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Mediapart jeu. 28 juil. 2016 28/7/2016 Dernière édition

Discours d'investiture

5 janvier 2012 |

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Je viens vous parler de la France, de ce qu'elle subit, de ce qu'elle attend, de ce qu'elle espère. Je viens vous parler de la France durement touchée par une crise provoquée par l'irresponsabilité de la France aggravée par la faiblesse de nos gouvernants. Mais je viens vous parler de la France qui a tant de force en elle-même, tant d'atouts disponibles qu'elle sait mériter un autre destin si nous lui proposons un autre chemin.

Je veux d'abord vous saluer, vous les militants, vous les élus, vous les dirigeants de cette grande formation qu'est le Parti socialiste. Mon parti. Un parti qui a une grande histoire. Plus d'un siècle. Un parti qui a contribué à l'affirmation de la République, qui a fait avancer le progrès social, pris des décisions courageuses pour les libertés, qui a servi la France et construit l'Europe.

Un parti qui a toujours su se dépasser, se changer pour être davantage lui-même. Un parti capable d'inventer, d'innover, d'imaginer la démocratie de demain.

Nous l'avons montré avec les primaires citoyennes. Ce défi qu'il s'était lancé à lui même, qu'il a su relever. Et avec quel succès, 3 millions de votants, deux dimanches de suite et une organisation aussi transparente qu'incontestable.

Cette réussite, nous la devons à ceux qui en ont eu l'idée, aux adhérents qui ont su abandonner un pouvoir, celui de la désignation du candidat pour le confier à tous les citoyens. Nous la devons aux sympathisants qui ont tenus méticuleusement les bureaux de vote. A la direction du Parti socialiste. Martine Aubry qui l'a engagé. Harlem Désir qui l'a mené à bien.

Ma gratitude va aux candidats.

Jean-Michel Baylet qui a permis au Parti radical de gauche d'être associé au processus, Manuel Valls qui représente une nouvelle génération qui a soif d'action, Arnaud Montebourg qui a installé des thèmes forts dans cette campagne, Ségolène[1] Royal qui a inspiré tant d'approche nouvelles et Martine Aubry dont j'apprécie la force de conviction et la loyauté. Ils ont ouvert une époque nouvelle dans la vie politique. Les primaires citoyennes ne resteront pas sans lendemain, ni ici, ni ailleurs.

Nous ouvrons aujourd'hui une phase nouvelle qui n'aura rien à voir avec celle qui s'achève. Nous changeons d'enjeu. Nous étions dans la pluralité. Nous sommes désormais dans l'unité. Nous étions entre nous, nous sommes tournés vers les Français. Nous étions dans le débat. Nous sommes dans le combat. Le combat, contre la droite et l'extrême droite. Le combat pour le changement, le combat pour la victoire.

Je mesure l'honneur qui m'est fait. Je prends la dimension de la tâche qui m'attend. Je devine l'espoir qui vous anime. Cet espoir me porte, et m'oblige.Vous m'avez investi d'une mission, la plus belle qui soit pour un socialiste, celle de faire gagner la gauche, celle de faire réussir la France.

Depuis mon premier engagement, j'ai voulu représenter mes concitoyens. Pendant plus de dix-ans j'ai dirigé notre parti. Depuis des mois je poursuis inlassablement une démarche de candidature qui me conduit jusqu'à ce moment, celui de l'investiture Je me suis minutieusement préparé. J'ai parcouru la France. J'ai perçu la voix d'un peuple blessé par tant de promesses fallacieuses, tant d'inégalités injustifiées, tant d'humiliations insupportables.

J'ai entendu la plainte des ouvriers, brisés par l'injustice de décisions qui les frappent motivées par le seul profit. Des employés, qui expriment, parfois dans la honte, leur souffrance au travail, celle des agriculteurs qui travaillent sans compter leurs heures pour des revenus de misère, celle des entrepreneurs qui se découragent faute de pouvoir accéder au crédit, celle des jeunes qui ne sont pas reconnus dans leurs droits, celle des retraités qui craignent, après les avoir conquis, de les perdre. Celle des créateurs qui se sentent négligés. Bref, la plainte de tous ceux pour lesquels nous luttons, nous les socialistes.

J'ai saisi le désarroi de tous ceux qui aiment leur pays et qui s'affligent de le voir dégradé, affaibli – et parfois moqué - par une politique improvisée, incohérente et parfois burlesque.

