Sarah Haidar: «La littérature doit désarçonner»

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Rencontre avec une écrivaine algérienne, libertaire, féministe, kabyle, séditieuse et lyrique : Sarah Haidar. La Morsure du coquelicot, son roman à couper le souffle, chamboule toutes les idées reçues. Une prose stylistiquement galvanisante...

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Mediapart n’est pas peu fier de présenter l’une de ces pépites littéraires dont le Maghreb en général et l’Algérie en particulier ont le secret : Sarah Haidar. La Morsure du coquelicot (Éd. Métagraphes), roman d’anticipation de cette trentenaire anarchisante, solde tous les comptes possibles avec la stratocratie d’Alger, prête à n’importe quoi pour garder le pouvoir auquel elle se cramponne depuis 1962 : faire régner la confusion, la corruption, la consternation, quitte à nourrir le terrorisme qu’il lui faudra ensuite éradiquer.

La violence est partout, mimétique et constitutive, libératrice et persécutrice, palpable et fantasmagorique chez Sarah Haidar – mais une tendresse sans mièvrerie affleure à chaque page. Et chaque page sonne comme un hymne à la liberté. Une liberté à conquérir, chérir, garantir, soutenir et ravir. Une liberté féministe, libertaire et kabyle, qui ne sonne jamais creux mais se reçoit parfois comme une magistrale mandale, au détour d’une prose mêlant tortures, espoirs et sexe dans une énergie follement communicative.

Si l’Algérie n’est, officiellement, pas membre de la francophonie, Sarah Haidar incarne la seule francophonie qui vaille : bousculer la langue au lieu de la défendre et de l’illustrer telle une académicienne simplette. Et féconder un idiome fourbu – qui se contente trop souvent d’explorer des nombrils germanopratins flapis –, pour offrir un jaillissement de possibilités formelles, de révoltes logiques, de subversions politiques, morales et religieuses. Un français capricant, conquérant, résistant ; riche de risques et abondant d’accomplissements. De la littérature vivante et même sempervirente !

Jugez plutôt de cet art d’écrire, dans l’extrait que l’auteure a bien voulu nous lire au débotté : « Avril se vêtit de toutes les odeurs de la terre et, plus bas, une petite rivière où chantonne un merle, des chèvres repues remontant le ravin, un vestige de mausolée où des cigognes font l’amour, une orgie de couleurs forçant les fleurs ennemies à s’enlacer et, enfin, ce parfum envahissant du fumier, piégé dans un lyrisme qu’il a lui-même enfanté et qui le revisite à présent, gorgé de promesses dangereuses et de mortelles jouissances (…) »

Tout est flou dans votre roman : ni lieux, ni dates. Pourquoi un tel choix ?

Sarah Haidar : Je ne sens pas la nécessité d’emprisonner le lecteur dans un contexte géographique, historique, ou chronologique. La littérature est mon exercice de la liberté mais aussi celui du lecteur, ainsi délivré de toutes ces balises inutiles.

Moi-même, en tant que lectrice, je rechigne face aux romans pleins de descriptions, chargés de noms de rues ou de pays, le tout se voulant empreint d’une vertu pédagogique. L’essentiel me semble d’imprégner le lecteur d’une atmosphère allant de pair avec un propos, tout en le confrontant à une langue si possible réinventée au point de réinventer l’écriture romanesque. Cela peut paraître prétentieux : c’est avant tout un plaisir, mon plaisir…

La Morsure du coquelicot ne livre rien de but en blanc, cependant je n’ai cessé de dispenser des clins d’œil permettant au lecteur de s’approprier le roman d’une manière ou d’une autre. Les indices renvoient bien entendu à un contexte algérien, kabyle et saharien, mais j’ai la faiblesse de croire que cela reste un récit qui pourrait se passer n’importe où dans le monde.

Quel est le cheminement de ce livre ?

Il a été publié en 2016 aux éditions Apic, à Alger, une maison tournée vers l’Afrique et même panafricaine, qui existe depuis 2003, fondée par une archéologue de formation, Samia Zennadi, et un ingénieur électrotechnicien, Karim Chikh. C’est là qu’a été publié, en 2013, mon premier roman écrit en français, Virgules en trombe. Ces éditeurs respectent la liberté de création et ne pratiquent pas ce qui devient hélas courant un peu partout : revoir le texte avec l’auteur pour obliger ce dernier à procéder à de petites ou de grandes retouches, corrections, adaptations, réorganisations – termes ô combien étrangers à la littérature.

