Le Portugal en pleine austérité

Portugal : l’austérité cible la fonction publique

Le gouvernement portugais a annoncé le 3 mai un nouveau paquet de mesures de redressement budgétaire, visant presque exclusivement la fonction publique, en invoquant “l'égalité” de traitement réclamée par le Tribunal constitutionnel.

Philippe Riès

5 mai 2013 à 11h25

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En rejetant des éléments essentiels du budget 2013, les juges du Tribunal constitutionnel portugais avaient invoqué le principe d’égalité entre les secteurs public et privé. La riposte du gouvernement de centre-droit dirigé par Pedro Passos Coelho est tombée vendredi soir : le nouveau paquet de mesures d’austérité cible presque exclusivement la fonction publique afin d’aligner ses conditions, notamment en matière de retraite et de durée du travail, sur celles moins généreuses des salariés du privé.

Comme prévu (lire ici), l’équipe au pouvoir à Lisbonne a écarté pratiquement toute nouvelle hausse de la pression fiscale pour privilégier la réduction des dépenses publiques de fonctionnement. D’un montant total de 4,8 milliards d’euros, applicables en 2013 et 2014 (2015 est une année électorale), ce paquet comprend à la fois la compensation du trou de 1,3 milliard ouvert dans le budget 2013 par le jugement du TC et des mesures structurelles permanentes négociées avec la « troïka » UE-FMI-BCE dans le cadre du programme d’assistance financière conclu au printemps 2011.

La mesure la plus « productive » concerne l’alignement des conditions du régime spécial de retraite des fonctionnaires, la Caixa Geral de Aposentaçoes (CGA), sur le régime général de la Sécurité sociale. Elle devrait représenter une économie annuelle permanente de 740 millions d’euros. Les salariés du public et du privé se retrouveront ainsi « dans une situation de plus grande égalité », a commenté le chef du gouvernement au cours d’une intervention télévisée d’une trentaine de minutes. De la même manière, les contributions au régime spécial de santé des forces armées et de sécurité vont augmenter afin de réduire les transferts du budget de l’État pour compenser un déficit structurel considérable.

La durée hebdomadaire du travail dans la fonction publique remontera de 35 à 40 heures, la norme en vigueur dans le secteur privé. L’impact de cette mesure devrait être particulièrement sensible dans l’enseignement, secteur qui devrait contribuer à hauteur de 756 millions d’euros à la réduction de la dépense publique d’ici 2015. Le paquet prévoit également 30 000 suppressions de poste dans la fonction publique d’État, essentiellement par des départs négociés en retraite anticipée.

Mesure de portée générale, l’âge légal de départ en retraite reste fixé à 65 ans mais le taux plein ne sera atteint (sans pénalisation financière) qu’à 66 ans. Enfin, le gouvernement introduit une mesure « temporaire », une « contribution de soutenabilité » prélevée sur les retraites des secteurs privé et public d’un montant supérieur à 1 350 euros mensuels.

L’élaboration de ce programme a provoqué de très fortes tensions au sein de la coalition gouvernementale entre le PSD de Passos Coelho et les démocrate-chrétiens (CDS) du ministre des affaires étrangères Paulo Portas. Mais le ministre des finances, et interlocuteur privilégié des bailleurs de fonds, Vitor Gaspar, que la presse portugaise disait très menacé, semble bien être sorti vainqueur des interminables réunions du cabinet destinées à mettre au point ce nouveau paquet. L’ancien ministre des finances (CDS) Antonio Bagao Felix, a accusé vendredi soir le ministère des finances d’avoir réalisé « une OPA hostile et gratuite » sur les retraites des Portugais. « Sur le fond, il ne s’agit toujours pas d’une réforme de l’État visant les fonctions de l’État », a-t-il regretté.

Passos Coelho a laissé la voie ouverte à des aménagements du plan en se disant prêt à accepter des mesures alternatives, à condition qu’elles conduisent au même résultat comptable. Sans surprise, l’opposition de gauche (PS et Bloc des gauches) a de nouveau appelé à la démission du gouvernement et promis de faire appel… au Tribunal constitutionnel.

Avant les annonces du gouvernement, un groupe de retraités avait été expulsé, en douceur, des galeries de l’Assemblée de la République (voir ici) pour y avoir entonné « Grandola Vila Morena », la chanson légendaire de José Afonso. Désormais, pas d’épisode politique au Portugal sans une « grandolada »...

Philippe Riès


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