A Nantes-Atlantique, les agents chargés de la sécurité de l’aéroport se rebiffent

Par Isabelle Jarjaille (Mediacités Nantes)

Les employés de la société Hubsafe ont refusé l’accord préparé par leur direction pour modifier l’organisation du temps de travail. Il permettait notamment de passer à des vacations de 13 heures consécutives. De quoi, selon les syndicats, compromettre la sécurité des passagers. 

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Nantes (Loire-Atlantique).– « Il nous paraît évident que la sûreté et la sécurité des passagers ne peuvent être assurées dans ces conditions. » Rédigé par une avocate en droit du travail au nom des cinq syndicats représentant les agents de sécurité de l’aéroport Nantes-Atlantique (CGT, FO, CFDT, FMPS-i et Sud), le courrier a le mérite d’être clair. Daté du 7 décembre 2020, il est adressé au directeur de site de la société Hubsafe , chargée de la sûreté aéroportuaire sur la plateforme nantaise. 

En cause, la volonté de la société de modifier l’organisation du temps de travail de ses agents via la signature d’un projet d’accord d’activité partielle longue durée (APLD). Concrètement, ce dernier permettrait notamment d’allonger la durée de leurs vacations jusqu’à 13 heures consécutives. « Comment un salarié peut-il rester 13 heures devant un écran à contrôler des bagages sans que sa concentration n’en soit affectée ? », interrogent les syndicats.

La mission des agents de sûreté de l’aéroport de Nantes consiste à s’assurer qu’aucun objet interdit – ciseaux, couteau, engin explosif, etc. – ne soit embarqué en vol, en contrôlant les passagers, les bagages cabine et les bagages en soute.

D’après les chiffres des syndicats, ils sont 180 salariés chargé de la sécurité des vols à Nantes-Atlantique, dont 165 en CDI. Une prestation confiée à Hubsafe, filiale du groupe rennais Samsic, spécialisé dans les services aux entreprises, notamment le nettoyage industriel.

Outre Nantes-Atlantique, Hubsafe assure également une partie de la sécurité dans les aéroports de Roissy, d’Orly, du Bourget, de Lyon-Saint-Exupéry ou encore de Bordeaux-Mérignac. En 2019, l’entreprise réalisait un chiffre d’affaires de près de 84 millions d’euros pour un bénéfice de 3,6 millions d’euros.

« Aujourd’hui nos vacations durent entre 7 heures 30 et 8 heures par jour, assure un délégué syndical interrogé par Mediacités. On ne peut pas aller jusqu’à 13 heures ! » Interrogé, Hubsafe nous a répondu par mail (lire sous l’onglet Prolonger) : « Toutefois les négociations ne vont pas à l’encontre des dispositions légales et des accords de branches [sic]. Il n’a donc pas été proposé d’augmenter la durée du travail à 13 heures de vacation. » Pourtant, la disposition figure bien dans le projet dont nous avons pris connaissance et auquel répond le courrier des syndicats, rédigé par leur avocate.

Le projet de la direction d’Hubsafe passe d’autant plus mal que ce n’est pas la seule modification qu’il prévoit. Soumis aux syndicats en décembre dernier, le texte envisageait aussi de planifier des vacations mixtes, c’est-à-dire d’alterner d’un jour à l’autre une vacation du matin (5 heures-14 heures, par exemple) et une vacation du soir ( 14 heures-21 heures) ; mais aussi de réduire le « délai de prévenance » qui encadre la modification du planning à moins de 48 heures ; ou encore de déroger au « 4/2 » : quatre jours travaillés, deux jours de repos.

Bref, comme l’affirme un autre délégué syndical, « ce que la direction nous proposait, c’était de nous enlever nos acquis ». L’avocate missionnée par les organisations du personnel le rappelle d’ailleurs à Hubsafe. « Un accord APLD a pour objectif de permettre aux entreprises […] de baisser le temps de travail […], non de modifier l’organisation du temps de travail », note-t-elle dans un courrier en date du 7 décembre. Les syndicats s’étonnent aussi que les opérateurs du fret soient concernés par l’accord « car l’activité fret, est, selon nous, maintenue à 100 % », écrivent-ils. Nous avons vérifié : d’après l’Union des aéroports de France, l’activité fret de Nantes-Atlantique a même augmenté de 11,4 % entre 2019 et 2020.