Mais, j'ai perçu aussi la vigueur de nos potentiels, notre vitalité démographique, nos savoirs-faire, nos services publics, notre recherche, nos territoires, notre jeunesse, notre diversité, notre culture, notre langue. Bref de toutes les ressources qui font que nous sommes la France.

C'est l'appel de tout un pays qui s'adresse à nous, il attend un acte fort, une vision pénétrante, un projet collectif pour ré-enchanter le rêve français. Là est ma mission.

Souvent la France s'est retrouvée au premier rang des Nations, souvent elle a donné l'exemple.

Ce temps peut revenir. Nous avons su surmonter des épreuves bien plus redoutables, nous sommes un grand peuple plein de lucidité et de courage. Les valeurs de la République ne sont pas un fardeau mais un levier dans la mondialisation. Notre pays recèle d'initiatives, d'engagements, d'investissements encore trop retenus. Le sursaut est possible. Chassons les divisions, les stigmatisations, les dénigrements, proposons un rassemblement autour de la réussite de la génération qui vient, de sa place, de sa promotion, des conditions de son plein accomplissement.

Je dis le rêve français. Et à l'énoncé du mot, j'entends les sarcasmes de la droite : « on ne fait pas la politique avec du rêve ». Surtout avec le bilan qu'elle nous laisse. Et pourtant me revient une belle phrase d'un ancien président de la République : « les gens veulent que leur histoire leur ressemble ou au moins qu'elle ressemble à leurs rêves ». Voilà De Gaulle qui leur répond.

Mon histoire personnelle se confond avec la gauche.

J'ai découvert la politique, à l'heure de la première élection présidentielle au suffrage universel, celle qui opposait le jeune François Mitterrand, au pouvoir personnel et finissant du général de Gaulle. Mitterrand, c'était la gauche qui se réveillait. De Gaulle, c'était le rêve de la grandeur, contrariée par une bourgeoisie étriquée, sur laquelle il s'appuyait à contre-coeur. La France était alors une société corsetée, autoritaire, archaïque. Les piétons de mai 68 qui marchaient la tête dans les étoiles l'avaient compris. Leur utopie, c'était celle d'une société fraternelle qui puisse respecter l'homme et la nature, et refuse de faire de la prospérité matérielle la mesure de toute chose.

Nicolas Sarkozy voulait en finir avec mai 68. Quelle faute que de vouloir occulter les aspirations de la jeunesse !

Déjà en ce temps-là, elle croyait qu'un autre monde était possible. A toute époque, il convient d'entendre les indignés. Celui qui les néglige, celui qui les rejette, devient un conservateur.

Je garde mai 68 en héritage, sans rien ignorer de ses excès, de ses illusions, de ses chimères. J'ai toujours vénéré la démocratie, c'est pourquoi je me suis tourné vers le socialisme français, celui de l'égalité dans la liberté, celui qui veut tenir les promesses de la République..

J'ai adhéré à l'union de la gauche, j'ai vécu, jeune militant, cette longue marche qui a conduit à la victoire du 10 mai, quand le temps de la responsabilité s'est soudain ouvert devant nous.

La Gauche au pouvoir a transformé notre pays. Elle n'a pas tout réussi, elle n'a pas tout entrepris. Elle voulait changer la vie, la vie l'a changée. Mais elle a su moderniser le pays, engager le progrès, élargir les libertés, elle avait du courage : souvenons-nous de l'abolition de l'a peine de mort. Elle a fait honneur à la République, elle a fait honneur à la France.

Tout comme l'a fait 15 ans plus tard Lionel Jospin, devenu Premier Ministre, à la suite d'une dissolution hasardeuse. Lionel Jospin, que je salue ici. Lionel Jospin, auprès de qui j'ai appris la solidité du raisonnement, comme la clarté des choix et le sens de l'Etat. Je salue tous les anciens Premiers Ministres présents ici : Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Michel Rocard, Edith Cresson. J'ai une pensée pour Pierre Berégovoy. La France ne serait pas ce qu'elle est sans eux.

J'ai dirigé 11 ans le Parti socialiste. J' ai passé six ans dans l'opposition. J'ai appris l'intérêt du travail collectif. Le dévouement pour une cause commune, la vertu du débat, la recherche d'une synthèse forte les idées et l'exigence du rassemblement. J'ai tiré toutes les leçons, je sais le bonheur de l'unité, et je connais les désastres de la désunion que ce soit les socialistes ou dans la gauche. Je sais ce que je dois à la Corrèze, elle m'a accueilli il y a trente ans. Elle m'a donné ma légitimité et ma force. J'y ai tout conquis, tous les mandats possibles. Elle m'a fait confiance, m'a conduit jusqu'ici. J'ai reçu d'elle le message de l'humilité à l'égard des autres, mais aussi l'ambition d'un territoire qui croit à la promesse républicaine.