Comme La Morsure du coquelicot a été préfacé par le militant libertaire, poète, cinéaste, essayiste franco-grec Yannis Youlountas, le livre a fait son chemin de l’autre côté de la Méditerranée, dans les milieux anars. D’où l’intérêt manifesté par une nouvelle maison d’édition associative, indépendante – elle refuse les subventions publiques –, Métagraphes, créée en France par Dawud, Karima et Solen, qui se présentent comme « trois femmes queers noire, arabe et blanche ». Métagraphes se veut un « espace de résistance hybride », dont j’inaugure le catalogue en compagnie d’un recueil de poésie de Kiyémis intitulé À nos humanités révoltées. J’étais enthousiaste à l’idée d’être publiée, ici, par une telle structure qui entend révolutionner ce qu’on appelle désormais tristement « le marché du livre »…

Comment s’est fait chez vous le passage de l’arabe au français ?

Je suis depuis l’enfance imprégnée des beautés de la poésie arabe, de l’âge pré-islamique aux contemporains (Darwich et tant d’autres) en passant par les Abbassides. J’étais dans le sillage et sous l’égide d’un frère féru d’une telle littérature, mais qui fut contraint d’étudier la finance – alors qu’en tant que dernière enfant, j’ai eu pour ma part la liberté d’explorer un tel champ ; au point de le faire pour deux…

Mes trois premiers romans, en arabe, ont été marqués par un questionnement formel et une recherche esthétique : pourquoi écrire des histoires construites et claires ; simplement consommables ? Je me voulais plus libre et moins schématisée. J’ai donc écrit hors des codes. Mais alors pourquoi continuer sur cette lancée, qui risquait de s’ériger en norme ? Je ne voulais pas verser dans le quantitatif en poussant jusqu’au quarantième bouquin, ni même jusqu’au quatrième !

Pour ne pas tricher, pour ne pas me répéter, pour ne pas produire du réchauffé, j’ai donc migré vers d’autres esthétiques, d’autres possibilités littéraires : le français, dans lequel je baignais également depuis l’enfance. Et là aussi, ce fut un mouvement naturel.

Trouvez-vous une liberté en français que vous n’avez pas en arabe ?

Je récuse cette histoire de liberté qu’accorderait une langue plutôt qu’une autre. L’arabe m’a permis d’affronter tous les tabous possibles : il est déjà question de sexe ou de religion dans mes trois premiers romans. Et n’allez pas chercher du côté de la réception du public : il y a des bigots dans le lectorat arabophone comme francophone. Il y a des frileux des deux côtés, mais les deux langues, le français comme l’arabe, accordent des libertés extraordinaires. L’arabe est poétique, érotique, essentiellement sensuel.

« La diversité fait la richesse et non l’unité »

La littérature algérienne s’en ressent-elle ?

D’un point de vue thématique, la liberté est réelle. La transgression s’avère banale : on peut écrire sur tout. Le courage de la plume algérienne abordant des zones dangereuses relève du fantasme. C’est un faux mythe entretenu, en France, par les médias dominants qui fabriquent des héros, invités sur tous les plateaux pour prétendument pulvériser la chape de plomb – sans que ne soit jamais envisagée la qualité littéraire de tels écrits, qui en sont parfois dépourvus.

Si bien que les auteurs algériens qui acceptent ce cirque, ce casting occidental, ont aussi leur part de responsabilité en nourrissant les clichés, en jouant leur rôle qui leur assurera leur place dans l’industrie du livre. Ce ne sont plus des écrivains mais des reporters, censés rendre compte d’une prétendue réalité de la société algérienne – par ailleurs malade de ses traumatismes ou de ses paradoxes –, au lieu de défendre et d’illustrer la littérature algérienne.

