Quelle nouvelle condition urbaine? Lectures pour les futurs maires

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Le « double scénario du tout-uniforme ou du tout-chaotique »

Chacune des trois revues a ses spécificités, même si on retrouve certaines thématiques communes, à l’instar des effets urbains des crises économique et financière ou bien des conséquences du phénomène de métropolisation et de mondialisation. Métropolitiques est la revue la plus ancienne, la plus fournie et la plus interdisciplinaire. Elle a produit des dossiers de référence sur les grandes controverses qui traversent le champ des études urbaines, par exemple sur la notion de ghetto en banlieue, les territoires du vote, ou encore la notion piégée de gentrification.

Toulouse. Abstention par bureau de vote, présidentielles 2007 et régionales 2010 (1er tour) © Cartelec.net Toulouse. Abstention par bureau de vote, présidentielles 2007 et régionales 2010 (1er tour) © Cartelec.net

Elle allie un réseau de chercheurs dense et solide, prompt à réagir à des sujets d’actualité impliquant des questions urbaines, et un souci de travailler des thèmes en profondeur, par exemple sur la spatialisation des questions sociales, la gouvernance et la construction politique des territoires, ou encore l’expérience urbaine et la place du corps, et des sens, dans la manière de vivre la ville. Elle est vite devenue un lieu de référence pour qui s’intéresse à l’action publique en matière urbaine, aux bégaiements des politiques de la ville, aux enjeux de la péréquation fiscale ou encore aux mobilités de banlieue à banlieue. Sa dimension cartographique en fait aussi un outil précis et précieux pour complexifier ou démonter les discours politiques ou journalistiques automatisés ou déformants, que ce soit sur les bidonvilles, le Grand Paris ou le périurbain pavillonnaire.

Sa petite sœur, Urbanités, fondée par une poignée de jeunes géographes, possède une logistique beaucoup plus petite, mais donne pourtant plus de place à la photographie et aux images, avec un souci poussé de produire un graphisme élégant et de rédiger des textes articulant rigueur scientifique et écriture libre de tout jargon universitaire.

Urbanités fonctionne, comme Métropolitiques, par appel à projets. « Nous cherchons des thématiques plus interstitielles et contemporaines que celles qui s’inscrivent dans les traditions des sciences humaines et sociales et du processus scientifique », explique Flaminia Paddeu. Ce qui permet à la revue de mettre en ligne, tous les six mois, des sujets transversaux et surprenants comme les « Urbanités souterraines » pour son premier numéro, « Villes en crise, crises en ville » pour celui en ligne actuellement ou les « plaisirs urbains », à paraître prochainement.

Detroit © Flaminia Paddeu Detroit © Flaminia Paddeu

Tous urbains a fait le choix plus classique du papier et du payant, même s’il est à l’opposé du papier glacé et des prix élevés des revues spécialisées, avec un prix de 5 euros par numéro et le souci de faire concis et engagé. La revue est irriguée par les réflexions de son fondateur, Olivier Mongin, qui a publié à la rentrée dernière La Ville des flux – L’envers et l’endroit de la mondialisation urbaine.

La « charte » de Tous urbains précise que la mondialisation contemporaine n’est pas seulement économique, mais aussi urbaine, et exige donc de se rééquiper intellectuellement et politiquement pour penser l’avenir d’un monde urbanisé : « Instituée historiquement à côté de la campagne, face à la forêt et au désert, l’urbanisation est désormais sortie de ses gonds, elle s’est retournée sur elle-même et pénètre tous les espaces. Il faut dès lors réinventer un univers urbain susceptible de faire monde. » Pour celui qui est aussi le directeur de la publication de la revue Esprit, cette réinvention passe notamment par la mobilisation des imaginaires produits et transmis par des villes où, désormais, « les flux tendent à prévaloir sur les lieux, où la mixité urbaine recule par rapport à la volonté de démarcation et où la privatisation de la vie publique s’accentue ».

Dans un moment où la « condition urbaine » semble se réduire à une alternative triste entre un repli nostalgique sur la ville historique et l’effroi de la méga-cité, Olivier Mongin estime donc nécessaire de bâtir une « démocratie urbaine, qui permette de sortir de l’urbanisme fonctionnaliste porté par la société industrielle, avec sa fonction logement, sa fonction transports, sa fonction loisirs et sa fonction travail ». Tout cela afin d’éviter le « double scénario du tout-uniforme ou du tout-chaotique ».

Il juge toutefois bien rares « les projets métropolitains susceptibles de dynamiser la démocratie urbaine et de se préoccuper des habitants. Elles ont peut-être pour nom Vancouver, Seattle, Amsterdam, Anvers, Nantes ou Lyon. C’est la ville des flux que nous appelons ici de nos vœux, celle qui fera peut-être du XXIe siècle le siècle des villes et non pas celui des catastrophes urbaines annoncées ».

Place Taksim, novembre 2013 © Pierre Puchot Place Taksim, novembre 2013 © Pierre Puchot

 

Mais pour lui, la résonance politique et démocratique des choix urbains sont d’ores et déjà manifestes, comme en témoignent les récentes protestations place Taksim, à Istanbul, contre les projets urbains pharaoniques d’Erdogan en Turquie, ou à Sao Paulo contre les effets inégalitaires de l’organisation de la coupe du monde de football au Brésil : « Il est clair que les manifestations renvoyaient au caractère insupportable d’une condition urbaine réduite à la ville vitrine, à la ville spectacle et à la ville événement. »

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Merci à Aurélien Pic pour ses photos.