 

Je parle de notre Histoire, c'est à dessein car nous venons de très loin. Tous nous sommes les continuateurs d'une oeuvre. Nous sommes les héritiers d'un combat, celui de la gauche - avec ses grandes figures Jaurès, Blum, Mendès France, Mitterrand, les héritiers d'une épopée, celle de la République – Gambetta, Ferry, Clémenceau. Celle qui a failli sombrer , celle qui a été sauvée par Jean Moulin et de Gaulle, les porteurs d'un destin commun, celui de la France, celui des illustres comme des anonymes, celui des Français de toujours comme celui des Français venus de toutes parts.

Chers amis, jamais la Gauche ne s’est présentée devant les Français avec des chances sérieuses de l’emporter dans un contexte aussi exceptionnellement grave.

Une crise financière qui, loin d’avoir été maîtrisée depuis le dérèglement des subprimes de l’été 2007, s’est intensifiée au point de menacer désormais les capacités d’emprunt de la plupart des pays européens et de mettre en demeure les banques d’une recapitalisation à laquelle bon nombre peinaient à faire face.

Un ralentissement économique voire une perspective de récession en 2012 dès lors que les plans d’austérité s’ajoutent aux plans de rigueur pour combler des déficits de plus en plus élevés faute de recettes fiscales suffisantes.

Une perte de compétitivité de l’Europe liée à la désindustrialisation subie depuis 20 ans, du déclin de l’investissement et du relâchement de l’effort de recherche.

Enfin, une situation sociale de plus en plus tendue avec un chômage proche de 10% de la population, une précarité accrue et un creusement vertigineux des inégalités.

Les droites sont forcément concernées par ce terrible constat, parce que que ce sont elles qui sont aux pouvoirs dans 21 pays sur 27 en Europe. La rigidité de la position allemande ajoute encore à la difficulté.

Mais Nicolas Sarkozy a fait preuve d’un optimisme bien déplacé lorsqu’il a prétendu à chaque sommet, que ce soit au G20 ou au Conseil Européen, que la crise était réglée, que la Zone Euro était stabilisée, que la Grèce était sauvée, quand à chaque étape, le répit n'aura duré que quelque jours et que la violence infernale de la spéculation a repris de plus belle.

Il se sera trompé de diagnostic sur la finance privée dont il a pensé que le sauvetage des banques sans contrepartie suffirait à les domestiquer. Il se sera trompé de thérapie sur les dettes souveraines dont il a voulu surtout protéger de toute contribution le secteur privé au point aujourd’hui d’être dans une impasse, faute du consentement de Mme Merkel à faire éponger les dettes des Etats par le fond de stabilité financière.

Je souhaite, parce que j’ai le sens des responsabilités que demain un accord soit trouvé. Il nous est dit qu’il faudra sans doute attendra mercredi. Va pour mercredi. Mais que de temps perdu, que d’annonces précipitées,  que d’improvisations coûteuses, que d'incompréhensions fâcheuses,  que de diplomatie approximative ; que de manquements face à la gravité des temps.

Et le Président sortant nous parle d’expérience !

Quelle prétention !

Impuissant à régler la crise, voilà que Nicolas Sarkozy s’en fait un argument pour justifier une nouvelle candidature. 

Voilà leur grande affaire. Voilà leur grande excuse. Voilà leur paradoxe.

Il a échoué pendant 5 ans. Mais il serait le seul à pouvoir réussir !

Le seul capable d'être Président au simple prétexte qu’il l’est déjà. Il fallait y songer. Pour être Président, il faudrait désormais l’avoir été. Pour entrer à l’Elysée, il faudrait en sortir. Voilà qui limite le nombre de candidatures.

Mais d’où vient cette arrogance ? Cette suffisance ? Cette insolence ?

Celle des conservateurs, qui seraient nés pour. commander, pour servir le marché, pour présider. Eux seuls seraient légitimes. 

Et pourquoi donc ce privilège ? Au nom de quelle compétence ? Parce que la droite saurait gérer. Mais parlons en de sa gestion. À la fin du mandat de Nicolas Sarkozy, la dette publique se sera alourdie de 700 milliards.  La sécurité sociale aura accumulé 135 milliards de déficits. Le commerce extérieur affiche 75 milliards de découvert. La croissance sera d’à peine 1%. Les prélèvements obligatoires se seront alourdis de 40 milliards. Et c’est ce que la droite appelle une « valeur sûre ».

