seul Jonathan Franzen peut s'enorgueillir, une œuvre traduite en une vingtaine de langues, président du Parlement international des Écrivains (1998-2004) et membre de la prestigieuse American Academy of Arts and Letters.

Voilà un auteur tout à fait « mainstream », reconnu, honoré. Mais pas anesthésié pour autant, conscient de ses hauts et bas littéraires – et Lointain souvenir est un sommet, assurément –, alerte, à l'affût de la société. Une seule question qui vaille : « Qu'est-ce qu'être humain ? » Une interrogation qu'il adapte à son siècle, le XXIe, parce qu'Internet a changé la donne.

Comme Banks, “l'Écrivain” de Lointain souvenir de la peau ressemble à Hemingway : barbe blanche, chemise hawaïenne et « maintenant que le Kid le remarque, il se dit que ce bonhomme ressemble au célèbre écrivain Ernest Hemingway dont il n’a évidemment jamais lu les livres mais qu’il a vu en photo dans des magazines et à la télé »... Un badaud demande qui est « ce type à l'air connu » que nous avons interviewé. On est tenté de lui répondre « Hemingway », même si l'on n'était pas à Key West pendant le festival des sosies :

Russell Banks : " Le rôle du romancier, c'est de demander ce que veut ça veut dire "être humain" " © Mediapart

Un roman miroir

Comme Hemingway, Banks aime s'attaquer aux gros animaux – « aux lions, aux buffles, aux rhinos » – de l'histoire littéraire. Dans un roman parlant d'Internet, de la surveillance, du mensonge, de l'identité, de la conscience de soi et des autres, de la liberté enfin, il puise dans Huckleberry Finn de Mark Twain la référence affichée, dans L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson, le modèle souterrain, dans Robinson Crusoë et une pléthore de romans sociaux et politiques.

Dire, reprendre, transformer : c'est un art du roman que Banks entend comme une fable fondamentale qui se transmet de siècle en siècle et que chaque génération adapte à son contexte. Dès l'exergue, il se place sous l'égide des Métamorphoses d'Ovide : « Me voilà prêt à dire la façon dont des corps se sont transformés en d'autres corps. » 

Il n'oublie pas non plus les topiques de son œuvre : les lignes de faille de la société américaine, l'équilibre fragile des vies, les dépendances, les dépressions, le passé qui poisse les êtres, les communautés d'exclus (Trailerpark) et ce regard sur le laissé-pour-compte, le drop-out, zonard et marginal, mis au ban de la société et qui, en retour, en révèle les lésions dangereuses.

Dix-sept ans après Sous le règne de Bone, le Kid est un nouvel avatar du picaro américain, dont les aventures se déroulent non plus seulement dans l'espace réel mais dans un monde numérisé, sécuritaire, où l'idée même de fuite n'a plus véritablement de sens. A 22 ans seulement, il est fiché par le Registre national des délinquants sexuels. Il porte un bracelet électronique TrackerPal GPS à la cheville droite. Surveillé 24 heures sur 24, il lui est interdit de se connecter à Internet, de quitter le périmètre de Calusa (Floride) et de vivre à moins de 2.500 pieds (760 mètres) d'une école ou de tout lieu où pourraient se trouver des enfants.

Où vivre ? Il trouve refuge entre les piliers du viaduc Claybourne, où se terrent les délinquants sexuels. C'est le seul espace qui puisse répondre à ces critères draconiens, cul-de-sac d'une courte vie sans attention ni amour, avec pour seul compagnon Iggy, un iguane que sa mère lui a rapporté du Mexique, avec pour seule occupation le sexe virtuel et la pornographie sur Internet (jusqu'au jour où il tombe dans un piège tendu par la police pour tentative de détournement de mineure) et pour seul horizon, la marge d'une société américaine toujours plus puritaine et totalitaire, enfermée dans le fantasme du risque zéro.

Lointain souvenir de la peau n'est pas un roman d'anticipation : cette société du Surveiller et punir est la nôtre. Un “Professeur”, brillant sociologue, passionné par le phénomène des sans-abri et des délinquants sexuels entend parler à la radio d'une descente de policiers et de journalistes sous le viaduc. Il souhaite rencontrer le Kid qui, du fait de son jeune âge, de son humour corrosif, de sa naïveté, pourrait porter un témoignage moins fabriqué que d'autres condamnés plus endurcis.

Russell Banks : " On ne peut pas suspendre notre jugement comme Montaigne, ce détachement ne nous est plus permis " © Mediapart

Retrouver la mémoire

Julia Tuttle Causeway © DR Julia Tuttle Causeway © DR
Le viaduc de Banks (littéralement, « les rives ») est la projection romanesque d'un colonie réelle de délinquants sexuels près de Miami, surnommée Bookville, ce qui semble appeler le roman.

