1,5 million de personnes sont piégées par les prêts à taux variables

Quelque 100.000 ménages en France ont souffert ces derniers mois d'une augmentation de 20% au moins du coût total de leur crédit. Mais plus précisément, pour les personnes ayant contracté les 1,5 million de prêts à taux variables, quels sont les effets de la crise américaine ? Premiers éléments de réponse avec le rapport du député UMP, Frédéric Lefebvre. Lire également: crédits immobilier, l'idée dangereuse de Sarkozy

Cet article est en accès libre.

Pour soutenir Mediapart je m’abonne

PDF

S'il dresse un état des lieux fouillé des prêts immobiliers à taux variables en France, le rapport du député UMP Frédéric Lefebvre, proche de Nicolas Sarkozy, ne permet pas pour autant d'affiner l'estimation du nombre de ménages piégés ces derniers mois par la brusque remontée de leurs taux d'emprunt. Seul chiffre disponible, les quelque 2000 lettres de plaintes adressées à l'Association française des usagers de banque (Afub) depuis l'éclatement de la crise du « subprime » aux Etats-Unis.

«Le nombre de ces dossiers ne permet [pas] d'estimer correctement le nombre d'emprunteurs véritablement en difficulté : la majorité des réclamations concernent des emprunteurs qui ne présentent pas de risque de défaillances alors que des emprunteurs modestes disposant d'un "cap" [plafond] de taux ont pu se trouver en situation très délicate», reconnaît le document.

Près de 1,5 million de prêts à base de taux variable sont en cours en France. Une minorité d'entre eux (moins de 2%) sont des «variables purs», c'est-à-dire sans aucun mécanisme limitant l'évolution des taux ou de la durée de remboursement : ce sont les produits les plus risqués. Et la grande majorité (60%) sont des «variables à taux capé», dont l'indice ne peut monter plus haut, ou descendre plus bas, qu'un certain seuil. Durant les années 2000, le succès de cette catégorie de prêts est allé croissant : en 2005, les contrats à taux variables représentaient 35% des nouveaux contrats signés en France, contre 10% en 2002 et 20% en 2003.

La tendance s'est nettement inversée depuis l'éclatement de la crise du «subprime» aux Etats-Unis. Conséquence du manque de confiance entre les établissements bancaires, les taux courts – ceux auxquels les banques se prêtent de l'argent au jour le jour – ont grimpé de plus de 2% en deux ans. Or, les prêts immobiliers à taux variables sont indexés sur ces indices de court terme.

Résultat, quelque 100.000 ménages en France ont souffert d'une augmentation de 20% au moins du coût total de leur crédit. Certains ont vu le montant de leur mensualité grimper, ou encore la durée de leur remboursement s'allonger, parfois les deux. Le Crédit foncier, attaqué en justice en janvier par l'UFC-Que choisir pour «tromperie», a reconnu que 11.000 de ses clients avaient connu une hausse de 5,7% de leurs mensualités en moyenne. L'établissement est accusé d'avoir écoulé à 150.000 personnes des prêts à taux variables en les présentant comme «capés», c'est-à-dire encadrés, mais qui, dans les faits, ne l'étaient pas.

Entre autres dispositions pour prévenir ce genre de déconvenues, Frédéric Lefebvre veut améliorer l'information en direction de l'usager sur cette gamme de produits. Le député demande aux banques concernées d'élaborer des «simulations sur la base de plusieurs scénarios», au moment de la signature du contrat, pour prévoir le comportement du prêt en cas de relèvement impromptu des taux.

Ludovic Lamant

Mediapart est actuellement en accès libre : profitez-en et faites-le savoir ! Découvrez tous nos contenus gratuitement C’est l’occasion pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas de découvrir un journal totalement indépendant et sans publicité qui ne vit que de l’abonnement de ses lecteurs.
L’information est la première force sur laquelle nous devons compter. Une information de qualité, au service du public, soucieuse de l’intérêt général.
Articles, contenus vidéos, podcasts, enquêtes, dossiers... : découvrez-les et jugez par vous-même.
Si vous souhaitez nous soutenir et prolonger votre lecture après la période d’accès-libre abonnez-vous !

Soutenez-nous