À les écouter, leur général a été vaincu sur tous les fronts, mais il doit encore commander. Le capitaine a mis le vaisseau sur les récifs, mais il doit rester à la barre, même si la mer s'est retirée. Le passeport pour la réussite, ce serait l’échec ; la preuve de la compétence, ce serait le fiasco, curieux critère. A quand comme dans certaines multinationales indignes, les stocks options pour le Président qui met son entreprise en faillite et des retraites chapeau pour ses ministres ! Bref la droite compte sur la crise pour se sauver. Moi je propose que les Français comptent sur la gauche pour les sauver de la crise.

Alors pour effrayer les électeurs sont agitées les menaces de notre prochaine arrivée au pouvoir. Et voilà que dans l'hypothèse où les agences de notation venaient à dégrader la note de la France, ce serait de notre côté qu’il conviendrait de chercher les coupables. Faute de pouvoir mettre en cause les prédécesseurs, ils sont là depuis 10 ans, nos gouvernants iraient jusqu'à dénoncer leurs successeurs. Pitoyable entreprise venant de piètres gestionnaires transformés en syndics de leurs propres faillite.

Ce n’est pas notre projet qui coûte cher. Nous ferons justice de ces caricatures lorsque je présenterai ma plate-forme présidentielle. C’est leur politique qui a épuisé le pays, qui a tari les recettes fiscales en donnant aux plus riches, qui a imprudemment multiplié les niches fiscales pour servir autant de clientèles. Qui a renoncé à équilibrer les comptes sociaux faute d’assumer un prélèvement supplémentaire ? Qui a accordé aux grandes entreprises des avantages indus ?

Mais le mal est plus grave. Car dans l’héritage qui nous sera légué, il y a le discrédit qui touche à la parole politique, la suspicion sur l’exemplarité de l’Etat, le doute sur l’indépendance de la justice, les manquements aux règles, la protection des amis, la confusion des intérêts, la connivence avec l’argent, l’indécence des rémunérations. Bref, tout ce qui nourrit la résignation civique ou la colère haineuse.

Que de promesses bafouées ! Il devait être le Président de ceux qui travaillent plus pour gagner plus. Il a été le Président de ceux qui gagne plus sans travailler. Il devait être le Président de la rupture. La seule qu’il aura réussie est celle avec les Français. Il devait être le président d’une république irréprochable. Il est celui d’une république irresponsable qui se méfie de tout, des juges, des journalistes et d'eux-mêmes.

Il est temps de choisir une autre voie. Il est temps de choisir une autre politique, une autre équipe, une autre majorité. Il est temps de choisir un autre président. 

Je viens vous parler de la France d'aujourd'hui. 

J'ai choisi de me présenter armé de quatre principes :

 

- La vérité

Je n'entends rien cacher de la réalité qui est là et des difficultés qui s'annoncent. Je ne multiplierai pas les propositions à mesure de mes rencontres avec les catégories         qui chacune se considère comme prioritaires.

 

Je n'ignore rien des urgences : emploi, logement, santé, école, environnement, mais je n'empilerai pas les réponses convenues à coup de milliards dont nous cherchons encore le premier euros. Je ne serai pas un candidat prestidigitateur. Je ne serai pas le président qui viendra devant les Français six mois après son élection pour leur annoncer qu'il doit changer de cap, qui reniera ses promesses en découvrant avec effroi que les caisses sont vides. Les Français sont lucides, ils préfèrent des engagements forts sur l'essentiel qu'un catalogue de revendications sur tous les sujets. Je veux gouverner dans la durée sur la base de la vérité. Là est notre crédibilité. Là est notre expérience.

 

- La volonté

Certains redoutent, disait Pierre Mendès France, « qu'un langage loyal et ferme sur la situation n'entraîne le découragement ; c'est qu'ils n'ont pas la foi dans la volonté de la Nation à se redresser ».

