Le rire de Kundera dans l’Europe défunte

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grain de sel10 04@  je veux ce bouquin!!!! moi aussi !!  l apotheose du rien j adore !!

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@ GRAIN DE SEL et PEUT-ETRE

Ce livre, peut-être le voulez vous (comme vous l'exprimez si volontairement et non sans acharnement) en pensant qu'il va vous (nous) justifier dans vos (nos) choix politiques si étriqués du moment, dans nos "encroutements" idéologiques, eux aussi du moment. Mais lorsque l'histoire se trouve réduite à une succession de moments, il est déjà trop tard.

Ne cherchons pas, dans cette œuvre (a fortiori dans ce livre) quelque justification ou sauf-conduit que ce soit : il n'y en a pas, il n'y en aura pas.

Par contre, s'agissant de profondeur de champs et de "recul éloigné du nombril", oui, je recommande. Je préconise le vertige. Et, bien entendu, le rire de Dieu...

Cdt

 P.S. - Quant à l'évocation par un autre abonné, ci-dessous, des Lemaire, de Moscovici ou de Copé, je lui rétorquerai la même chose. Si l'on connaît et aime Kundera, on trouvera ça hors sujet. Déplacé. Pardon car je suis (cependant, peut-être) d'accord. Mais vraiment et seulement par ailleurs...

La Machine à Lire ! Surtout pas Amazon !

Et tous ceux du PAF qui les invitent du matin au soir avec complaisance...

Merci à Médiapart de permettre l'accès au dernier roman de Kundera grâce à l'écriture incisive et évocatrice de Christian Salmon.

A propos de nombril et de blagues qui n'amusent plus, ce très petit morceau de texte extrait de mes carnets :

  • Et l’indifférence totale ? Et l’ego porté au paroxysme, au point de non retour, celui où l’artiste nombriliste, égocentrique ou ombilicaire se met à se jalouser lui – même ?

même les blagues ne font plus rire, elles sont devenues dangereuses.

C'est pour cela que François n'en fait plus, conseil de com

 

Bah... La "Fête de l'insignifiance" est la conséquence nécessaire de la découverte de l'infini anthropologique. 8 milliards d'humains, et moi, et moi, et moi ? À chaque époque ses découvertes : Pascal réalise en conscience les effets sur l'homme de l'Univers infini. Kundera, après Musil, Anders et d'autres, réalise en conscience les effets sur l'homme de la démultiplication indéfinie de l'homme. 

M.Kundera paye-t-il ses royalties à Cornelius Castoriadis auteur de " La montée de l'insignifiance",

volume 4 des "Carrefours du labyrinthe" - Collection La couleur des idées, Seuil mars 1996 ?

On ne peut pas tout prêter aux riches, mais rendre à Cornelius ce qui est à Cornelius, si.

CP

Voilà que seule la fête de l'insignifiance amène un peu d'air pur... Quel paradoxe !

Excellent Kundera, a lire deux fois plutot qu'une...

Un monde s'achève, un autre tarde à advenir car souvent repoussé par des forces encore puissantes. Ces forces, dans le domaine économique sont les lobbies mais elles existent aussi parmi les intellectuels, une catégorie qui s'est comme dissoute et n'est plus guère représentée que par les "déclinologues" et les chantres d'un humanisme frileux, des toqués d'Histoire radotant le passé et fermés sur un avenir qui dépassera leur propre mort (cf Fukuyama). Je vois Kundera, tel que dépeint dans cet article comme l'un d'eux: il voit dans cette sorte de stase idéologique contemporaine le signe de la dissolution, d'un catabolisme de la civilisation qui dépasserait les forces vives de l'anabolisme, du triomphe de la vieillesse sur la jeunesse, ce qui au demeurant n'est qu'une simple conséquence de l'actuelle et très inédite pyramide démographique où, tout particulièrement en Europe, les "vieux" sont toujours plus nombreux et tiennent tous les leviers face à des jeunes qui ne sont là que pour les supporter.


