Le sexe après sa révolution

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La revue Esprit consacre, elle aussi, son numéro estival au sexe, à ses révolutions comme à ses invariants.

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« Pourquoi consacrer un numéro d’ Esprit à la sexualité plutôt qu’à l’amour ? » C’est par une question mêlée d’inquiétude que Paul Ricœur ouvrait son article de 1960 sur la sexualité comme « merveille », comme « errance » et comme « énigme ». À cette date, on ne parlait pas encore de « révolution sexuelle », mais le feu couvait déjà sous la braise. En Occident, les mutations démographiques liées à l’allongement de la durée de la vie faisaient de la sexualité autre chose qu’un moyen d’engendrement pour exorciser la mort et le déclin. Conçus dans un esprit de reconstruction nationale, les baby-boomers entraient dans leur puberté. La mise en circulation de la pilule contraceptive (1960 aux États-Unis, 1967 en Europe) allait leur permettre de s’y aventurer avec moins de risques que leurs aînés. Tout indiquait que la sexualité allait se détacher, sinon de l’amour, du moins de son modèle conjugal dominant. Ce que la philosophie et la littérature savaient depuis longtemps – « Éros n’est pas institutionnel » –, la société était en passe de le découvrir. Il fallait s’interroger sur le sens d’une sexualité transgressant les cadres que l’Occident avait imaginés pour elle.