De mon côté, la question n’est donc plus celle de la liberté mais de l’usage ou des mésusages qu’en font les créateurs. Sont-ils attachés à la liberté, d’un point de vue formel, au point de ne pas se préoccuper de la réception de leurs écrits ? La liberté suprême d’écriture, c’est de ne pas penser aux lecteurs ! Pourtant la littérature algérienne se laisse emprisonner, ou s’emprisonne elle-même, dans une espèce de moule induit par le regard de l’autre : ne surtout rien écrire qui puisse faire tomber le livre des mains du lecteur ; ne pas faire en sorte que le livre se vende mal ; pas de vagues, pas de style. Or lire, ce n’est pas retrouver ce qu’on a déjà lu. La littérature doit désarçonner.

© Mediapart

Votre français bouscule : il est polyphonique, gorgé de richesses, de rages, d’énergie, de lectures…

Il faut être gorgé de tant de choses pour écrire ! Comment pourrais-je me détacher de ce que j’ai lu ou vécu ? Tout cela vient de plus loin, ai-je la prétention de croire : quelque chose d’insondable sur lequel viennent se greffer mes lectures en arabe comme en français (Rimbaud, Saint-John Perse, Michaux…). Cela ne constitue pas pour autant l’inspiration : j’ai vraiment l’impression, quand j’écris, de partir du néant. Ou plus exactement de moi : c’est alors que je pétris et malaxe la langue. C’est violent à lire comme ce fut violent pour moi de l’écrire, loin de toute posture confortable. Je suis à chaque fois en bagarre avec la langue, tant je veux lui faire cracher de l’inédit.

Quand vous écrivez « l’appel originel de la tribu », est-ce une allusion au vers de Mallarmé : « Donner un sens plus pur aux mots de la tribu » ?

Je n’ai jamais lu Mallarmé, mais la littérature est pleine d’analogies magiques ! La tribu, c’est parce qu’il y a toujours une âme kabyle qui rôde dans mes livres. La tribu, c’est fondamental et pourtant pris en mauvaise part (voir l’adjectif « tribal »), surtout en Algérie où l’État-nation, fruit de l’indépendance, est glorifié – tout ce qui est tribal y est considéré comme arriéré. La dimension tribale m’apparaît au contraire totalement belle et totalement libre, surtout en Kabylie, qui a fonctionné pendant des siècles selon la démocratie directe, collégiale, sans chef.

Le propos de mon roman, qui tourne autour de la liberté radicale – donc de l’anarchisme –, s’appuie sur un pan renié de l’histoire de l’Algérie. Même mes amis, obnubilés par la dictature Bouteflika, ne comprennent pas mon attachement à ce legs libertaire kabyle, souvent considéré comme du folklore hors de saison. C’est à l’opposé un concept universel dans ses fondements, qui a existé et structuré la société kabyle – l’anarchie n’étant pas ce bordel total appréhendé par le sens commun, mais l’auto-gouvernance.

Vous insistez sur le cauchemar des généraux algériens en évoquant « la ténuité des soudures » de la nation et « sa redoutable prédisposition à l’éclatement ». N’est-ce pas souhaiter la désintégration de l’Algérie pour qu’elle redevienne, au meilleur sens, tribale ?

Exactement ! L’unité nationale ressassée à tout bout de champ est fictive en Algérie. C’est – paradoxe de la décolonisation – une importation du système jacobin français. Il suffit de parcourir le pays pour prendre conscience de l’inanité d’un tel modèle – qui n’existe pratiquement nulle part. Être soudés, unis, comme un seul homme, c’est impossible, en Algérie notamment où sévissent un racisme virulent et un régionalisme extraordinaire. L’unité nationale, fictive, se limite à la centralité du pouvoir et aux frontières physiques. Nous en subissons pourtant tous les désavantages : absence d’ouverture à l’Autre, mépris des différences.

Nous payons ce mimétisme qui a fait adopter à l’Algérie, dès l’indépendance, le modèle propre à la puissance coloniale française : l’immensité du territoire algérien, sa richesse culturelle et ethnique, sont devenues une menace pour le pouvoir du FLN. D’où cette centralisation autoritaire, qui n’a cessé de parer aux périls au lieu d’imaginer un gouvernement en adéquation avec la nature et l’histoire algériennes. La diversité fait la richesse et non l’unité.