Heureusement, ailleurs, le monde continue de s'inventer: Facebook via Zuckerberg, 29 ans, rachète Oculus, au lucky Luckey, 21 ans, pour 2 milliards de dollars, accélérant ainsi la mutation de ce réseau social en fascinantes possibilités de téléprésence partagée. Facebook, triomphe de l'insignifiance via les innombrables anecdotes de fêtes d'anniversaire privées gâchées par des milliers de parasites: les étrangers qui s'abattent sur l'évènement pour créer un happening absurde terrorisant les parents de la petite ado qui a oublié de restreindre ses invitations d'anniversaire à son cercle privé d'"amis"...  Mais on oublie aussi Facebook comme terreau fécondant du Printemps arabe, largement avorté quand il a été rattrapé par des forces rétrogrades opportunistes tels les Frères musulmans. Les usages utiles de porte étendard d'une coalescence accélérée de revendications démocratiques diffuses, portées par internet et Facebook, sont trop souvent décriés par le phagocytage marketing de l'outil; je serais bien intéressée d'avoir l'opinion de Kundera à cet égard, via, par exemple, une stimulante conversation entre lui et Bruno Latour.



Aussi, l'avenir (radieux?), ce pourrait bien être non pas la stase nombriliste et la généralisation de sous-héros, zombis consommateurs, mais l'émergence de nouveaux héros prométhéens, ceux qui, reconnaissant la faillite d'Homo "Sapiens", préparent dans la mouvance transhumaniste de possibles successeurs, mélanges d'Homo "Rationalis" et d'Homo "Ludens".

. . oUi . . ouI . . et Oui . .

. . mais alors l'émergence de nouveaux héros "épiméthéens", plutôt que "prométhéens", radicalement plus "ludens", plus "dyonisiaques", plus . . "post-rationalis", "post-liberalis" . . ni aveugles comme les obscurantistes, ni éblouis non plus comme les rationalistes, c'est-à-dire . . dans l'Entre intempestif . . !

<<<Aussi, l'avenir (radieux?), ce pourrait bien être non pas la stase nombriliste et la généralisation de sous-héros, zombis consommateurs, mais l'émergence de nouveaux héros prométhéens, ceux qui, reconnaissant la faillite d'Homo "Sapiens", préparent dans la mouvance transhumaniste de possibles successeurs, mélanges d'Homo "Rationalis" et d'Homo "Ludens".>>>

En attendant, on est déjà très très las de Facebook (qui ne tardera pas à plonger, à s'engloutir dans son propre nombril). Et on en a un peu marre de devoir attendre si longtemps (*) pour pouvoir enfin... rigoler, en Homo ludens ou autre... Vous ne trouvez pas ?

 

(*) N'en déplaise à cet autre très beau livre de Milan Kundera : La lenteur/Gallimard Blanche - 1995

 

j'ai toujours un immense plaisir à vous lire et une certaine impatience à vous attendre au point que je me demande si vous n'^tes pas meilleurs dans vos analyses que le livre lui même !!!mais je vais acheter son oeuvre pour la gouter puisque votre éclairage magnifque me  rend son travail soudainement incontournable .

l'autre fois j'étais dans une vielle église sur le port de marseille dans un crype d'avant les rencontres religieuse qui se sont imposés à tous avec l'avenement de la chretienté avec  les regards dans la même direction.

dans cette crypte dans les bas fond de cette  église il existe des petites alcoves où chacun pouvait se recceuillir  en toute discretion dans un rapport intime avec dieu.

il y a bien longtemps : " la Plaisanterie " du même auteur,dénonciation virulente de la nomenklatura de l'Est,article dithyrimbique de la presse de gauche ( Jean Daniel et consorts ),cette fois même dénonciation de la nomenklatura européenne par le même auteur : la presse de gauche  ??

j'ai une  résistance à adhérer aux pensées de Kundera, son choix pour le Serbie m'a beaucoup interrogé, j'essaie maintenant de lire derrière le texte, la confiance n'est plus là.

Avait-il vraiment tort pour la Serbie ? Etiez - vous content des bombardements sur Belgrade notre ancien allié contre le nazisme ?

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

Superbe article ! autour de ces deux axes signifiants, la nudité le manque, qui donne envie de lire ce Kundera.

 

ps: à propos du nombril, dans les rues contemporaines (et même sur les plages), me frappent plutôt les tatouages; je me souviens d'un homme sur le sable en été: un lampadaire assez énorme et intriguant peint sur la poitrine et même un personnage marchant dans cette nuit d'août en plein jour sur son sein ... vraie story-telling et là aussi règne de l'ego .

 

Tatouages et piercings et rap au rythme monotone dans le tintamarre de la société du babillage. Le néotribalisme comme point d'aboutissement des lumières. Il y a bien de quoi rire: la bouche dessinant un grand O reproduisant celui, plus petit, du nombril.

 Il faudrait tresser à C. Salmon une couronne - de roses, de lauriers, de lis  (ou d'épines pour le sarcastique rire de Dieu...) pour ce magnifique article et pour sa profonde intelligence/complicité de et avec l'œuvre qu'il évoque ici (selon moi, lectrice et inconditionnelle de M.K. depuis la découverte éblouie du Livre de rire et de l'oubli en 1979.)