Lointain souvenir de la peau est, en ce sens, l'épopée de la mémoire nécessaire : celle du roman américain, celle des grands mythes perdus d'une société qui, par son culte de la surveillance, du traçage permanent, interdit de prendre la route et de disparaître. Celle des crimes inexpiables, de ces communautés d'exclus mis au ban des villes, chair humaine même plus bonne à être exploitée, tout juste bonne à alimenter les reportages clés en main avant les élections locales.

Mais il s'agit aussi d'une mémoire de la peau, puisque tout, par le biais du virtuel, du « numérique », s'abstrait. Saturé d'images, de clichés, refusant l'équivoque et l'ambiguïté, le risque y est grand d'oublier les fondements de l'humanité : le contact, direct, concret, réel. C'est la profession de foi de Banks : les humains sont des êtres et non des objets et la réification comme la dépersonnalisation autorisent tous les arbitraires.

L'autre paradoxe est que le numérique, tout en promettant une démultiplication des identités (pseudonymes, avatars, vies potentielles via les médias sociaux), autorise aussi le fichage à tout jamais, une fois condamné pour un délit même mineur... Ainsi du Kid ou du Professeur qui ne parviennent pas à échapper à leur passé.

Peut-il exister une vérité dans un tel univers ? Que (ou qui) croire ? Le projet de Russell Banks n'est pas de dénoncer Internet ou les réseaux sociaux. Il souligne au contraire combien il est excitant pour lui d'avoir connu la révolution technologique qui marque de tels changements dans notre rapport à l'espace, au temps, au monde. Mais il prend aussi conscience des aspects plus négatifs de ce seuil :

Russell Banks : " J'ai voulu poser la question de la vérité et de notre façon de l'atteindre " © Mediapart

Prendre conscience pour pouvoir contrôler la part de soi que l'on offre à la curiosité de tous. Avant que, comme pour le Kid, d'un simple clic sur un ordinateur, s'affichent « nom complet – prénom, deuxième prénom et nom de famille –, date de naissance, taille, poids, race, couleur des yeux et de cheveux », et, si besoin, « description détaillée de son délit et de sa condamnation ». Aucun espoir de rachat pour le Kid, il est marqué, à jamais, par sa condamnation : avec un bracelet à la cheville et un fichier consultable par tous, comment trouver un travail ou louer un appartement ?

Lointain souvenir de la peau est l'apprentissage de ce monde sécuritaire du XXIe siècle par un personnage ambigu : coupable sans doute (mais de quoi ? il est vierge à tous points de vue), peu instruit mais avide de comprendre. Au contact du Professeur puis d'un Écrivain – deux personnages eux-mêmes complexes, équivoques –, le Kid tente de trouver des repères et de trouver une raison de croire. Pas pour se bercer d'illusions consolantes mais pour forcer le lecteur à questionner un monde qu'il doit construire plutôt qu'admettre.

Le roman a cette puissance : celle d'interroger – les tabous, la pédophilie, le conspirationnisme –, de dire sans caricaturer, de rendre la mémoire et pousser à une conscience lucide du monde comme il va. Russell Banks nous l'a dit, il a conscience de l'ambition littéraire de ce texte : produire une fable – en ce sens atemporelle –, qui puise dans les racines du mythe mais aspire à exprimer le monde contemporain, bousculer, interroger notre responsabilité dans l'ordre des choses : « La société, ce n'est pas “eux”, c'est “nous” », dit Banks.

Pages suivantes : notre entretien avec Russell Banks

Russell Banks, Lointain souvenir de la peau, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Actes Sud, 448 p., 23,80 €.

Voir aussi les documents sous l'onglet Prolonger.

Lire les premières pages :

Entretien avec Russell Banks, à Paris, jeudi 15 mars.

« Est-ce qu’ils font ça tout le temps, les écrivains, rester assis sur leur cul à se poser des questions auxquelles on ne peut pas répondre ? » (Le Kid, p. 399)

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Si le sujet est suffisamment sérieux, assez mystérieux, pour m'intéresser, m'impliquer, ainsi que toute mon énergie, mon esprit, mon honnêteté, tout ce que je peux offrir, alors c'est aussi un sujet par essence trop énigmatique et complexe pour que je puisse apporter des réponses.

Le rôle d'un romancier, d'un artiste en général, est simplement de poser les questions essentielles. « Qu'est-ce qu'être humain ? », par exemple. C'est demander bien trop – ou trop peu – à un artiste que d'aussi fournir les réponses. Ce n'est pas ce type d'activité, ou ce mode de pensée que l'on attend de lui. 