La volonté, il en faudra pour rétablir les comptes publics, mettre de l'ordre dans nos finances sociales, redresser la croissance, soutenir l'emploi. La volonté, il en faudra pour donner confiance aux entrepreneurs, aux salariés, aux fonctionnaires, aux chercheurs. La volonté, il en faudra pour réduire les inégalités, répartir différemment les richesse. La volonté il en faudra pour réussir la transition énergétique. Mais la volonté il en faudra surtout pour réformer la finance, pour désigner les responsables, affronter les coupables et mettre un terme aux dérives de l'argent. Les réformes nous les connaissons et nous les proposons sans relâche : une taxe sur les transactions financières qui ralentisse le va et vient des marchés, une agence européenne de notation ; des règles prudentielles contraignantes qui limitent le risque couru par l'épargne, une séparation stricte entre les activités de banques qui distribuent du crédits et celles de placements aux investissements spéculatifs. Et un contrôle sur les établissements financiers eux-mêmes, surtout s'ils demandent une participation des pouvoirs publics à leur renflouement ; leur activités est devenue trop sérieuse pour être laissée aux seuls banquiers.

 

- La justice

La dette publique est une menace pour notre avenir et notre souveraineté. La charge des intérêts est devenue le premier budget du pays. Nous devons réduire les déficits que la droite nous aura laissés. Nous le ferons sans étouffer la croissance sinon nous n'y parviendrons jamais. Cet effort ne sera consenti que s'il est justement partagé. Si l'injustice préside aux réformes, si les puissants échappent par mille biais aux contributions communes, alors les Français, et ils auront raison, refuseront de participer au redressement. D'où la réforme fiscale que je propose depuis deux ans ; un impôt sur le revenu unifié et progressif qui porte le sacrifice sur ceux qui sont le plus capables de le supporter. Une assiette nouvelle pour les cotisations sociales qui favorise la production et l'emploi et qui dissuade la pollution et la consommation d'énergie. Un allègement d'IS pour les entreprises qui investissent, un relèvement de taux pour celles qui distribuent leurs profits ; une révision de la fiscalité des territoires et une évaluation stricte de ces niches innombrables et baroques qui sont autant de refuges pour des privilèges injustifiés.

 


- L'éspérance

Qu'est-ce que la gauche, sinon le refus de la résignation, de la fatalité, du découragement, qu'est-ce que la gauche finalement, sinon la promesse républicaine enfin tenue. Qu'est-ce que la gauche sinon la voix la plus rapide pour traduire en acte le rêve français. Celui qui permet à la génération qui vient de vivre mieux que la nôtre. Celui qui transmet le flambeau du progrès à la jeunesse impatiente, celui qui donne à la Nation française sa fierté d'avancer, de dépasser ses intérêts et ses catégories d'âge et de classes pour se donner un destin commun qui nous élève et nous rassemble.

Cette espérance n'est pas vaine. Elle est le fil qui renoue le récit républicain. Elle n'est pas inaccessible dès lors que nous mobilisons les forces pour le redressement, dès lors que nous engageons cette alliance entre les citoyens, les entreprises, les collectivités locales et l'Etat pour porter un projet durable. C'est la raison pour laquelle j'ai proposé que la France se retrouve autour de plusieurs pactes :

 

         - Le pacte productif

Il est loin le temps où les socialistes se souciaient de redistribuer plutôt que de produire. Et nous l'avions oublié,  la croissance anémiée, l'industrie diminuée, la base productive réduite que nous laisse le Président sortant nous aurait convaincu qu'une croissance forte est la condition de notre redressement.

Mettre la finance au pas c'est nécessaire pour mettre l'économie réelle en mouvement c'est indispensable pour l'emploi, le pouvoir d'achat, le développement durable. Le pacte productif est une stratégie offensive. Il repose sur l'investissement, sur la connaissance, la recherche et sur la formation. Bref tout ce qui permet de produire mieux. Le pacte productif est la condition de la croissance, mais une croissance juste, harmonieuse, respectueuse du travail et de la nature. Une croissance qui fait le pari de la technologie, de l'innovation,de l'élévation des qualifications et non de l'abaissement des droits et de la compression des salariés. L'Etat efficace et stratège que nous voulons, soutiendra les pôles de compétitivité, organisera la transition écologique, favorisera la conquête des marchés par les grands groupes, assurera le développement des PME qui sont l'armée valeureuse de la production, le siège de l'innovation et un gisement considérable d'exportation. Une fiscalité réorientée vers l'investissement et adaptée aux PME, une banque publique d'investissements telle que le propose le projet socialiste, un nouvel instrument d'épargne, le livret de croissance, seront les outils de ce pacte productif.