Je me permets de le surligner pour mon adhésion à ce qu'il exprime et le plaisir que j'ai eu à lire son article :

<<<Kundera est un écrivain de la frontière (et non pas un écrivain émigré ni même un écrivain sans frontières comme le suggère l’air du temps), car c’est à la frontière que les choses se définissent. C’est dans les confins que les figures prennent forme et couleurs et que le rire du roman retentit comme une éclaircie. L’éclaircie de la compréhension. Le roman est un art des confins, car comme le disait Joseph Brodsky, contrairement à la croyance populaire, « les confins se situent non pas là où le monde s’achève, mais précisément là où il se clarifie ». >>>

 <<<Nulle part ailleurs qu’en Occident, « l’illusion lyrique » n’a pu prospérer en toute impunité et a même été portée à l’incandescence en deux occasions historiques : 1968 et 1989. Chacun sans doute peut avoir sa propre idée sur ces illusions lyriques invaincues ; certains y reconnaîtront leur phobie, d’autres leur prêteront les traits idéologiques de leurs adversaires. On ne manque pas d’argument à droite comme à gauche pour démasquer les illusions lyriques de l’autre bord. Pourtant, elles ne sont ni de droite ni de gauche. Ce qui les caractérise, c’est justement qu’elles sont acceptées par tous, qu’elles bénéficient d’une sorte d’évidence partagée, qu’elles sont immédiatement médiatiques…>>>

Ayant tout lu avec avidité (même les trois traductions de La Plaisanterie, ce qui est à la fois très instructif, passionnant et... "risible'" au sens de Kundera) je me fait le plaisir de livrer ici un tout petit bout de mon préféré : L'Immortalité :

"Tout comme Jaromil, Paul savait que la modernité de demain diffère de celle d'aujourd'hui et que pour l'impératif éternel du moderne il faut savoir trahir son contenu provisoire, de même que pour le slogan rimbaldien il faut savoir trahir les vers de Rimbaud."

Autrement dit, il s'agit bien de contourner le pied de la lettre, ce nombril intempestif... Ce dont tout l'œuvre de Milan Kundera nous dispense avec autant de génie que de générosité, en le contrôlant pour lui régler son compte et autant qu'il l'aura pu.

Merci encore à Christian Salmon. Ainsi que, bien entendu, à monsieur Kundera.

 

 

Kundera est un pince-sans-rire, quand il s'offusque de la rigolade plate, du rire-à-bout-portant, de la plaisanterie faisandée des professionnels...

Dans La Plaisanterie, il y a bien une intrigue. Donc, les seules "crapules" romanesques, à l'heure où la culture du tropisme devient prurit littéraire, où le reportage nombriliste explore des mondes sophistiqués mais factices, sont les managers du storytelling, fiction mondiale, tsunami inénarrable qui neutralise toute émotion, toute pensée autonome ?

Il suffit de lire La Plaisanterie dans l'autre sens. C'est ce que fait suggestivement Ch. Salmon. L'écriture boustrophédon est attestée dans Leroi-Gourhan. Elle est magnifiée également dans certains des beaux calligrammes sur peau de gazelle, qu'on trouve chez de rares collectionneurs.

Kundera a relevé la "trinité" fatale. Comment rire encore ? La "bonne humeur" est spoliée.

La révollte-borborygme, le rouge-sang, la nudité far west des pionniers du rien.

Il s'agit bien de nihilisme quintessencié en mode lyrique : évacuation du ventre, déversoir de l'anachronique et de l'inédit : l'argent (élégiaque et visionnaire).

A la frontière, aux confins ? Il est un village où l'on peut se connecter, user de son portable, mais où il n'y a ni autoroute, ni route, ni piste cantonale. Ni dispensaire, ni école, ni tribunal. Les villageois s'arrangent. Mais les promoteurs sont déjà sur place.

C'est là qua ça va se jouer, entre ceux qui racontent de belles histoires insignifiantes et ceux qui se sont laissé raconter sans s'en rendre compte.

Les prochaines fictions ne risquent pas d'être orthodoxes.

 

Belle exploration qui souligne la portée du registre de connaissance et d'interrogation propre au roman (distinct de celui de la philosophie ou de ceux des sciences sociales), particulièrement dans nos temps troublés!

 l’unité de la planète signifie : personne ne peut s'échapper nulle part

Bref, une immense prison.

Que pensez-vous de cette constatation.