Les réponses, on peut les exiger des historiens, des journalistes, des psychologues, des philosophes. Mais on ne peut demander aux artistes d'apporter des réponses. Bizarrement, nous exigeons davantage que des réponses.

D'une manière presque paradoxale, nous leur demandons de nous suggérer des questions que nous n'imaginions même pas. Voilà ce que cherche à faire ce roman. Il nous oblige à nous poser des questions sur la criminalité sexuelle, sur Internet, la pornographie, sur l'obésité, le secret, la trahison, l'identité. La vérité, en définitive, la question épistémologique par excellence, la question philosophique centrale. 

Alors apporter des questions, ce n'est pas de mon ressort. C'est au-delà de moi, ou sous moi pour ainsi dire, en tout cas, en dehors de l'entreprise romanesque.

« Quand le pouvoir en vient à être interprété en termes de sexualité et non plus d’économie, les enfants se trouvent relégués à l’échelon le plus bas » (Le Professeur, p. 179).

Nous avons graduellement transformé les enfants en consommateurs dans une économie fondée sur la consommation et fait peu à peu des enfants le plus grand groupe de consommateurs dans notre société. Nous vendons bien plus de produits à destination des enfants que des adultes, il y a bien plus de segments que dans d'autres classes d'âge. Les enfants dominent cette économie capitaliste et consumériste et ce dans l'ensemble du monde, pas seulement aux Etats-Unis. 

Ce processus a commencé d'abord en douceur puis cela s'est accéléré, mais cela a vraiment commencé dans les années 1950 quand nous avons convié les vendeurs dans nos foyers par le biais des émissions de télévision.

Cela a commencé, je pense, par cette croyance selon laquelle la publicité existe pour rendre possibles les programmes télévisuels. Mais c'est très vite devenu l'inverse : les programmes sont là pour rendre possible la publicité. C'est exactement la même chose aujourd'hui avec Internet. Alors on a protégé les enfants de la publicité, de la consommation, parce qu'ils y sont trop vulnérables, ils se laissent trop facilement berner, ils sont trop facilement séduits par la publicité.

Il y a toutes ces blagues sur le fait de laisser le vendeur hors de chez soi : fermez la porte au nez du représentant, il passera par-dessus. Alors il faut fermer la fenêtre pour qu'il reste dehors... Mais quand vous mettez la publicité dans les programmes de télévision et que dans votre système économique les deux parents sont obligés de travailler, la télévision devient la baby-sitter, et le poste de télé est mis dans la chambre des enfants, alors très vite le gamin regarde quotidiennement des heures et des heures de pub et vous en arrivez là où nous en sommes après une évolution sur plus d'un demi-siècle où chaque gamin se promène avec son propre écran 24 heures sur 24. Il peut regarder sur son Ipad, sur son ordinateur ou son téléphone et il est constamment bombardé de publicités sur une chose ou une autre. Donc l'enfant a fondamentalement été transformé en consommateur.

Alors il faut évidemment s'interroger sur les conséquences de ce processus. Ce n'est ni simple ni évident. Mais ces conséquences sont énormes, je pense. Une des principales, quasi métaphysique, est que nous avons dépersonnalisé les enfants et, pour cette raison, nous nous sentons libres de les manipuler. De la même manière que nous avons dépersonnalisé les peuples que nous avons colonisés ou les êtres que nous avons utilisés à des fins économiques – les esclaves par exemple, nous les avons considérés comme des objets. Le faire nous permet de ne pas nous sentir coupables. Même chose avec les ouvriers, des objets dont on use, abuse, qu'on utilise, qu'on instrumentalise. 

C'est ce que vous faites quand vous transformez les enfants en consommateurs. Et une fois l'enfant devenu un objet, dépersonnalisé – même chose pour tout être humain –, vous pouvez en faire un objet sexuel. Il y a un lien. Et dans ce processus de dépersonnalisation et de sexualisation des enfants, nous savons très bien que le sexe fait vendre. Vous vendez des produits bien plus vite grâce au sexe, plus vite que par n'importe quel autre biais. Vous les rendez glamour, attirants. Et une fois l'enfance sexualisée, il devient très facile de franchir la ligne rouge, et d'abuser sexuellement une personne, un enfant dans le cas précis.

Nous l'avons fait, rationnellement, les hommes envers les femmes. Le meilleur moyen, le plus rapide, d'abuser d'une femme est de d'abord la dépersonnaliser, d'en faire un objet.

« L’Ecrivain croit ce qu’il veut être vrai, pas ce qu’il sait être vrai » (p. 420).