Faut-il encore être clair par rapport à la mondialisation. La France n'a pas d'avenir dans l'isolement et elle a tout à gagner des échanges, mais si son économie comme celle de l'Europe doit être ouverte, elle ne peut être offerte. Toute compétition doit avoir des règles. La liberté n'est pas la naïveté. L'échange ne vaut que s'il est équilibré que si la valeur des monnaies reflète l'état de leur   économie, que si les normes environnementales et sociales sont respectées, que si notre appareil productif n'est pas placé dans une situation structurel d'infériorité. Aux frontières de l'Europe nos productions doivent être traitées avec équité sans qu'une concurrence déloyale vienne provoquer les délocalisations dramatiques qui justifient la colère des travailleurs. Nous devons être les meilleurs dans la mondialisations et non les plus frileux. Nous devons lever les voiles et non sonner la retraite. Mais nous refuserons les déséquilibres vertigineux des soldes commerciaux, les manquements aux règles de la réciprocité, les compétitivités gagnées sur le saccage de l'environnement, le bradage du travail ; c'est ce que nous appelons le juste échange.

 

         - Le pacte éducatif

C'est à dire la priorité à la jeunesse. J'ai entendu les sarcasmes des esprits chagrins. La jeunesse ce n'est pas un programme, c'est une évidence. Mais si c'est une évidence, pourquoi est-elle si mal traitée ?

150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans aucun diplôme. Le taux de chômage des moins de 25 ans dépasse 20%, 40 % sur les quartiers populaires. Un jeune sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. La majorité des salariés embauchés en intérim ou en CDD a moins de 25 ans.

A sa jeunesse la France réserve aujourd'hui le chômage de masse, les stages interminables, un impossible accès au logement et l'humiliant refus de l'autonomie quand ce n'est pas la discrimination et la relégation. Il est temps que cela cesse. Il est temps que soit réparée cette injustice. Il est temps que la jeunesse revienne au coeur des priorités publiques, c'est l'enjeu majeur des années qui viennent. Mon quinquennat n'aura un sens que si au bout de cinq années d'un effort continue et opiniâtre, la jeunesse de notre pays retrouve confiance dans l'avenir et une place dans le présent. L'effort doit commencer dès la petite enfance quand tant de choses se jouent, quand tant d'inégalités naissent pour ne jamais disparaître. Nous accueillerons plus tôt les enfants en ouvrant sur le quinquennat 500 000 places d'accueil sous toutes ses formes, ainsi qu'une école du premier âge pour soulager les jeunes ménages, pour permettre aux enfants de réussir tous cette première entrée dans la vie. Nous embaucherons 60 000 professeurs, éducateurs et professionnels de l'enseignement dans le cadre d'un plan pluriannuel sur cinq ans. Que de tumultes autour de cette proposition. On aura tout entendu. Pourtant ces moyens nouveaux sont un préalable décisif ; il nous permette de conclure un contrat nouveau avec les enseignants, la définition d'un socle de connaissances, une réforme des rythmes scolaires, une refonte des conditions de travail, et un rétablissement de la formation des professeurs. L'Education est ma priorité : j'en tire les conséquences. L'argent dépensé ne le sera pas ailleurs. Les efforts budgétaires correspondants seront dégagés avec énergie et décision. L'avenir est à ce prix.

La formation, le diplôme, évidemment ne suffisent pas. Il faut aussi organiser l'entrée dans la vie de la nouvelle génération. Il y a pour le secteur public et associatif les emplois d'avenir qui indisposent tant la droite mais qui ont fait la preuve de leur efficacité. J'y ajoute le contrat de génération dans les entreprises : il ne s'agira pas du énième dispositif jeune, qui chasse les autres catégories du marché du travail et qui multiplie les effets d'aubaine. Il s'agit au contraire d'une belle idée, d'une grande idée : fonder l'alliance des âges au travail, réaliser l'union des générations. Le système est simple : un employeur qui accepte de garder un senior le temps qu'il accède à une retraite décente et qui en même temps embauche un jeune sera exonéré de toute cotisation sociale.  Finis les systèmes particuliers, les primes, les dérogations, les avantages. Un encouragement égal et clair à l'intégration de ceux qui sont aujourd'hui les plus touchés par le chômage, les moins de 25 ans, les plus de 50 ans, exclus aux deux bouts de la chaîne d'une vie normale et décente. Une aide décisive au maintien et à la création des emplois. Un espoir enfin pour les jeunes et pour leurs parents. Et le financement sera trouvé dans les exonérations actuelles de cotisations sociales (25 milliards) aujourd'hui accordées sans aucune contreparties.

La priorité à la jeunesse fonde une politique, elle décrit le chemin, elle ouvre l'avenir.