Je ne le comprends pas comme une "constatation", mais comme une interprétation erronée. Pour ma part, je ne crois pas aux fantasmes d'"unité" réalisée, ni aux fantasmes de "prison" généralisée. Les grands écrivains (comme Kundera) expriment des éclairs de lucidité à travers la polyphonie propre à l'écriture littéraire (je me rappelle le choc que fut la lecture de L'insoutenable légèreté de l'être!). Quand ils passent à des entretiens dans la presse, leurs raccourcis sont susceptibles d'abîmer leur intelligence littéraire dans des généralités hâtives et abusives...

Chataubriand vous pose une question très légitime et "concrète". Question que vous éludez (expédiez en trois mots ne coûtant rien) et noyez dans la fumée, dans de la dilution de brouillard (Michaux) et non sans un "moulon" de dédain... Cette question que quiconque passant par là est pourtant fondé à vous poser dès lors que vous tentez de faire accroire que vous avez vraiment lu Kundera (Criant). Que vous l'avez "aimé" (Surpris). Que vous l'avez vraiment compris (Incertain). Pire : que vous seriez d'ac' avec lui à si bon marché... Et que vous adhéreriez profondément (existentiellement ? !) à son propos et à sa thèse - exclusivement romanesque - et néanmoins sonnante : tonitruante.

Cessez donc de faire semblant !

C'est à rire et à pleurer et vous voila de nouveau pitoyable.

L'insignifiance atteint ici des sommets. Et l'aigreur dégouline de ces hauteurs insoupçonnées...Le rire kunderien peut alors se déployer...

Ce réagissant, vous vous enfoncez de plus belle. Soit.

L'aigreur ?

Pour l'heure, mon estomac sécrète de l'essence de rose de Bulgarie ( hors de prix dans nos parfums respectifs)...

Et s'il en va de même pour vous (ce que je vous souhaite sincèrement), soyons donc quitte.

Á moins que vous ne désiriez débattre au sujet du vrai sujet d'ici : Milan Kundera, ses livres et de ce qu'il y a vraiment dedans. Perso, ce serait un plaisir...

L'insoutenable lourdeur du tragi-comique sur l'internet quotidien, la bile qui suinte, les blessures qui saignent en se projetant sous  forme d'acide...tout cela pour des attentes vaines et de nouvelles frustrations...infiniment...la haine pour exister juste un peu, l'arrogance de la fragilité pour ne pas sombrer...l'humain quoi! l'humain quoi? Pas de quoi en faire un roman, non? A peut-être si vos écorchures s'apaisent...

Parlez pour vous, moi ça va très bien. Á part une minuscule morsure de boa : bénigne.

Nous constaterons par ailleurs que, sous le grand sociologue, le goujat n'en côtoie pas moins le mufle.

L'humain koi !

 

 

Indéfiniment les blessures s'étalent sur internet...elles sont tellement à vif qu'elles bloquent presqu'automatiquement la possible compassion. Nous sommes alors renvoyés (ici avec le lexique sexiste du "goujat " et du "mufle") à notre coquille protectrice de spectateurs déshumanisés, en délaissant "l'échange" qui n'est plus que le nom donné à un tuyau de circulation des acidités trop longtemps emmagasinées...bye, soeur humaine en souffrance!

 

un humain ordinaire (par ailleurs tout petit sociologue)

Vous n'en avez pas marre ? Moi si ! La guerre - qui n'est qu'un jeu parmi d'autres - finit toujours par m'ennuyer...

Allez ! Je vous serre la pince et vous fais même un bisou (Dieu merci virtuel)... sur la joue gauche.

Ce qui s'étale sur internet n'est qu'une partie (infime) de la vie comme elle va. Mais, lorsqu'on a la passion du verbe, le goût des mots et du langage, comme vous, comme moi, et comme des milliers d'autres, on s'y vautre dans l'excitation et le plaisir de la disputacion. C'est ludique, pervers, vain et... match nul (dans les dans sens du terme) ! Et, ici en l'occurrence, parfaitement hors sujet et polluant.

Une humaine ordinaire (pas même sociologue, voyez-vous ça !)

Le pathos littéraire; "si vos écorchures s'apaisent" du pompé texto.

Tiens, le confusionnisme islamophobe et nationaliste fait mine de s'intéresser à la culture européenne!

"La nudité n’avait pas encore fait irruption sur la scène publique comme le nouveau visage de la révolte"

Risible oubli de l'histoire, depuis le nudisme du début du 20e siècle, jusqu'à Woodstock et les babas cools.