Il y a là un rôle au sein de la communauté humaine, si vous voulez, du “storyteller” (le conteur). J'aime le désigner ainsi, y penser en ces termes. Quel est le rôle du storyteller dans la communauté, dans la tribu humaine ? Quel est le rôle du conteur que je suis ? C'est une question que vous vous posez bien sûr et j'aime en revenir aux fondamentaux, à ce que je disais à propos du récit un peu plus tôt, à ce qu'est l'art, en ce sens... Il y a une fonction fondamentale depuis la nuit des temps – des temps humains, en tout cas – que détient le conteur : c'est de dire à ses frères et sœurs tout simplement ce que c'est que d'être humain. 

Nous ne le savons pas. Nous sommes la seule espèce à ne pas savoir ce que c'est que d'être elle-même. Les autres espèces s'en fichent, elles n'ont pas à s'en préoccuper d'ailleurs. Mais être humain, c'est quoi, le meilleur comme le pire de ce que nous sommes, démons et anges. Nous sommes obligés de le savoir pour pouvoir contrôler notre foi, notre destinée, et nous devons sans cesse interroger ce savoir.

Chaque nouvelle génération doit redéfinir ce que signifie le fait d'être humain. Et le meilleur moyen de le faire, c'est à travers des récits, je crois. Les récits qui comptent et continuent de compter, et que nous ne cessons de répéter, sont dans le fond toujours les mêmes. Mais nous les reprenons et les adaptons à notre époque, au contexte contemporain de chaque génération.

Alors mon roman est une histoire du XXIe siècle, ne serait-ce que parce qu'Internet y joue un rôle. C'est un roman typiquement américain en un sens, mais lié au XXIe siècle, tout comme Huckleberry Finn était lié au XIXe, un roman à la structure classique, une voix directe, orale, vernaculaire, qui est très accessible et tente d'accomplir plus ou moins la même chose. Cela répond à cette fonction simple, demander : « Qu'est-ce qu'être humain ? » 

Dans mon roman, c'est être le Kid ou le Professeur. C'est ça un humain. Et peut-être vaut-il mieux ignorer qu'en tant qu'êtres humains, voilà ce que nous pouvons être. Peut-être préférons-nous ne pas nous imaginer dépendants, accros ou perdus, d'une certaine manière comme l'est le Kid au moins au début du roman. Mais le professeur est perdu lui aussi, à sa manière. Tous les deux, chacun à leur façon, ont perdu tout souvenir de la peau. Dans le cas du Professeur, en raison de sa gloutonnerie, son obésité, son addiction à la nourriture. Et pour le Kid en raison de son addiction à Internet, à la pornographie, à la perte de son corps dans une version virtuelle de son propre corps. On est donc en plein XXIe siècle. Mais c'est aussi, bien sûr, une très vieille histoire.

 Les skin mags (magazines pornos) « ne sont pas en peau, ils montrent juste des images de peau.  La seule peau qu’ils te font toucher, c’est la tienne » (Le Kid, p. 225).

Je ne suis pas un futuriste à la manière de certains écrivains, mais je suis très sensible aux changements du monde dans le domaine de la technologie et de son côté permissif. 

La version française du titre utilise le mot “lointain” alors que la version anglaise signifie “perdu”, “souvenirs perdus”. Et la différence est vraiment importante pour moi. Nous avons eu un problème avec la traduction de ce titre, mon traducteur, mon éditeur français et moi. Parce que nous n'aimions pas l'adjectif “perdue” associé au mot “peau”. Ça ne sonne pas bien, alors que “Lost memory” fonctionne bien en anglais. “Perdu” n’allait pas en français et “lointain souvenir” sonnait bien mieux. Mais c'est plus léger alors que “lost memory” est très sombre.

Si vous avez perdu la mémoire, c’est que vous n'avez plus de souvenirs. Vous ne savez même pas que vous avez eu un jour des souvenirs, un corps ou une peau. Si ce sont des souvenirs lointains, c'est que vous vous rappelez vaguement avoir eu un corps. Peut-être que vous n'en avez plus, mais vous savez que vous en avez eu un jour. Comme si plusieurs générations étaient passées et qu’il ne reste plus aucun souvenir que l’intimité est un jour passée par le contact corporel. Ou que le corps a eu une réalité physique.

C'est ce que j'essaie de souligner : nous encourons le risque de perdre le souvenir même d’avoir eu un corps. Ou d'avoir des contacts sensuels les uns avec les autres. Et les conséquences de tout cela me semblent vastes. Le toucher est un sens crucial pour l'espèce humaine. Se toucher les uns les autres... En nous touchant, nous nous humanisons. Cela a été décrit par les anthropologues et les biologistes et les études du comportement animal sur le toilettage, par exemple, l'histoire du toilettage et ses aspects civilisateurs, comment cela a permis de civiliser des espèces sauvages et violentes auparavant. 