 

         - le pacte démocratique

Depuis cinq ans la République a été amoindrie, abaissée, abîmée. La présidence Sarkozy aura été celle de tous les excès : dévoiement de nos institutions, captation du pouvoir, relégation du parlement, irrespect des partenaires sociaux, ignorance des territoires et de leurs représentants. Le passage en force a été la seule méthode : retraite, réforme territoriale, Justice. L'administration a été regardé comme une obligée, la magistrature comme une menace et les fonctionnaire comme une charge. L'identité nationale a été utilisée pour désunir. Les Français ont été distingués selon l'ancienneté de leur appartenance à la communauté nationale, les étrangers ont été mis au régime de la suspicion. Et la laïcité qui nous rassemble tous a été la victime des approximations verbales et des accommodements dangereux de celui qui devait en être le garant. D'où la défiance qui s'est imposée  à l'ensemble de la société. Il nous faudra reconstruire une nouvelle République.

 

* Une République exemplaire

Tout commence par la responsabilité. Celle du Président de la République avec le statut pénal du chef de l'Etat, avec l'indépendance de la magistrature, avec la fin des nominations discrétionnaires pour composer des autorités indépendantes et pour diriger l'audiovisuel public. L'exemplarité c'est ce qui permet le respect de la règle, l'autorité, l'ordre républicain indispensable au vivre ensemble.

 

* Une République moderne

Avec la fin du cumul des mandats et l'introduction de modes de scrutins garantissant le pluralisme, la parité et permettant l'exercice du droit de vote pour les résidents étrangers aux élections locales.

 

* Une République contractuelle

Un homme seul ne peut pas décider de tout, sur tout, pour tout. Un pouvoir même légitime ne peut s'arroger le monopole de l'action publique. J'engagerai avec le nouveau parlement une nouvelle phase de la décentralisation d'ores et déjà la majorité du Sénat peut y travailler. Jean-Pierre Bel son nouveau Président et François Rebsamen nous y autorisent. L'Outremer trouvera sa place dans cette nouvelle organisation territoriale, c'est une chance pour la République. Il nous est permis de rayonner sur tous les continents. Le suffrage universel ne confère pas l'exercice exclusif de l'intérêt général ; la démocratie sociale y concoure chaque fois qu'elle permet par la négociations à des accords qui s'imposent à tous et qui fabriquent notre droit. Les partenaires sociaux investis dans l’entreprise, verront leur rôle reconnu, y compris dans la Constitution Enfin les citoyens doivent avoir leur mot à dire sur les grandes décisions qui les concernent, c'est la démocratie participative. Elle trouvera sa place dans le grand débat que nous ouvrirons au lendemain de l'élection présidentielle sur l'avenir énergétique de la France.

Le renouvellement des pratiques devra engendrer le renouvellement des équipes. La représentation de la France dans toute sa diversité, dans toutes ses couleurs, dans tout son parcours. Le renouvellement c'est aussi donner à l'égalité entre les femmes et les hommes, bien plus qu'un principe une force obligatoire et scrupuleusement garantie. Et j'entends faire du droit pour tous au mariage, une nouvelle illustration de l'égalité.

Il en va de même pour le rassemblement qui doit être fondé sur le respect. Nul ne sera écarté dès lors qu'il apporte son concours à l'oeuvre commune. Mais sur la cohérence du projet que je présente devant les Français.

L’enjeu d’une élection présidentielle va bien au-delà de nous-mêmes, c’est aussi la place de la France dans le monde. La république française, par son histoire, sa géographie, ses valeurs et sa place, est appelée à jouer un rôle particulier sur la scène mondiale.

Sa puissance est moindre, elle a définitivement répudié toute volonté de domination, elle se garde de toute nostalgie d’empire. Elle est suffisamment sûre d’elle-même pour admettre ses fautes historiques envers les peuples du sud. Elle n’aura pas, au contraire d’un président saisi par une étrange réminiscence coloniale, la prétention insupportable de juger les autres peuples et de leur reprocher, je ne sais quel refus d’entrer dans l’histoire.

A cette condition, le message de la république française reste universel. J’en serai le porteur, selon la tradition internationaliste et pacifique qui est celle de la gauche.

Il s’agit d’abord de l’Europe. François Mitterrand l’a dit : la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. Mais cet avenir, il faut bien le reconnaître, s’est singulièrement brouillé. L’Europe devait protéger les peuples, promouvoir l’économie, organiser la marche en avant des nations qui la composent. Elle s’est affaiblie dans l’impéritie politique, la stagnation économique et la lourdeur de ses procédures. L’élargissement était un devoir : il nous a permis d’acquitter notre dette historique. Mais il a changé le projet Europe puissance en Union de marché.