On dérive vers le poujadisme anti-bobo, ou le gatisme de vieux stal.

Jacques Bolo

Je crois qu'il s'agit du moment du second sondage, où le nombre des "mots-mana" a décru subitement : la vingtaine s'est contractée en une triade vaguement allégorique, un triplet monochrome d'écholalies-dadas.

Par ailleurs, votre scepticisme tonique ne me gêne pas personnellement. Les sondages, après tout, n'amusent que modérément. Je remarque que le nudisme du début du 20è Siècle n'avait pas pour vocation de fabriquer du nombril en série. Quant à Woodstock et aux babas cools, Mircéa Eliade s'est permis d'analyser leur fièvre comme une résurgence de rituels archaïques, où l'érotique ne convolait pas encore avec la cybernétique, ou plus modestement avec ce que Zola subsumait sous le Ventre de Paris.

Les baba cools ont été sex, drogues et rock & roll en beaucoup moindre degrée une ouverture spirituelle, j'y étais, (il n'y avait pas de demi-mesures) - dans ce sens nous avons tous enbourgoisie; alors, "give peace a chance" et "power to to the people" continuent à être de rigeur dans le sens de vouloir se libérer des contraintes paradoxales continues (ou ennuie) que l'on pourrait subir, inclues cellesqui viennent d'un usage hystérique de la langue elle même; les femex, crois-je, vont plûtot dans ce sens, le vouloir se libérer a travers la réposession du corps et révélant le beau à travers la sensualité; c'est là peut-être où Kundera se trompe; avec le nombrilisme, il désigne l'autoérotisme et l'autofélation pas la libération à travers l'amour comme catharsis qui restera fantaisiste sans aucune autre prétention, .. peut-être ce n'est-ce qu'une petite constipation pasagère?

Un témoin oculaire vaut plusieurs documentaires... Vivement le soulagement ! Mais la "constipation", se tournant pour le meilleur et pour le pire en son contraire... Avec toutes les logorrhées qui courent...

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  • 29/03/2014 16:52
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"Ce n´est pas le réverbère qui attire les insectes, c´est l´obscurité et le silence de la nuit qui les chassent"

 

 ( Le lampadaire de mon baigneur tatoué était plutôt un réverbère ...)

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   L'allumeur de réverbères

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  • 29/03/2014 17:36
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Bof! La nudité n'a rien de dérisoire, puisqu'elle effraye encore les hypocrites et les bigots, tous ceux qui veulent se pousser du col, qui veulent cacher l'être derrière le paraître. Pas étonnant que la nudité soit associer à la révolte. Pour les grecs de l'antiquité, paraitre nu en public était l'apanage de citoyens d'une société démocratique, contrairement aux sujets des empires asiatiques, dont le vêtement était le symbole de la soumission au despote.

Pour ceux qui sont fatigués de la vieille rengaine sur la décadence, je conseille la lecture de l'excellent essai de Nancy Huston: Professeurs de désespoir. Un antidote roboratif!

«Elles se dressent, souveraines et invisibles, tels les derniers témoins d’une Europe défunte

L'Europe très fière de se construire est déjà défunte. Et de quoi est-elle morte cette belle Europe ?

Elle morte de la maladie néo-libérale, que les Anglo-saxons perfides, car ambigüs (entre l'Europe et l'Amérique) lui ont imposée de force (la révision des référendums) sous la tutelle de nos imbéciles politiques.

«« L’insignifiance, mon ami, c’est l’essence de l’existence.» La fête de l'insignifinace !

Castoriadis avait raison . . on préfère croire que savoir . . mais on s'efforce néanmoins de l'un et de l'autre. On veut jouir de la Fête de l'Insignifiance mais n'est-ce pas déjà pour faire mine d'ignorer qu'elle est la Fête de l'Incontinence ? J'ai hâte de lire ce Kundera-là . . le roman peut nous éclairer, certes, "mais pas lui seul". On peut aussi partager la Fête des contingences dans l'Entre de Meillassoux, revenir faire l'idiot avec le double de Rosset, etc., etc., . . 

c'est insupportable, de référer à Castoriadis, le plus absolu des Tartuffe de la sociologie. 

Je n'ai pas fini de lire l'article, et encore moins le livre, bien sûr, mais tout de suite : il n'est pas insignifiant que, dans la nudité, ce soit précisément le sein et le nombril qui se montrent.

Le nombril n'est pas rien, n'est pas insignifiant : il montre que le cordon ombilical a été coupé. Cours vite, camarade, le vieux monde est derriére toi !

