Electricité: la rente nucléaire cédée au privé

EDF va devoir céder le quart de sa production nucléaire à ses rivaux, au nom de la concurrence, sans contrepartie. La rente nucléaire, qui devait bénéficier aux Français, est partiellement cédée au privé. Le gouvernement est en train de faire voter l'éclatement du marché électrique issu de 1946.

La lecture des articles est réservée aux abonné·es. Se connecter

Dans le brouhaha du moment, le projet de loi sur la nouvelle organisation du marché électrique (Nome), qui doit être discuté à partir du 8 juin à l'Assemblée nationale, a toutes les chances de passer inaperçu. Il est si technique... Pourtant, il recèle une révolution politique: rien de moins que l'éclatement de l'organisation du marché telle qu'elle avait été dessinée en 1946. Sans discussion préalable, sans débat public, le tout caché derrière des arguments technocratiques.
Officiellement, le gouvernement ne fait que répondre à l'injonction de Bruxelles. Autant le monopole de GDF-Suez, privé désormais, sur toutes les infrastructures de stockage et de transport de gaz, cédées pour 1 euro symbolique par l'Etat, ne semble pas gêner la Commission européenne, autant le poids d'un EDF public lui est insupportable. Les tarifs régulés proposés aux entreprises et aux particuliers sont, selon elle, une entorse manifeste à la libre concurrence. François Fillon semble sur la même longueur d'onde. Matignon s'est précipité pour obtempérer aux demandes de la Commission européenne, en promettant la mise à disposition de l'énergie nucléaire produite par EDF à la concurrence.
S'appuyant sur le rapport Champsaur, destiné à préparer les esprits, le gouvernement dans son projet de loi prévoit de permettre aux rivaux d'EDF d'avoir accès à l'électricité nucléaire produite par le groupe. Celui-ci devra leur céder 100 TWh , soit le quart de sa production, chaque année. En clair, les électriciens privés, qui n'ont consenti aucun investissement, pourront bénéficier des efforts financiers qu'ont consentis les Français depuis trois décennies et auront leur part de la rente nucléaire.
«On est au bout de la logique du démantèlement de l'énergie en France. La privatisation de GDF a été une faute stratégique. La dégradation des conditions de service public, des réseaux, ne cesse de s'accélérer. Et maintenant, le gouvernement poursuit l'œuvre, en s'attaquant au cœur même du système, la production nucléaire d'EDF», s'indigne le député PS François Brottes, spécialiste des questions d'énergie.
Au nom de quel principe oblige-t-on un groupe à renoncer aux avantages concurrentiels qu'il a financés pendant des années et dont il a fait bénéficier ses clients? Le gouvernement n'a qu'une réponse à opposer: au nom de la concurrence libre et non faussée. Après avoir cassé toute l'organisation verticale du marché de l'énergie, supprimé toute l'efficacité économique et fait disparaître les économies d'échelle en imposant une séparation entre la production et les réseaux, le gouvernement continue. Pourtant la libéralisation de l'énergie en France, comme partout d'ailleurs en Europe, est un échec: les investissements de production sont toujours aussi réduits, les prix ont augmenté, les temps de coupure particulièrement en zone rurale ont triplé, les délais de raccordement se chiffrent en mois. Il convient donc de s'entêter.

1€ pour 15 jours

Résiliable en ligne à tout moment

Je m’abonne

L’info part de là


Soutenez un journal 100% indépendant : sans subventions, sans publicités, sans actionnaires

Tirez votre information d’une source de confiance

Accédez en exclusivité aux révélations d’un journal d’investigation

Déjà abonné ?

Mot de passe oublié

À ne pas manquer

Migrations — Enquête
L’accueil toujours « décousu » des réfugiés ukrainiens en France
Plus de 30 000 personnes auraient trouvé refuge en France depuis le début de la guerre d’invasion russe en Ukraine, en février. Si le gouvernement a assuré que tous les moyens seraient mis en œuvre pour les accueillir, la désorganisation persiste, regrettent les acteurs de terrain.
par Nejma Brahim et Floriane Alaoui
Attention inflation !
L’économie française sous la menace de la hausse des prix
La croissance a stagné au premier trimestre et ne devrait pas faire beaucoup mieux au deuxième. La compression des revenus réels et l’indifférence quasi complète du gouvernement conduisent à une situation des plus préoccupantes. Toute l’économie se recroqueville.
par Romaric Godin
Politique
Sortants, conseillers et parachutés : la « réinvention » macroniste ne passera pas par l’Assemblée
Emmanuel Macron a réuni mardi les candidats de son camp aux élections législatives. La future majorité qu’il espère obtenir s’annonce macroniste jusqu’au bout des ongles. Le chef de l’État a fait confiance aux députés, conseillers et ministres de son premier quinquennat, balayant les espoirs d’élargissement et de renouvellement dans ses rangs.
par Ilyes Ramdani
Justice — Reportage
Au procès de la députée Sira Sylla : « Le collaborateur s’occupait aussi des livraisons de champagne »
La députée de Seine-Maritime Sira Sylla a été une nouvelle fois jugée aux prud’hommes pour répondre de faits de harcèlement sur un collaborateur, qui devait notamment garder son chien et lui acheter cigarettes et champagne. L’élue n’était pas présente à l’audience, étant en campagne pour sa réélection, avec le soutien de la majorité.
par Antton Rouget