En Kabylie existent certes des contraintes héritées du système tribal – sur lesquelles est venu de surcroît se greffer un islam traditionaliste –, mais cela n’a rien à voir avec les servitudes rencontrées dans les villes algériennes de l’intérieur, où je suis obligée quasiment de porter le voile pour circuler sans encombre.

« S’en remettre au sexe, c’est une forme de paresse »

Alger est-elle un monde à part ?

Alger, c’est la concentration fascinante de tous les paradoxes algériens. Un désir de liberté, charnelle en particulier, propre au monde méditerranéen ; et en même temps une bigoterie envahissante, un rapport névrosé à la femme et à son corps.

La femme algérienne a beaucoup trop supporté (dans le sens de subir) l’ordre moral et politique. Mais je refuse de la déresponsabiliser, dans la mesure où elle a supporté (dans le sens de soutenir) une telle organisation. La femme est la première responsable de sa condition à travers sa soumission au système patriarcal, qu’elle reproduit de surcroît : c’est elle qui élève les enfants, donc c’est elle qui fabrique les misogynes de demain, les futurs phallocrates.

J’ai néanmoins de la tendresse pour les femmes algériennes. Elles sont à la fois dans cette posture de soumises, maltraitées, à genoux et d’une force incroyable. Je pense en particulier aux femmes rurales de Kabylie, pendant la guerre puis après l’indépendance, faisant face à tout : le travail des champs, l’éducation des enfants, l’entretien de la maison, la misère ambiante et la mort qui ne cesse de frapper. Quel courage, utilisé comme une rustine pour la vie quotidienne mais pas pour régler l’immense question de l’émancipation féminine !…

© Mediapart

Vous passez, dans votre livre, d’une narration masculine à une narration féminine…

Ce basculement a lieu pour les besoins du roman, sans que je sois encombrée par le moindre système de quotas ou de parité ! La femme narratrice intervient comme une ancienne prostituée capable de relancer la révolution de ce roman d’anticipation, qui évolue alors de la fiction à la réalité. C’est évidemment politique, puisque je considère qu’une révolution ne sera authentique, réelle et digne de ce nom, que si elle passe par – tout en aboutissant à – l’affranchissement des femmes.

La femme a une part spécifique de souffrance dans l’acceptation de l’ordre établi, mais elle doit régler, au côté de l’homme, la question de l’oppression.

Le gland de l’homme – un gland métaphorique en forme de conscience et de boussole masculines – est omniprésent dans votre roman, davantage encore que le coquelicot…

Métaphorique, sans doute, et je ne dirai pas de quoi au juste, précisément pour respecter la liberté d’interprétation du lecteur dont nous parlions au début de cet entretien. Je prends du reste un plaisir malicieux à rencontrer toutes les différentes interprétations qu’incarnent les lecteurs, que je croise après la publication d’un livre.

Le gland part, cette fois, d’un véritable clin d’œil littéraire : au roman d’Alberto Moravia, Moi et lui, dans lequel le protagoniste discute continuellement avec son sexe.

S’en remettre au sexe, c’est une forme de paresse et de démobilisation, donc d’acceptation de l’ordre établi. Et j’en avais plus qu’assez, au moment où j’écrivais La Morsure du coquelicot, de l’acceptation, sous toutes ses formes, de ce que Cornélius Castoriadis, chercheur ultime de radicalités, appelait La Montée de l’insignifiance, c’est-à-dire le désengagement de l’action civique induit par la précarité, chez l’homme qui n’est qu’un animal paresseux. Castoriadis expliquait comment les mouvements sociaux finissent par nourrir le système contesté en lui permettant de survivre malgré la promesse de l’abattre : le capitalisme se serait effondré de lui-même sans les luttes des travailleurs qui l’ont amélioré de force…

Mais en quoi le gland s’est-il imposé en fil rouge ?

Quand on écrit, on est toujours dans une sexualisation du monde, dans une approche érotique : impossible de se départir du sexe, non pas en tant qu’élément racoleur ou au contraire tabou, mais en tant qu’énergie fondamentale. Le sexe est donc présent dans mes romans : pas seulement comme élément de plaisir, mais comme vertu créatrice et mobilisatrice.