Comme les chimpanzés ou les autres grands singes et comme les humains. Quand vous posez la main sur l'épaule d'un congénère humain, vous ne vous contentez pas de communiquer, vous établissez un lien humain. Quand vous faites l'amour avec un autre être humain, vous faites exactement la même chose. Quand vous prenez un enfant dans vos bras, ou une personne âgée, vous entrez dans un processus d'humanisation qui calme cette personne et lui plaît et vous fait le même effet. Nous en sommes au point de perdre le souvenir de tout cela.

Notre seule façon de communiquer avec les autres humains, c'est sur écran. Nous avons perdu quelque chose d'essentiel sur ce que signifie le fait d'être humain. Je pense que c'est ce que le titre de mon roman souligne : le danger de cette perte. 

« On n’est pas obligé de tout vous dire sur ce qu’on est, et on n’est pas obligé de vous dire la vérité sur soi » (L’Ecrivain, p. 379).

Le fait de savoir si on peut ou si on doit ou même s'il est possible de rendre Internet illégal ne changerait rien à l'affaire. Pas plus que de simplement essayer de le contrôler. Internet est là pour durer et modifie radicalement nos vies. C'est un outil puissant, mais c'est un outil dangereux. Plus vous êtes transparent, plus vous avez besoin du secret si vous voulez conserver une vie privée. Bientôt, la seule façon de disposer d'une vie privée, ce sera le secret. Il faut entrer en clandestinité, d'une certaine façon. Dans toutes les sociétés de surveillance, comme l'Union soviétique, l'Allemagne nazie, ou aujourd'hui la Corée du Nord, dans ce genre de société qui repose sur une surveillance totale, il est encore plus important d'avoir une vie privée qui passe par le secret et la clandestinité. 

Nous risquons tellement de perdre ce droit au privé aux Etats-Unis. Pas uniquement à cause de la Toile ou des réseaux sociaux comme Facebook, mais aussi à cause de cela, bien sûr. Sauf que là, on se l'inflige à soi-même. Depuis le 11 septembre 2001, tout particulièrement, l'Amérique est devenue, progressivement, une société de surveillance. Une société surveillée, je devrais le dire comme cela.

Quand j'étais jeune, dans les années 1950 (je suis né dans les années 1940) et ce, jusqu'en 2001, je pouvais facilement disparaître en Amérique. Sans trop de souci, on pouvait encore aller et venir, partir au Canada, puis revenir. Personne n'était au courant. Je pouvais traverser la frontière, sans passer par les points de contrôle. On n'avait pas les moyens de surveiller les Américains. On n'essayait même pas. C'était un pays trop grand, un espace ouvert, trop facile de s'y perdre.

Ça fait partie de nos grands mythes. On adorait cela. Vous preniez une voiture, conduisiez vers l'ouest, personne ne savait où vous étiez. Vous disparaissiez. Vous pouviez vous réinventer dans un nouveau lieu. C'est une des grandes histoires américaines. Ça n'est plus possible aujourd'hui. Vous ne pouvez absolument plus disparaître : on piste votre carte bancaire, votre téléphone, votre voiture seront tracés. 

Quand j'avais 16 ans, j'ai confié cette histoire à quelqu'un. En 1956, j'ai volé une voiture avec un autre gars, et on a tracé vers le Massachusetts oriental et la côte Est. On s'est barrés et on a disparu pendant deux mois. Les flics ne nous ont pas trouvés : on était deux gamins dans une voiture volée ! Une belle Oldsmobile flambant neuve, et on est partis. On a trouvé du boulot, on a bossé de nuit dans un fast-food au Texas, on grillait les burgers dans l'équipe de nuit, on a vécu en auberges de jeunesse. Et on est arrivés en Californie où la route 66 se termine – on est allés jusque-là ! Finalement, on a été pris, mais uniquement parce que mon complice s'est confessé à un prêtre qui nous a vendus à la police ! Alors nous avons dû revenir. Mais peu importe... c'est une longue histoire.

Ce que je veux dire, c'est que ça ne pourrait pas arriver de nos jours ; on aurait été arrêtés au premier péage. Nous aurions été photographiés, filmés, et notre numéro de plaque aurait indiqué que c'était une voiture volée et elle aurait été appréhendée immédiatement. Une telle évolution de la société au cours d'une seule vie, c'est énorme. Et ça s'est produit sans que l'on s'en rende compte.

Disparaître : « Il y a dix ou quinze ans,  ça aurait pu marcher. Mais maintenant le monde est numérisé et interconnecté » (Le Professeur, p. 318).

