Tranches de vie, derrière la caisse d'un supermarché

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Anna Sam, ex-caissière dans un centre Leclerc, publie chez Stock Les Tribulations d'une caissière, chronique souvent drôle, parfois plus noire, de son ancienne vie. Mediapart vous propose les bonnes feuilles de ce livre où Anna Sam décrit des femmes rendues transparentes par la mécanisation des tâches et le regard des clients.

A lire dans le Club consacrée au travail, l'interview de l'auteur, Anna Sam, et celle du médecin du travail Dorothée Ramaut, qui connaît bien le monde des hypermarchés. Deux interviews réalisées par Marlène Benquet.

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Anna Sam n’est pas là pour jouer les pasionarias. Il ne faut pas compter sur elle pour devenir la porte-parole des caissières de France. Anna Sam, jeune femme de 28 ans, qui a été caissière dans un supermarché de la banlieue de Rennes pendant sept ans, veut d’abord faire de la littérature. Et, si possible, changer le regard que les millions de Français qui se déversent chaque jour dans les grandes surfaces portent sur ces «hôtesses d’accueil» aux gestes de machine, tellement transparentes qu’ils omettent souvent de les voir, sans se rendre compte qu’elles (ou eux) remarquent tous leurs travers.

 

 

Ce mercredi, le livre d’Anna Sam, Les Tribulations d’une caissière, sort chez Stock. Elle y raconte, sur un ton enlevé, les turpitudes de la caissière. Les histoires à dormir debout, les clients insupportables, et ce bip bip mille fois répété quand le code-barres passe devant le laser.

 


L’histoire d’Anna est assez banale. C’est celle d’une étudiante en lettres qui, pour financer ses études, commence à travailler à l’hypermarché du coin. Par hasard. Jusqu’à ce que la grande surface devienne sa vie, malgré un DEA de lettres modernes. Vingt-quatre heures de travail par semaine (avec trois minutes de pause par heure travaillée) pour 680 euros nets par mois. En avril 2007, Anna Sam ouvre son blog. Le titre, «Caissière No Futur», en dit long. Dans son premier post, Anna affirme son projet : décrire le quotidien des caissières, «ces espèces d’automates qui passent les articles aussi vite que possible pour que le client n’attende pas trop».

 

 

 

Le blog est un succès. Les anecdotes d’Anna attirent les internautes. La presse est au rendez-vous. Anna devient un personnage médiatique, comme en témoigne la recension exhaustive des retombées presse sur son site Internet. En janvier 2008, Ségolène Royal, invitée de Vivement Dimanche, l’émission de Michel Drucker, invite Anna sur le plateau.

 

«Vous êtes la femme des femmes sans voix», lui dit l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle, qui vient alors de sortir son livre, Ma plus belle histoire, c'est vous. Royal lui fait même une confidence : en lisant son blog, dit-elle, elle a pris conscience que téléphoner devant la caissière n’était pas très respectueux…

 

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Faire fonctionner ensemble le Club et le Journal. Voilà l'ambition de Mediapart, ambition qu'illustre ce grand ensemble sur les caissières. C'est en effet Marlène Benquet, jeune sociologue de l'EHESS et médiapartienne de la première heure qui nous a alertés sur la sortie du livre d'Anna Sam. Elle s'est proposé de réaliser une interview de l'auteur et d'une médecin du travail, Dorothée Ramaut, qui connaît le monde de la grande distribution.

 

Dans le Club, vous pourrez donc lire les deux interviews réalisées par Marlène. Dans le journal, un article de présentation qui s'appuie en partie sur le travail de Marlène, qui travaille depuis longtemps sur le sujet et a déjà écrit dans le Club un compte rendu de ses entretiens en face-à-face avec des caissières de Carrefour Grand Littoral... le genre d'entretiens long format qu'un journaliste ne peut, hélas, pas toujours mener, faute de temps. Merci donc à Marlène. Cette collaboration fructueuse est bien la preuve que la première richesse de Mediapart, ce sont ses lecteurs.