Quant au sein, qui a dit Es muss sein ? Muss es sein ! Les vieilles idoles sont tombées ? Il importe juste de ne pas les remplacer par de nouvelles. Et le vaste désert de "l'être au monde" apparaît, c'est en "Horeb", mais il y a un Roc à frapper, qui doit être frappé par Le Bégue.

 

Ps : "L'homme sans qualités" : plutôt "L'homme sans particularités", l'homme "de la masse", le politique de  on ne fonde pas une politique sur le mécontentement, pas plus en Kakanie qu'ailleurs. (Il y aurait beaucoup à dire, sot dit en passant, sur l'actualité de ce "Koenig und Kaiser". Un Tchéco-slovaque pourrait le faire. Plutôt un Slovaque qu'un Tchéque, d'ailleurs. Mais Kundera le fait-il ?)

Mais le confins sont des "finis terrae", les finistéres sont des caps qui donnent sur l'océan, l'horizon est toujours plus loin, mais il est toujours, il y a toujours un horizon (ça fait des millénaires que le soleil se couche d'un côté et se léve de l'autre. Il ne faut pas confondre sa propre fin avec la fin d'une histoire multimillénaire).

La fin de votre article me paraît très "parisiano-centrée", Christian Salmon. Ne savez-vous pas que
les grandes villes sentent la mort" (Rilke).

Je vous écrit du haut d'un marais, au milieu de "nulle part".

Très beau votre commentaire, le XVI° quatuor de Beethoven en ressort tout ragaillardi, en pointant ses deux tétons teutons : « Muss es sein ?», versus  «Es muss sein !».

Seuelement la petite histoire raconte que le vieux B. était devenu sourd autant qu'avare, (sinon fayot du Congrès de Vienne) et que sa femme de ménage (puisqu'il n'en avait pas d'autre) lui demandant un peu d'argent pour la cuisine, il répondait toujours ;  « Muss es sein ?» d'où le quatuor en question, plutôt sur le mode ironique.

Livre intéressant et brillante critique.

Ce rapprochement entre la nudité, le nombril et la révolution progressiste, est forcément pertinent, et Kundera touche certainement du doigt le vrai problème, entre vieillissement des êtres humains et des idéaux de notre vieux monde occidental confit dans ses pseudo-certitudes et son nouveau statut d'empire déclinant.  Affrontement d'égos sudimensionnés et de désir forcené de conserver un mode de vie énergivore et ressourcivore qui contraint nos dominants à assurer les ressources en asservissant d'autres nations, tout en nous vendant l'essor d'une démocratie qui recule dans nos pays sous les coups des néo-libéraux, tout en en gardant l'apparence formelle, le monde occidental n'est pas près de résoudre la quadrature du cercle.

Il va s'éteindre tout doucement, à la mode de Stefan Zweig, encore dans l'ignorance même de son effondrement.

Voué à la disparition de ses mythes fondateurs et à la violence la plus bête et la plus extrême.

Mais d'autres idéaux prendront la relève.

Il n'est pas encore trop tard, des chandelles brillent encore dans l'obscurité qui nous conduiront vers l'aube, mais il est plus que temps. Et Kundera, qui a déjà agité la flamme de l'espoir au coeur même du totalitarisme, est de ces bougies-la.

Qui l'écoutera ?

 

Seuls les opprimés peuvent se libérer. Les esclaves de Rome, les ouvriers de la Commune de Paris, les Viet-congs et le FLN des colonies, les Panthères noires des Etats-Unis, le MLF dont le combat se prolonge avec les Femen.

Les opprimés n'ont rien à attendre des politiques, jamais. Il me semble que c'est le message de Kundera dans "La Plaisanterie".

N'oublion pas que la révolution de 1789 est bourgeoise comme l'atteste l'article 2 de sa déclaration des droits de l'homme avec le "droit de la propriété". Je lui préfère la Commune de Paris comme référence. 

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  • 30/03/2014 13:19
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Non, Kundera n'a pas agité la flamme de l'espoir au coeur du totalitarisme bureaucratique. Et il ne soulève aucun espoir au coeur du totalitarisme marchand. Pour lui, ces régimes échappent à l'histoire. Il leur confère un statut métaphysique: la vérité éternelle de la condition humaine. De son point de vue, l'espoir n'est qu'une mauvaise plaisanterie.

Pourtant tout passe, même le capitalisme! Le stalinisme n'est plus qu'un mauvais souvenir. L'aliénation marchande s'effacera elle aussi. Quelque soit les aléa politiques - ici et maintenant, ils ne sont pas si terribles - le retour du printemps est porteur d'espoir, la vie une formidable aventure et les nombrils, les seins, les fesses sont si jolies au soleil.

