Ce devrait être une formalité. Demain, les sénateurs vont auditionner Philippe de Ladoucette, qui souhaite être reconduit au poste de président de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Le gouvernement l'ayant déjà désigné comme son candidat, les sénateurs risquent peu d'entrer en dissidence. D'autant que Philippe de Ladoucette a de très grandes protections au Sénat et ailleurs.
Officiellement, il n'aurait jamais dû être reconduit dans ses fonctions. Selon les textes portant sur la création de la Commission de régulation de l'énergie, les membres qui la composent ne sont pas renouvelables. Opportunément, un article a été inclus dans la loi Nome, qui organise l'accès du quart de l'énergie nucléaire française à des producteurs privés. Cet article prévoit la réforme de la CRE et la diminution du nombre de personnes formant le collège, ramené de cinq à trois. Un petit alinéa a été ajouté: «Par dérogation, le président et les membres en fonction lors de l'entrée en vigueur de la présente loi peuvent faire partie des premiers membres du collège nommés après la date de promulgation de la présente loi.» Tant de prévenance pour les membres d'une autorité de régulation qui allaient perdre dix-huit mois par rapport à l'échéance normale de leur mandat mérite d'être saluée. Philippe de Ladoucette a donc naturellement postulé pour être reconduit.
Puis, il y a quelques semaines, il n'était pas question ni à Matignon ni à l'Elysée de le reconduire. Le nom le plus souvent cité pour prendre la présidence de la CRE était celui de Luc Rousseau, directeur général de l'industrie à Bercy. Puis, tout à coup, le nom de Philippe de Ladoucette a resurgi et s'est imposé. Il est vrai qu'il a de puissants amis, notamment Gérard Longuet, président de l'UMP au Sénat, qui lui-même ambitionnait d'être nommé ministre de l'industrie et de l'énergie lors du dernier remaniement gouvernemental. Mais il a été écarté au dernier moment en raison d'un contrat avec GDF-Suez, comme l'a révélé Mediapart.
Il ne pouvait avoir de deuxième revers. Car pour les libéraux – tendance Longuet et Madelin –, l'énergie est un sujet clé. Depuis dix ans, ce sont eux qui ont pris le dossier en main, donnent toutes les impulsions législatives et réglementaires, avec une idée fixe: casser les services publics de l'énergie et libéraliser totalement le secteur. Ils ont investi méthodiquement toutes les places, placé leurs hommes. C'est ainsi qu'Edmond Alphandéry, très proche d'eux, fut nommé président d'EDF en 1994, puis que le nom de Pierre Gadonneix fut suggéré en remplacement de François Roussely toujours chez EDF en 2005, et qu'enfin Philippe de Ladoucette fut désigné en 2006 pour prendre la présidence de la CRE, censée être l'autorité suprême en matière de régulation de l'énergie et remplacer l'Etat, qui a abandonné toute réflexion et tout savoir-faire administratif sur le sujet, en matière de politique énergétique.

«Surtout pas de vague»

Mais, outre satisfaire les libéraux, qu'a fait Philippe de Ladoucette à la tête de la CRE pour que le gouvernement accepte de le reconduire sans discuter? Au terme de quatre ans de mandat, on peine à trouver des faits saillants. Sauf un: l'augmentation continue des tarifs du gaz et de l'électricité, l'addition de taxes supplémentaires sur le transport et la distribution. Car sur ce thème, Philippe de Ladoucette a une conviction très ancrée: «Il faut que les prix de l'énergie augmentent pour permettre à une libre concurrence de s'exercer.»