Le texte sur les travailleurs détachés arrive à Strasbourg, toujours aussi contesté

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Le parlement européen va se prononcer sur la directive qui prétend freiner le dumping social en Europe. Mais les divergences entre les capitales restent immenses. La campagne présidentielle en France ne va rien faciliter.

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Bruxelles (UE), envoyé spécial.-  Avec le traité de libre-échange avec le Canada (CETA), dont le vote est désormais attendu en février, c’est l’autre gros dossier du semestre à venir, du côté du parlement de Strasbourg : la révision de la directive sur les travailleurs détachés. Si l’on en croit sa co-rapporteure, l’eurodéputée LR Élisabeth Morin-Chartier, c’est rien de moins que « le texte de la mandature », parce qu’il poserait, pour la première fois, « le socle de l’Europe sociale ».

Le calendrier va rendre l’examen de ce texte très délicat. Le gros des débats au parlement européen devrait coïncider avec la campagne présidentielle française, où le sujet des détachés s’annonce clivant. Si l’ensemble des partis promet d’en finir avec le « dumping social », certains (FN, Parti de gauche…) plaident pour une suspension pure et simple de la directive actuelle, qui remonte à 1996. D’autres (une majorité des figures du PS, LR, EELV…) défendent plutôt la révision de l'actuelle directive, pour améliorer les règles du détachement. C’est le sens du projet qu’a présenté la commission européenne au printemps 2016, avec le soutien de Paris et de Berlin, et sur lequel le parlement européen doit désormais prendre position.

« Le travailleur détaché n’est pas l’ennemi numéro un, comme certains voudraient nous le laisser croire. Après la Pologne, ce sont la France et l’Allemagne qui envoient le plus de travailleurs détachés en Europe », avance Morin-Chartier (voir le graphique ci-dessous, tiré d’une  de juin 2016). Prenant l’exemple des carreleurs dans le BTP, l’élue française juge qu’« on manque de compétences, dans certains secteurs, à l’Ouest ». Elle veut « en finir avec l’idée d’un dossier qui oppose l’Est et l’Ouest » : « Même les Polonais aujourd’hui se trouvent concurrencés, chez eux, par une main-d’œuvre moins chère, venue d’Ukraine ou de Moldavie », assure-t-elle, en citant deux États qui ne sont toutefois pas membres de l’UE.