Au fond, le nombril donne la proportion de l'homme des temps modernes. Quelque chose comme "un néant à l'égard de l'infini, un tout (qu'il se croit) à l'égard du néant, un milieu (tout petit milieu réduit à une tête d'épingle) entre rien et tout."

Le rouge, la révolte, la nudité, cela me rappelle une fête du PSU dont se souviennent peut-être certains des lecteurs de Mediapart. Une fête où des milliers de participants avaient déambulé pendant deux jours entre les stands, sexe à nu et poils au vent.

Et puisqu'il est aussi question de révolte, je suis perplexe. De quelle révolte parlons-nous encore aujourd'hui ? Après 1789, 1830, 1848, la Commune et Mai 68, qu'en est-il en France ? Les rares moments de révolte sont le fait d'ouvriers spoliés, condamnés au chômage perpétuel, qui n'ont plus que le saccage comme moyen d'expression et d'action.

En effet, l'essentiel de nos contestations est bien dérisoire. Du niveau de ces "like" qui consistent à cliquer notre "révolte", geste qui nous rabaisse au niveau de robots programmés par des organisations opaques. Pas de doute, nous sommes bien, du moins en Occident, du côté de l'insignifiant. Aux confins du néant.

Bravo, il y avait longtemps que je n'avais pas lu un aussi excellent article littéraire. Vraiment, bravo, Mr Christian. 

Ghislaine Redy

Cherchez l'intrus...

A Bandoeng, il y avait beaucoup trop d'hommes, certes, mais ils parlaient pour les femmes et les enfants (ils n'étaient que la quasi-totalité des hommes...).

Les vestales décharnées, plus maigrichonnes qu'obèses, que vous évoquez, nous racontent l'histoire des hommes et des femmes faits pour s'entretuer. Quel feu olympique !

Je constate qu'elles sont bien nourries et que leur aspect famélique ne s'aligne pas sur le look éthiopien : ni Rubens, ni Delacroix, ni Géricault (celui du Radeau de la Méduse), ni Giacometti... : elles pourraient tout juste animer des concerts pour la collecte des organes, la quête des dames patronnesses, le denier du pauvre version amour dépoitraillé, fesses crispées, nombril de lumière. Lorsqu'un Black Panther lève le poing un continent vacille. Lorsqu'une prêtresse du Rien, à la "fête de l'Insignifiance", entretient le feu sacré, un autre continent se rassure.

C'est toute la différence.

Kundera a au moins le courage de se moquer d'une décrépitude ontologique, là où on continue à l'animer de toutes ses flammes. Autrement dit, à tirer la couverture du côté où le dévoilement érotique (acharnement thérapeutique ?) n'est plus qu'un cache-misère, où le string rend la vie et l'espérance, où l'agessivité de la profanation, où la rage anti-phallocratique annulent les Bandoeng au profit des tankers et des think tanks. Toujours l'algèbre des dieux, la raideur des révoltes pour rire.

Qui voudrait se remettre en cause avec une femme qui a renoncé à la "fête de l'individuel, de l'inimitable" (Kundera dixit) ? Qui voudrait ne serait-ce que lui causer, sans se blanchir le bec, sans montrer patte blanche ? Nous sommes chez les "poètes" "pubards" (pubisards ?), au mess excentrique de la fesse-scie (voir étymologie), à la communion "hypo-héroïque" des "seins", des "blancs seings", ou n'ai-je rien compris à Salmon.

 Ai-je blasphémé ? Et "voilà pourquoi votre fille est muette" !

Ici, supplique pour une poursuite du débat qui n'en est pas un, mais qui me ravi entre Corcuff et Martine C, à partir de ce diable de Kundera, qui a tellement déçu l'intellintgensia économico-médiatico-littéraire française depuis 20 ans. Elle qui voulait en faire un Soljenitsine de la mitteleuropa, un Marek Halter du riche, un clown pour Radio Liberté, et qui s'est contenté d'être un Ecrivain, un vrai.Merci Médiapart
C'est fou comme ces temps ci les Kundera, Hugo, Chaplin, Pa Kin, London nous manquent ! Non ?
Que La Liberté aux seins nus vous guide en cette belle journée de Printemps. Mais, surtout devant Valls, Gattaz et BHL, gardez bien votre chapeau sur votre tête. Comme Kundera sur la photo. Et comme mon grand père romagnol en délégation chez les "Maîtres"

Comme il est tard déjà dans ce nouveau siècle qui ne fait pourtant que commencer...

