Notre dossier : Florange, le conflit avec Mittal Analyse

Florange arrête ses hauts-fourneaux: une nouvelle affaire Gandrange

ArcelorMittal annonce la fermeture pour une durée indéterminée des deux hauts-fourneaux de Florange. Deux mille emplois sont à terme concernés. Il y a deux ans, l'affaire Gandrange, autre site ArcelorMittal, avait miné les débuts du quinquennat Sarkozy. La fermeture de Florange pourrait bien devenir le principal dossier social de la campagne.

Mathieu Magnaudeix

8 septembre 2011 à 19h58

Cet article est en accès libre.

Pour soutenir Mediapart je m’abonne

PDF

Consternation à Florange, en Moselle. Lors d'un comité central d'entreprise convoqué au dernier moment, les syndicats ont appris jeudi 8 septembre la fermeture pour une durée indéterminée des deux hauts-fourneaux de Florange (Moselle). «C'est une grosse claque dans la gueule», se désole Edouard Martin, délégué CFDT.

Depuis plusieurs semaines, les mauvaises nouvelles se bousculent pour ce site, un des derniers fleurons de la sidérurgie en France. Le premier haut-fourneau était arrêté depuis le 6 juillet. Fin août, le groupe ArcelorMittal avait prié 600 salariés travaillant au sein de la division emballages de Florange de solder leurs congés et RTT. Et voilà que ce jeudi, les salariés ont appris la fermeture du deuxième haut-fourneau début octobre, pour une durée indéterminée, et rien ne garantit pour l'heure qu'ils redémarreront, ou qu'ils redémarreront avec la même charge.

Le groupe ArcelorMittal invoque la baisse des commandes. Un argument rejeté par le syndicats, qui dénoncent le rapatriement des commandes sur les usines côtières du groupe, comme celle de Dunkerque (Nord). «Une journée investisseurs est prévue le 23 septembre, on craint le pire en termes d'annonces», s'inquiète Edouard Martin. La direction d'ArcelorMittal, dont l'action a baissé de 50% depuis le début de l'année, pourrait avoir la tentation de donner des gages aux marchés en annonçant de lourdes réductions de coût.

Mais d'ores et déjà, la fermeture des deux hauts-fourneaux va avoir de lourdes conséquences. Un millier de salariés vont devoir chômer. ArcelorMittal a d'ailleurs déposé récemment une demande de chômage partiel, que le gouvernement lui a accordé. 400 intérimaires, des jeunes pour l'essentiel, ne seront pas renouvelés en octobre. L'avenir s'assombrit très sérieusement pour les 500 à 700 salariés qui travaillent dans la myriade de petites entreprises sous-traitantes autour du site. «En tout, 2000 travailleurs sont menacés», explique Edouard Martin. Car dans la sidérurgie, un haut-fourneau qui ferme plusieurs mois est à moitié condamné s'il n'est pas entretenu pendant son arrêt. Or ArcelorMittal semble avoir décidé de ne plus investir dans ses hauts-fourneaux mosellans.

Avec près de 3000 salariés, Florange est le deuxième employeur de la Moselle en crise chronique depuis des années, et que la crise a encore fragilisée. Vu le nombre de personnes concernées et le statut très symbolique des hauts-fourneaux de Florange, vestiges de «l'âge d'or» de l'acier en Lorraine, le sort du site risque de devenir un dossier social majeur de la campagne présidentielle. «C'est très mal parti, s'inquiète Edouard Martin. Le groupe est dans une logique purement spéculative et semble ne plus vouloir investir sur le site. Franchement, si on voulait nous tuer, on ne s'y prendrait pas autrement.»

Pour le chef de l'Etat, au plus bas dans les sondages, une telle annonce ne pouvait pas plus mal tomber. A huit mois de la présidentielle, elle ravive un des plus grands échecs du quinquennat de Nicolas Sarkozy: la fermeture de Gandrange, une aciérie du même groupe ArcelorMittal située à quelques kilomètres à peine. Le 4 février 2008, alors qu'ArcelorMittal venait d'annoncer la fermeture de l'usine, jugée non rentable, Nicolas Sarkozy s'était invité sur place et avait multiplié les promesses: «Nous sommes prêts à faire les investissements qui auraient dû être faits depuis longtemps [...]. Soit on arrive à convaincre monsieur Mittal de laisser ouvert tout ou partie du site, et dans ce cas on investira pour lui, soit on essaie de trouver un repreneur.» Le président avait promis de revenir pour donner le verdict. Mais Nicolas Sarkozy n'est jamais revenu, si ce n'est furtivement un an et demi après.

© Olivier Saint-Paul

Quant au patron du groupe, le magnat indien Lakhsmi Mittal, cinquième homme le plus riche du monde selon le classement du magazine américain Forbes, il n'a rien lâché : l'aciérie a fermé le 31 mars 2009, 595 emplois ont été supprimés, il n'y a pas eu d'argent frais, aucun repreneur déniché par l'Etat. Les centrales électriques promises en avril 2008 n'ouvriront jamais. Un fiasco pour le président qui s'était autoproclamé le sauveur de l'industrie française et le champion des ouvriers.

Echaudés par le précédent Gandrange, les syndicats veulent mettre la pression dès les prochains jours. Nul doute que les politiques, à commencer par les candidats de la primaire socialiste, vont se succéder en Moselle. Dans un communiqué, François Hollande s'est dit «solidaire des Mosellans», et a pointé la faillite de la politique industrielle du président de la République. La députée PS de Moselle, Aurélie Filippetti, a dénoncé la politique «spéculative» d'ArcelorMittal, déclarant «scandaleux que le gouvernement ait autorisé les mesures de chômage partiel avant même que les instances légales et représentatives n'aient été consultées et qu'aucune contrepartie n'ait été exigée». Dès ce vendredi, les syndicats appellent à une action devant l'usine.

Mathieu Magnaudeix


57 commentaires

Aujourd’hui sur Mediapart

Voir la Une du Journal

Nos émissions

À l'air libre
par à l’air libre
À l'air libre
par Berenice Gabriel et Célia Mebroukine
Grand entretien
par Justine Brabant
Ouvrez l’Élysée
par Usul et Ostpolitik

Soutenez un journal 100% indépendant Et informez-vous en toute confiance grâce à une rédaction libre de toutes pressions Mediapart est un quotidien d’information indépendant lancé en 2008, lu par plus de 200 000 abonnés. Il s’est imposé par ses scoops, investigations, reportages et analyses de l’actualité qui ont un impact, aident à penser et à agir.
Pour garantir la liberté de notre rédaction, sans compromis ni renoncement, nous avons fait le choix d’une indépendance radicale. Mediapart ne reçoit aucune aide ni de puissance publique, ni de mécène privé, et ne vit que du soutien de ses lecteurs.
Pour nous soutenir, abonnez-vous à partir de 1€.

Je m’abonne