C'est extraordinaire de penser que je suis ici en France, à des milliers de miles de chez moi et totalement connecté. Mon assistante est à New York, elle répond à mes mails et mes appels téléphoniques pour moi puisque tout est connecté à mon domicile de Miami à 1.500 miles (2.400 km) de là. Mes contacts professionnels pensent que je suis dans l'Etat de New York puisque c'est là que les coups de fil et mes mails sont redirigés vers elle dans mon bureau là-bas. En Floride, à Miami, c'est pour les factures et mes affaires personnelles puisque c'est l'adresse que j'utilise pour mes cartes bancaires et tout ça. Et là je suis en France mais tout fonctionne pareil, je reste connecté pour le boulot. Je n'ai pas disparu. J'aurais dû disparaître !

Autrefois, quand je venais en France, j'étais injoignable pendant deux semaines ou toute la durée de mon séjour et personne ne savait où me trouver. Les appels étaient trop chers, trop compliqués. 

Si je ne voulais pas répondre, je n'y étais pas obligé. Je pouvais disparaître. C'est impossible désormais. Le Professeur a raison. Et je crois ne pas me tromper en affirmant que l'alternative à la surveillance totale – car c'est bien ce dont nous parlons – c'est le secret. C'est la seule réponse, l'unique manière de préserver notre vie privée.

Bien sûr, il y a des degrés entre la transparence et le secret – la discrétion, l'exposition partielle, la transparence totale. Ces degrés sont notre seule manière de contrôler le rapport de notre existence à un monde plus vaste. Il y a des choses que je veux exposer, d'autres non ; je partage certaines informations avec ma banque, d'autres non, etc. Ce sont des degrés importants, là résident notre contrôle sur notre existence et les dimensions de notre existence sociale.

Vous l'avez dit, très bien dit : cette progression entre l'ombre et la lumière, ce dégradé s'estompe rapidement. C'est intéressant, vraiment intéressant pour moi. Ce basculement est en cours... Nous sommes au centre de tout cela.

Je suis heureux d'avoir vécu assez longtemps pour voir cela arriver. Parce que c'est un moment vraiment révolutionnaire. Pas dans le sens marxiste classique, mais en termes de transition anthropologique. Il y a un changement anthropologique profond en cours, juste devant nos yeux, qui se produit si rapidement que les gens de mon âge peuvent avoir vécu des deux côtés. 

« Ce qu’il te faut faire, Kid, c’est arrêter de ne rien croire et te mettre à croire. Sinon, tu seras coincé, pétrifié dans ton incrédulité. Pratiquement mort » (L’Ecrivain, p. 426).

C'est une épreuve existentielle que le Kid et nous tous devons surmonter. A la fin, nous devenons nous décider à croire. Nous ne pouvons pas décider comme Montaigne de suspendre notre jugement et de rester suspendus dans l'air comme ça. Ce genre de détachement ne nous est plus permis sauf à nous détacher de la vie.

Le Kid doit choisir. Mais le lecteur le doit aussi. Cela place le lecteur dans la même position que le Kid à ce moment-là du récit. C'est ce que je voulais faire sans en faire tout un plat, en évitant de tomber dans le jeu métafictionnel. Je me suis dit : « OK, je me suis mis en tant qu'auteur, et j'ai placé le lecteur, dans la même position que le Kid face à l'échec du Professeur. Et là, nous devons choisir ce que nous allons croire. » Cela fonctionne pour la fable mais aussi au niveau du récit. C'est très important aussi. 

Je n'y ai pas pensé dans les termes que nous utilisons ici depuis quelques minutes, en termes de transparence et de secret, etc., mais ils conviennent très bien. Ça a toujours été comme ça, même dans toutes les interactions humaines, même les relations intimes, avec votre épouse, vos enfants, vos parents, vous ne savez jamais vraiment. Vous devez choisir ce que vous allez croire à propos de cette personne. Vous pouvez savoir beaucoup de choses sur quelqu'un, mais pas tout.

C'est un peu comme quand on dit « on ne sait pas comment va tourner ce mariage » et que, ô surprise, ça finit par un divorce... « Mais je croyais qu'ils étaient heureux. » « Oh, on ne sait jamais comment va tourner un mariage. » Ça ne fait que montrer que peu importe la façon dont on les connaissait : on ne les connaissait pas vraiment. Pas intimement. Je crois que ça a toujours été le cas. C'est une constante du savoir humain, une sorte de vérité épistémologique : vous ne pouvez pas savoir, à un moment vous devez supposer, vous en remettre à une profession de foi. C'est à cette conclusion que le roman conduit le Kid. 

« Il la faisait à qui, cette déclaration ? A l’histoire, évidemment. L’histoire littéraire » (p. 393).

