Souffrance au travail, une femme à l'écoute

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Elle écoute, elle réconforte, elle aide à reprendre pied. A l'hôpital de Nanterre, la psychosomaticienne Marie Pezé reçoit ceux que le travail a laminés. Dans un livre qui vient de paraître, Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, elle raconte les douleurs de ces patients. Reportage, en sons et photos, dans l'intimité du cabinet.

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Tout au bout du couloir à gauche, il y a un bureau impersonnel, avec des planches d’anatomie au mur et un calendrier bancal. C’est là qu’échouent ceux que le travail a broyés. Quand ils arrivent, ils ont le regard «vide, sidéré, hagard, la pensée défaite», écrit Marie Pezé. Il y a dix ans, quand elle a créé la consultation, Marie Pezé ne pouvait que constater l’ampleur des dégâts, après des mois de souffrance silencieuse. «Certains arrivaient dans des états de psychose hallucinatoire, de véritables maladies mentales, des dépressions comme je n’en avais jamais vu.» A force de voir des employés usés défiler dans leur bureau, les médecins du travail ont compris : aujourd’hui, ils adressent les gens un peu plus tôt. Chaque jour gagné est un pas de plus vers le retour à la surface.

 


Regarder «Un jour, je me suis effondrée», un diaporama son et photo à la consultation de souffrance au travail de l'hôpital de Nanterre. [Cliquer sur "captions", dans le diaporama, pour afficher les légendes].



 

Marie Pezé est psychosomaticienne, elle s’occupe du corps et des âmes. Elle travaille à l’hôpital de Nanterre depuis trente ans. La chirurgie de la main l’a naturellement conduite vers la prise en charge des souffrances mentales. «On voyait des gens opérés revenir au bout de quelques mois. Ils étaient dans une usure physique et morale effrayante à regarder.» Marie Pezé se forge vite son idée : c’est en retournant au travail qu’ils ont lâché prise. Au milieu des années 90, elle décide qu’elle s’occupera de ça, désormais : faire parler ceux que le travail a déchirés pour les aider à comprendre l’enchaînement fatal. Elle est une des premières en France à créer une consultation sur la souffrance au travail.

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Marie Pezé m'a autorisé à enregistrer ses consultations, à condition toutefois que ses patients soient d'accord. Tous ont accepté, pour témoigner de la réalité de la souffrance au travail, souvent tue, ignorée ou minorée. Idem pour les photos. Guislaine souhaitait que l'on ne voit pas son visage. Béatrice s'est prêtée au jeu de bonne grâce. Ce jour-là, Marie Pezé n'a reçu que des femmes. En vérité, et son livre le montre bien, Marie Pezé reçoit aussi bien des hommes que des femmes. En revanche, les femmes sont souvent plus fragiles face à la souffrance au travail : à la dureté des relations de travail viennent s'ajouter la réalité de la domination masculine (le monde du travail reste au «masculin neutre», écrit Marie Pezé) et des facteurs sociaux (mères seules avec enfants et/ou migrantes)...