Je veux relancer la construction européenne, ou alors c’est la crise financière qui emportera tout sur son passage. Mais je veux le faire avec des méthodes nouvelles, selon une ligne cohérente et non par les à-coups d’un activisme brouillon. Deux cercles concentriques seront distingués par la France si elle me porte à sa tête.  Le pays fondateurs, en premier lieu, autour de la France et de l’Allemagne, qui devront définir les tâches de l’avenir et conduire la marche ; l’ensemble des pays adhérents, ensuite, qui participent selon leur choix à la politique commune.

La France le dira avec force : sans un groupe actif et soudé au cœur de la construction, l’Europe stagnera. Nous devons sauver l’Europe. Ce sera la mission de notre pays, la main dans la main avec l’Allemagne. Mais une main ferme car l’Allemagne est notre partenaire naturel depuis que nos deux peuples ont décidé de mettre fin à une guerre séculaire, pour marcher côte à côte. Mais nous devons redéfinir ensemble notre projet commun. 50 ans après le Traité de l’Elysée de 1963.

La France, c’est aussi la Méditerranée, la mer qui réunit les civilisations mais qui relie les conflits, et notamment celui du Proche-Orient, qui reste une plaie ouverte au flanc des nations démocratiques et la Méditerranée qui nous rapproche de ses révolutions arabes. Après la joie initiale, vient le temps des épreuves. Dans cette passe dangereuse, où le printemps arabe voit son ciel se couvrir, l’appui de la France ne fera pas défaut aux démocrates de Tunisie, de Libye et d’Egypte, menacés par les montées des extrémismes. Dans la difficulté, on reconnaît ses amis. La France ne fera pas défaut. Elle sera là où elle est attendue : la liberté et la démocratie.

Notre République portera également, c’est son honneur comme son intérêt, une nouvelle politique à l’égard de l’Afrique. Ce continent, est en passe de jouer un rôle décisif. La France répudiera sans regret les miasmes de ce qu’on appelle la Françafrique. Elle jouera la carte du codéveloppement, comme le commandent avec autant de force le cœur et la raison.

Il n’est d’autre solution, à long terme, pour résoudre d’un seul mouvement, nos problèmes d’immigration et le rééquilibrage de notre commerce extérieur.

La République française, enfin, s’emploiera à promouvoir au loin la paix et la stabilité. La guerre d’Afghanistan, juste à l’origine, destinée à punir un pouvoir obscurantiste et complice du terrorisme, témoignage, aussi, de notre solidarité avec le peuple américain frappé au cœur, s’est prolongée au delà de la mission initiale. Elle attise la rébellion autant qu’elle permet de la combattre. Il est temps de mettre fin en bon ordre à cette intervention  et j’en prends ici l’engagement. La France, qui salue le dévouement et le courage de ses soldats, retirera d’ici la fin de l’année 2012, ses troupes d’Afghanistan.  

Nous sommes dans un moment exceptionnellement difficile. La France recule et l'Europe décline. Et un nouvelle fois la gauche est devant l'Histoire. Elle ne peut être l'instrument facile du rejet qu'inspire l'échec du Président sortant. Elle ne peut être l'exutoire commode des exaspérations et des colères du peuple. Elle doit offrir l'occasion du sursaut pour nous mêmes et pour notre continent.

Je vous propose que la France redevienne un exemple pour les Nations.

Je vous propose que la République redevienne un espoir pour les citoyens.

Je vous propose que la gauche représente une force utile et efficace pour relever notre pays.

Je vous propose un projet qui réconcilie, rassemble autour de la plus belle des causes, la réussite de la génération nouvelle.

Je donne rendez-vous à ces quatre millions de Français qui se sont mis en marche pour les primaires et à ces millions d'autres qui vont nous rejoindre durant cette campagne qui commence.

Je vous donne rendez-vous le 6 mai pour la victoire.

Je vous donne rendez-vous avec la République.

Je vous donne rendez-vous avec la France.

François Hollande

François Hollande candidat du Parti socialiste (PS)

Né le 12 août 1954 à Rouen, diplômé de Sciences Po puis de l'Ena, où il rencontre Ségolène Royal qui deviendra sa compagne avant leur séparation en 2007, François Hollande commence sa carrière politique en Corrèze en 1981, investi face à Jacques Chirac pour les législatives

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