Il y a un genre que le roman semble prendre comme appui puis abandonne pour le transcender : le roman d'apprentissage (Bildungsroman) est très certainement derrière tout cela, ce genre romanesque de même qu'Huckleberry Finn était au fondement de Sous le règne de Bone (1995). Le texte en référence de Lointain souvenir de la peau de la manière la plus immédiate, c'est le roman de Robert Louis Stevenson, L'Île au trésor, que l'on a tendance à lire comme un roman de jeunesse pour garçons. Je l'ai relu et c'est bien plus complexe que cela. 

C'est un roman passionnant et extrêmement bien écrit. Il y a cette structure archétypale et ces règles dans la composition des personnages avec ce jeune homme qui n'est plus vraiment un enfant et pas non plus encore un adulte, qui passe dans le monde des adultes. Un homme plus vieux qui est à la fois protecteur, un gardien et un mentor, mais qui est aussi terrifiant, qui est physiquement grotesque. Tout ce qu'est Long John Silver pour Jim Hawkins (chez Stevenson), c'est ce qu'est ici le Professeur pour le Kid. Mais finalement vous réalisez, et c'est ce qui s'est passé quand j'ai relu L'Île au trésor, que tout cela répond à une composition typique : c'est ce que racontent les histoires si on remonte à Homère, Télémaque, l'Odyssée. C'est une vieille histoire... On pense aussi à Ulysse de Joyce, Stephen Dedalus et Leopold Bloom. C'est ancien. Je n'ai aucune raison de ne pas m'y essayer et d'élargir le champ de mon roman à partir de là.

J'ai un attachement fondamental pour les sujets populaires, les motifs folk m'inspirent ces modes ou genres, si vous voulez. C'est ainsi que fonctionne aussi la grande musique – je pense au grand jazz américain, par exemple qui s'inspire de la musique sacrée, du folk, comme Duke Ellington qui part d'arrangements et d'accords, de motifs musicaux rudimentaires, fondamentaux, puis les réorchestre et en fait quelque chose de bien plus grand, plus large. Mais vous entendez toujours le blues derrière, toujours les chaînes afro-américaines, les chants d'esclaves, les negro-spirituals. Et je pense que tous les grands artistes, les grands peintres le font. Ça commence avec les grottes de Lascaux et ça finit avec Picasso ou même les post-modernes.

Sans ces racines, cela ne peut pas marcher, ce serait trop conceptuel. Cette règle est vraie pour la littérature, la musique, l'art en général, la danse, le théâtre... Tout commence dans une relation fondamentale au peuple, au populaire à la communauté.

« On est pas dans un roman ou un film, tu comprends, où des conneries de ce genre n’ont aucune importance puisqu’à la fin on sait ce qui s’est réellement passé » (Le Kid, p. 422).

 Je pense que ce livre est bien plus ambitieux que La Réserve (2008, son précédent roman) en termes formels comme esthétiques. C'est un roman riche, dense. J'en ai fait plus, aucun doute. Il sort du lot, pour toutes ces raisons, pour ce qui est de son ambition littéraire, il est plus dans la lignée de Continents à la dérive (1993) ou de Pourfendeur de nuages (1999), dans cette recherche d'une trame presque mythique, même en restant très réaliste. Lointain souvenir de la peau tente de rester sur cette ligne, d'atteindre cette dimension, la seule valable pour la littérature, je pense. 

En termes de difficultés plus personnelles, ou d'intérêts personnels – disons-le comme cela – de liens autobiographiques, je dirais que d'autres livres que j'ai écrits sont plus importants, comme Affliction (1992) qui se confrontait à l'alcoolisme à la violence, à la violence domestique, familiale, la violence masculine et tout cela avait des implications personnelles. Ou, comme De beaux lendemains (1994). Tout cela m'impliquait : la mort d'un enfant, ses effets sur une famille, sur les parents. C'était ma famille, ma fille. Tout cela était très proche de moi.

Les livres ont des fonctions différentes dans votre propre vie et des ambitions diverses : parfois personnelles – des problèmes que vous tentez de comprendre et surmonter avec des résolutions plus profondes – et parfois vous cherchez quelque chose de plus ample, une ambition littéraire et historique plus large.

« Nul n’est ce qu’il ou elle paraît être » (p. 244).

Pour moi, le personnage porte l'histoire, elle naît de lui ou d'elle, tout comme les idées. Ce n'est pas l'inverse, l'histoire ou les idées qui conduiraient au personnage. Donc je commence toujours avec le personnage. Et là, c'est le Kid. Bien sûr, j'avais connaissance de cette colonie de délinquants sexuels vivant sous un pont (le viaduc Julia Tuttle). Je pouvais les voir depuis mon appartement de Miami. Quiconque vit à Miami le sait. Si vous lisez les journaux, vous êtes au courant. Mais je crois être le premier à avoir écrit un roman là-dessus. Peut-être y en a-t-il d'autres maintenant...