Diminuer l’activité des salariés de 50 % sur deux ans

Un passager rejoint l'aéroport Nantes-Atlantique, le 8 juin 2020, jour de la réouverture post-confinement. © Loïc Venance / AFP Un passager rejoint l'aéroport Nantes-Atlantique, le 8 juin 2020, jour de la réouverture post-confinement. © Loïc Venance / AFP
L’APLD envisagé par Hubsafe devait prendre le relais du dispositif de chômage partiel financé par l’État depuis un an, comme pour toutes les entreprises impactées par la crise sanitaire. À Nantes-Atlantique, l’accord devait réduire le temps de travail des salariés de 50 % pendant deux ans minimum, trois ans maximum. Mais pas de manière uniforme : il s’agissait en réalité pour un salarié d’alterner les périodes d’activité à 60 %, puis à 30 % et des périodes de chômage total. Le tout en révisant les modalités d’organisation du temps de travail.

Les salariés étaient également « incités à prendre leurs congés sur les périodes d’activité inférieure à 30 % », comme stipulé dans l’article 6 de l’accord. En contrepartie, Hubsafe s’engageait à « s’interdire tout plan de sauvegarde de l’emploi » pendant six mois. Insuffisant pour les syndicats, qui ont refusé de signer purement et simplement. « 100 % des agents ne voulaient pas de l’APLD, assure l’un des deux délégués syndicaux. Ils préféreraient encore un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) plutôt que de travailler à mi-temps et de gagner 1 000 euros par mois ! »   

Perte de salaire pour les agents

C’est le nerf de la guerre. Aujourd’hui, le dispositif d’activité partielle permet aux salariés d’être payés 70 % de leur salaire brut sur les heures chômées, pour faire face à la baisse du trafic aérien (− 64,8 % entre 2019 et 2020). Concrètement, un agent payé au salaire net moyen perd 102 euros par mois. Avec l’APLD, il perdrait 307 euros net par mois.

Extrait du projet préparé par Hubsafe pour les agents de sûreté de l’aéroport de Nantes et rejeté par les syndicats. © Mediacités Nantes Extrait du projet préparé par Hubsafe pour les agents de sûreté de l’aéroport de Nantes et rejeté par les syndicats. © Mediacités Nantes

Au-delà des conditions salariales, les syndicats pointent aussi la méthode employée par Hubsafe pour les faire signer. « Au départ, on nous a convoqués pour parler d’un accord sur l’activité partielle longue durée. Finalement, ils ont évoqué l’organisation du temps de travail et ils nous ont donné trois jours pour signer, se souvient l’un des deux représentants. Les cinq syndicats ont refusé. On a pris une avocate et on lui a soumis l’accord. Elle nous a dit qu’il y avait beaucoup de coquilles vides, que la rédaction était trop vague et sujette à interprétation. »

Extrait de la lettre envoyée à Hubsafe par l’avocate des représentants syndicaux des agents de sûreté de l’aéroport de Nantes. © Mediacités Nantes. Extrait de la lettre envoyée à Hubsafe par l’avocate des représentants syndicaux des agents de sûreté de l’aéroport de Nantes. © Mediacités Nantes.

Le désaccord persiste

Dans son courrier, l’avocate précise que « ce projet qui concerne environ 180 salariés ne peut être sérieusement mis en place sans négociation et en si peu de temps ». Elle rappelle le code du travail : « Les négociations qui ont lieu entre les délégués syndicaux et l’employeur doivent être sérieuses et loyales. Cela signifie que, sous peine de nullité de l’accord, tous les syndicats représentatifs doivent avoir été à même de discuter les termes du projet soumis à la signature. »

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Quatre mois plus tard, Hubsafe assure encore qu’un « accord APLD est effectivement en cours de négociation sur [son] établissement nantais ». « Le ministère du travail préconise aux secteurs encore confrontés à des difficultés de se tourner résolument vers le système d’APLD, lequel a précisément été conçu pour pallier une réduction d’activité de longue durée », précise la filiale de Samsic. Du côté syndical, c’est un autre son de cloche : « Il y a eu une tentative d’approche en off mais depuis nous n’avons aucun échange. Le dispositif d’activité partielle a été reconduit et ils recrutent des CDD et des intérimaires en prévision de la saison d’été ! »

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Cet article a été publié sur Mediacités le jeudi 6 mai.

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