Hirschhorn, Pussy Riots: le Palais de Tokyo en alerte !

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Depuis sa réouverture, le Palais de Tokyo résonne de la fureur du monde: à l'entrée, le groupe punk rock Pussy Riots est à l'honneur tandis que leur procès s'est ouvert en Russie, mobilisant jusqu'à Paris ce samedi après-midi. Au sous-sol, la Triennale Intense Proximité est marquée par une vidéo de Thomas Hirschhorn qui confronte notre regard avec des images insoutenables de corps détruits. Entretiens vidéos.

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Dans une salle noire et silencieuse, sur écran géant, est projetée, en couleur, une rafale de photographies de corps détruits qui défilent sur un écran numérique au rythme d'une main qui zoome les blessures mortelles, d'un geste Apple très dominant. Puis les zappe, insensible.

Touching Reality (2012), vidéo de 6 minutes projetée au Palais de Tokyo à l'occasion de la Triennale Intense Proximité, surexpose la violence contemporaine du monde dans sa version la plus crue. Une violence que l'artiste nous force à affronter, ou à fuir. Quitte à régler nos comptes avec nos tripes ou notre conscience, à la sortie. Thomas Hirschhorn explique dans cet entretien vidéo, pourquoi il est important aujourd'hui de montrer des images de corps détruits.

Le corps et sa destruction sont au cœur du travail de Thomas Hirschhorn. Une œuvre radicale, précaire, cultivée, engageante, faite de chair, d'os, de plastique, de scotch, de matériaux de récupération, de photographies amateurs et anonymes et d'inscriptions majuscules à la bombe de peinture. Sans pudeur, l'artiste rend visible la gangrène de notre monde, son autodestruction. À l'heure de la guerre « zéro mort », Thomas Hirschhorn associe des images où les corps mutilés baignent dans le sang et tachent les vêtements en lambaux. On ne saura rien sur ces corps, à égalité dans la destruction. Ni bon, ni mauvais : la justice n'a rien à faire ici, et la géopolitique est hors-sujet. 

Conservant sa complexe recherche de l'énergie plus que de la qualité, les images récupérées par Thomas Hirschhorn sont pixellisées, floues, mal cadrées, et peut être manipulées. Photos-témoignages prises aux smartphones, par des amateurs, ces images pullulent sur le net, et n'ont pas les honneurs de la presse. Le règne du factuel, du photojournalisme embedded est dans le viseur de l'artiste. Les médias publient des reportages comme des vérités irréfutables, Thomas Hirschhorn interroge leur objectivité, leur raison d'être. Une résistance à ce qu'il appelle « l'icônisme », cette recherche d'images qui esthétisent la guerre devenue irréelle et lointaine. L'artiste pique au vif  notre « hyper sensibilité » (« il s'agit de préserver son confort, son calme et son luxe »). Peu de gens restent jusqu'au bout de la projection, en boucle. « L'acte incommensurable n'est pas de regarder, ce qui est incommensurable est d'abord que cela soit arrivé. »