Je vous réponds car, outre que je m'aperçois désignée, j'ai toujours été dérangée, dès le début, de ma lecture (1978) par l'instrumentalisation peu supportable que l'on fit de l'œuvre de M. K...

Cela m'a toujours profondément dérangée au sujet de beaucoup d'autres aussi.

Les invectives échangées entre Corcuff et moi (auxquelles j'ai eu sans doute le tort de céder) ne tiennent de rien d'intéressant ni de fructueux. Oubliez-les ! Car il y s'agissait, me semble-t-il, d'autre chose ( totalement étranger à la belle œuvre en question) et de parfaitement polluant, inintéressant et vain, de part en part : match nul.

Précisément pour ce que vous dites là :

<<<Ce diable de Kundera, qui a tellement déçu l'intellintgensia économico-médiatico-littéraire française depuis 20 ans. Elle qui voulait en faire un Soljenitsine de la mitteleuropa, un Marek Halter du riche, un clown pour Radio Liberté, et qui s'est contenté d'être un Ecrivain, un vrai.>>>

Cdt

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  • 01/04/2014 20:01
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J'ai découvert les livres de Kundera il y a longtemps et les ai dévorés. J'ai lu la suite avec un sentiment partagé. J'ai surtout apprécié tous ses questionnements et les réflexions qu'ils pouvaient inspirer au lecteur, mais au fil du temps, je trouve qu'il énonce plus qu'il ne suggère, qu'il laisse moins de place au lecteur pour suivre ses propres réflexions et son propre cheminement. 

 

Quand j'étais étudiante, avec des étudiants tchèques et français, nous avions fondé une association dont le but était de promouvoir des échanges culturels entre la France et ce qui s'appelait encore à l'époque la Tchécoslovaquie. Entre autre, chaque année au mois de novembre, nous organisions une semaine de velours pendant laquelle nous accueillions des tchècoslovaques, musiciens, photographes, écrivains, peintres etc

Une année, nous avions invité Milan Kundera qui avait décliné l'invitation, non pas pour un tas de raisons que nous aurions pu comprendre, mais parce que nous ne pouvions pas le payer assez cher...

Comme nous tous, cet homme est fait d'ombres et de lumières.

 

On dit qu'Adonis est avare, que Cioran était un misanthrope, que Victor Hugo négligeait sa femme (pour une fielleuse revanche de Sainte-Beuve), que c'était pire pour la femme et cousine de Gide, que Saint-John Perse et Claudel étaient jaloux de Victor Segalen et ne firent rien pour le faire connaître, et qu'Albert Cossery n'eut jamais la politesse de répondre à un courrier...

C'est comme ça. Ils nous aident à vivre. Leurs misères n'excusent pas les nôtres, et inversement.

Il y a les livres, heureusement.

Quelle valeur accorder à cette apologie de l’insignifiance : négation du sens (et non déprise transversale du sens) ? De la gratuité à l’insignifiance, le déplacement est métaphysique (non pataphysique) et révèle la volonté de persister dans l’abstraction. 

"volonté de persister dans l’abstraction"

Cela me semble tout le contraire.

"Quelle valeur accorder à cette apologie de l’insignifiance"

C'est - aussi - tout le contraire d'une apologie : c'est une simple alerte, discrète, réfugiée/retranchée dans une fiction romanesque, les seules qui vaillent en définitive. Alerte de quelqu'un qui n'a vraiment rien (plus rien tant est belle sa gloire) à prouver. Mais qui nous fait une offre avant de s'en aller. Ma reconnaissance sera sans limite...

Songez-y et relisez-le depuis les débuts si vous aimez les livres.

Sans dédain ni rancune aucune.

Kundera m'emmerde, j'emmerde Kundera, pourquoi réapparaît-il sur ma boîte à image ?

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Christian Salmon a été l'assistant de Milan Kundera de 1984 à 1987 à l'École des hautes études en sciences sociales (Ehess). Il a réalisé deux entretiens avec le romancier qui sont reproduits dans son livre L'Art du roman.

Chercheur au CNRS, auteur notamment de Storytelling – La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (2007, La Découverte), Christian Salmon collabore de façon à la fois régulière et irrégulière, au fil de l'actualité politique nationale et internationale, avec Mediapart. Ses précédents articles sont ici. En mai 2013, il a publié chez Fayard La Cérémonie cannibale, essai consacré à la dévoration du politique. On peut lire également les billets du blog de Christian Salmon sur Mediapart.