Les lecteurs ont tendance à me sexuer en tant qu’écrivaine, mais je ne suis plus une femme quand j’écris. Je suis tout en même temps, donc les deux sexes à la fois. Et je ne fais aucun effort pour prendre la voix et le corps d’un homme – je ne suis pas en train de vous baratiner avec un discours mystique sur l’écriture : c’est ainsi ! Je ne passe pas de l’autre côté de la barrière des sexes : j’y suis déjà. À la limite, c'est mon gland qui parle…

J’ai pris la peau d’un homme et je suis aujourd’hui incapable de vous expliquer le déclic et la façon d’écrire qui s’ensuivirent. Le roman, l’homme et son gland ont une existence autonome. Ce sont presque des inconnus pour moi, d’où ma difficulté, non feinte, à vous répondre…

Je passe ma vie à refuser des rencontres et des tables rondes qui sexualisent à outrance, sur le thème : écrire en tant que femme dans le monde arabe. Déjà, « le monde arabe » est une expression toute faite qui m’énerve. Mais la « femme » qui se heurte forcément, en tant que femme, à je ne sais quels invariants : non et non ! De nombreux lecteurs me disent d’ailleurs que si mon nom n’était pas sur la couverture, ils auraient imputé mon texte à un homme. Il n’y a pas de territoire, de frontière, ni de sexe en littérature. Il y a des libérations, liées aux univers fonctionnels dans lesquels je privilégie le dépaysement et non l’identification.

Il y a chez vous une tension entre « le déracinement radical » et « l’inénarrable largeur des racines » : la liberté de circulation totale et cependant un certain respect des cadres…

J’ai traversé toutes les expériences : j’ai été algérienne, strictement kabyle, citoyenne du monde dans sa vision la plus radicale (sans citoyenneté ni appartenance), avant de me rendre compte que l’humain a besoin non pas d’attaches mais d’un attachement émotionnel. Et comme j’ai fait le tour de toutes ces émotions-là en demeurant insatisfaite, je suis revenue vers une appartenance que je n’ai pas choisie mais qui me convient. Parce que j’ai pris le temps de la réinventer, d’en faire le tri, de la transformer : la société kabyle, dont je n’accepte pas tout, bien au contraire, mais où je vois le germe de mon utopie.

J’y retrouve des gens que j’aime, qui m’ont inculqué le respect charnel de la terre, de la nature, de la beauté des montagnes. Ils m’ont appris à voir mais aussi à écouter. Comme je suis de nature un peu païenne, tout cela a fait écho en moi. J’aime nos manières de célébrer la vie, la mort, les mariages – même si les islamistes ont gâté les choses en prétendant imposer leur vision…

Mais je ne parlerais pas, pour autant, de respect des cadres dans ce qu’ils ont de contraignant : je suis faite pour voyager, pour me déplacer. J’aime la Kabylie mais je ne m’impose pas de m’y enterrer pour y développer la permaculture : je suis une citadine accro aux gaz d’échappement ! Et je suis, enfin, philosophiquement, à l’aise avec ce paradoxe en moi. Je l’assume et je m’en nourris. Mais je suis toujours prête à faire désenchanter ceux qui voudraient m’ériger en égérie kabyle, enchaînée à ses ancêtres, brandissant la supériorité de sa terre et de son peuple…

Cette Kabylie, qui a tout de même donné des auteurs majeurs à l’Algérie…

C’est effectivement une coïncidence extraordinaire – je refuse de verser dans une lecture génétique de la chose ! Il y a une pléiade d’intellectuels, d’artistes, de chanteurs engagés issus de la Kabylie. C’est peut-être une particularité des peuples autochtones de créer, quand ils n’ont pas la possibilité de se révolter autrement. L’art naît dans le chaos et s’en repaît. Comme le coquelicot, qui pousse partout, sur le fumier ou au bord des chemins…

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Sarah Haidar :

La Morsure du coquelicot

(Éd. Métagraphes, 156 p. 15 €)

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Cet entretien s’est déroulé dans les locaux de Mediapart lundi 26 mars, à l’occasion du passage à Paris de Sarah Haidar – La Morsure du coquelicot est sorti en librairies le 22 mars.

Les trois très courtes vidéos ont été tournées dans la foulée de l’entretien proprement dit, telles des vignettes indépendantes mais destinées à illustrer l’article.