Mais le roman n'était pas centré sur ce viaduc, sur cette communauté. Le roman avait le Kid pour point de départ, et j'ai imaginé le Kid là-bas. C'est bien le personnage qui m'est d'abord apparu. Et ensuite je me suis dit que cela ne pouvait pas tourner qu'autour de lui, pour pas mal de raisons dont une des principales est que son monde est si petit et étroit, qu'il a une compréhension si limitée du monde, que, pour élargir le contexte, je devais introduire un autre personnage, issu d'un autre milieu, d'un monde plus large, qui ait plus d'éducation et une conscience historique et sociale de ce qui se passe là-bas. 

Le Professeur fait vraiment irruption dans l'histoire assez tôt dans le livre, juste après la descente de police et la mise à sac du camp. Il sort des ténèbres et le Kid qui est en train de lire la Bible se dit : « oh, c'est Dieu ! » Mais non.

Je ne savais vraiment pas où j'allais et c'est bien pourquoi je savais avoir besoin d'un tel personnage, un universitaire, un sociologue, curieux de ce phénomène de rassemblement des délinquants sexuels, des sans-abri. Qui de mieux qu'un professeur de sociologie ? J'ai laissé ce personnage prendre de l'ampleur, dans sa taille, sa barbe, sa présence, etc. D'abord pour des raisons dramaturgiques, sur le moment. Puis le personnage a commencé à se former à ce moment-là du récit et il m'a intéressé. 

Qui pouvait-il bien être ? Dans le passé j'ai connu des gens comme lui, j'ai enseigné dans le supérieur pendant des années, j'ai connu des universitaires, j'ai connu des obèses, des génies, alors il m'était possible de recombiner tout cela. J'ai connu des gens dont la vie était bâtie sur le secret, des vies compartimentées, des espions, des prédateurs sexuels, des gens qui avaient des secrets sexuels... Je pouvais jouer de tout cela.

« Voilà qui explique le look à la Hemingway, se dit le Kid » (p. 378).

Je voulais un écrivain, un personnage d'écrivain, un personnage qui remplace le Professeur après sa disparition, un peu pour les raisons qui ont fait naître le Professeur. Je pensais que ce serait amusant et intéressant de donner cette dimension philosophique au roman, de l'élever jusque-là. Avoir un écrivain qui hisse les questions jusque-là posées par le Professeur, des questions quasi épistémologiques et philosophiques qu'il soulevait mais il n'allait pas au bout. Et évidemment cela me permettait de m'amuser avec le côté métafictionnel du livre, d'en jouer sans en faire tout un plat, sans en faire un truc trop évident.

Je suis passionné par cette puissance de la fiction, ses possibilités, il peut commenter ses procédés et son artificialité essentielle, la mettre en valeur, tout cela en même temps. Il apparaît et reconnaissons qu'il est beaucoup plus cynique que je ne le suis : il ment à son employeur, moi je ne fais pas ça ! Il voyage à leurs frais et prétend faire des recherches alors qu'il se contente de prendre du bon temps. Et il se comporte lui aussi en prédateur en tentant de séduire la bibliothécaire, la veuve du Professeur. Mais il permet aussi au roman de poser des questions philosophiques essentielles sur la vérité, comment la connaître d'une manière avec laquelle j'étais à l'aise.

De manière générale, je n'aime ni lire ni écrire ce que l'on appelle communément des « romans philosophiques ». Je ne pense pas que les romans soient faits pour délivrer des idées philosophiques, de même que la philosophie n'est pas faite pour raconter des histoires. Mais je voulais que ce roman précis aille sur ce terrain et l'Ecrivain était un moyen d'y parvenir parce qu'il est un bon guide pour le Kid. Nous en étions à un stade du roman où il fallait mettre le Kid à l'épreuve et voir où il en était arrivé après 400 pages à peu près. Et nous devons aussi nous tester, nous demander où nous en sommes arrivés. C'était ça, sa fonction, dans mon esprit, à la fin du roman.

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Nous avons rencontré Russell Banks le jeudi 15 mars 2012, à Paris. Un entretien dont l'écrivain donne en quelque sorte le canevas dans Lointain souvenir de la peau, p. 313, lorsque le Kid interroge à son tour le Professeur. Comment faire ? « Tu commences par poser une question dont tu veux la réponse, et je décide si je suis d'accord pour y répondre et sous quelle forme. Ensuite, tu poses une question de relance suscitée par la réponse que j'ai donnée. C'est simple. Surtout pour celui qui pose les questions »... C'est la raison pour laquelle, dans notre restitution, nous avons troqué les questions pour des citations du roman.

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